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Grand débat national

A Sézanne, le besoin d’une plus grande proximité entre le citoyen et l’administration

Publié le 14/02/2019 • Par Frédéric Marais • dans : Régions

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Fotolia psdesign1
A l’initiative de la commune de Sézanne, dans la Marne, chacun des quatre thèmes du grand débat national fait l’objet d’une réunion spécifique. Celle consacrée à l’organisation de l’Etat et des services publics avait lieu dans la soirée du mercredi 13 février. A l’issue de la séance, une demande s’est exprimée de manière unanime : il faut remettre l’humain au centre du jeu.

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La municipalité sézannaise n’a pas fait les choses à moitié en organisant pas moins de quatre réunions publiques au bien nommé Prétoire, un bâtiment historique transformé en équipement culturel polyvalent.

Sacha Hewak, le maire sans étiquette de Sézanne, qui avait recueilli dès le mois de décembre les doléances des Gilets jaunes, considère en effet que « l’hôtel de ville est la maison du peuple » et qu’il convient de « laisser la parole ouverte ».

Lui-même campant dans une stricte neutralité en s’abstenant d’intervenir dans les débats, dont les règles ont par ailleurs été fixées de manière à éviter qu’un petit nombre de personnes monopolisent la parole ou que d’autres hésitent à s’exprimer en public : les participants discutent par tablées de dix personnes maximum, et leurs réflexions font l’objet d’une restitution publique, devant l’ensemble des tables, après une heure et demie environ d’échanges.

Toute manifestation d’approbation ou de désaccord — sifflets, huées, applaudissements — est prohibée.

Des citoyens au service des citoyens

Le débat relatif à l’organisation de l’Etat et des services publics a attiré une quarantaine de personnes. C’est moins que lors des précédentes réunions : 80 personnes sur le thème de la fiscalité, 60 sur celui de la démocratie. La moyenne d’âge est assez élevée, et l’on note la présence de nombreux cheveux gris. Aucun « gilet jaune » en revanche, du moins aucun revêtu de sa chasuble, même si le maire en a identifié quelques-uns. L’ambiance est studieuse, les conversations restent feutrées, et chaque table s’applique à répondre collectivement au questionnaire remis à tous les participants de façon à en présenter la synthèse en fin de séance.

Il en ressort le sentiment qu’un fossé s’est creusé entre l’administration et la population. Une table estime que le service public doit « redevenir un service de proximité », une autre que le service public doit être composé « de citoyens au service des citoyens » et que « les décisions doivent être prises au plus près du terrain ». La multiplicité des échelons administratifs, unanimement dénoncée, et en particulier l’éloignement provoqué par les nouvelles régions, semble avoir créé de la distance entre le citoyen de base et l’administration. « La multiplicité des niveaux de décision a généré de la complexité. On a du mal à identifier les différentes strates et on ne sait plus à qui s’adresser. » Certains dénoncent « les redondances et les chevauchements de compétences ».

Plébiscite pour la commune

Sans surprise, dans la hiérarchie des collectivités territoriales, la commune est plébiscitée par l’ensemble des participants, l’interco ou le département étant cité en deuxième.

Les Sézannais n’étant du reste pas les plus mal lotis sur le plan de leur environnement immédiat, car ce gros bourg de 5 000 habitants a, comme l’explique son premier magistrat, « la “chance” d’être éloigné de tous les grands centres urbains » (Troyes, Epernay, Châlons-en-Champagne et Reims sont à une heure de route en moyenne), et d’être pourvu des équipements dignes « d’une ville de 50 000 habitants », qui lui permettent de vivre en quasi-autarcie.

Les principaux services publics y sont encore présents, même si l’édile déplore une « désertification médicale » rampante, avec des généralistes débordés et des spécialistes qui se font rares, dans un contexte de vieillissement de la population.

Former des agents polyvalents

Paradoxalement, c’est peut-être Internet et le téléphone qui ont le plus contribué ici à l’éloignement de l’administration. « Internet a été imposé à marche forcée et a laissé beaucoup de personnes au bord de la route », regrette une table, même si l’on admet que le Net a aussi parfois des avantages. On propose que les naufragés du Web soient être pris en charge gratuitement par un agent du service public.

La multiplication de répondeurs téléphoniques désincarnés remplaçant les fonctionnaires en chair et en os fait également partie des griefs des administrés. « On veut un agent présent physiquement ou une personne au bout du fil, pas un répondeur. » A la fermeture de certains services publics, beaucoup souhaitent que l’Etat réponde par « la formation d’agents polyvalents » aptes à pallier les manques et à renouer le contact avec le réel.

Des agents également « mieux payés, mieux considérés par leur employeur et donc davantage respectés par les citoyens », notamment quand ils se trouvent au bas de l’échelle. Une table déplore « que le poids du pouvoir politique sur l’administration soit trop faible ». Une autre souhaite que « l’administration fonctionne réellement en réseau ».

Rééquilibrer les territoires

Parmi les services publics à réformer en priorité, ou auxquels il faut donner davantage de moyens, les participants citent notamment l’hôpital, l’enseignement, la justice et la sécurité. Les transports sont un thème récurrent, certains demandant la mise en place d’une navette entre leur commune et la gare la plus proche, d’autres prônant l’instauration d’un système de covoiturage.

D’aucuns enfin réclament une plus grande solidarité entre les territoires les plus riches et les territoires les plus pauvres, dans la perspective d’un « rééquilibrage », en particulier en termes de logements sociaux.

Cet article fait partie du Dossier

Grand débat national : quelles mobilisations dans les territoires, pour quels effets ?

Sommaire du dossier

  1. Grand débat national, et maintenant ?
  2. Les garants du Grand débat expriment leur satisfecit
  3. Mortagne au Perche : un grand débat sans RIC ni ISF
  4. Emmanuel Macron face aux maires du Grand Est : les désaccords persistent
  5. Les services publics au cœur des critiques citoyennes
  6. À Ouveillan, on déplore la « déshumanisation » des services publics
  7. Le Grand débat national entre dans sa phase opérationnelle
  8. Grand débat national : mode d’emploi
  9. Grand débat : « Il ne faut pas oublier de remonter les contributions » – Jean-Paul Bailly
  10. Quelles sont les conditions d’un « bon » débat ?
  11. Terra Nova propose le RIC délibératif
  12. Grand débat national : le Gouvernement s’engage sur les modalités d’analyse et de restitution
  13. Le Grand débat au crible des experts de la démocratie participative
  14. A Sézanne, le besoin d’une plus grande proximité entre le citoyen et l’administration
  15. A Roubaix, un débat citoyen entre frustration, espoir et colère
  16. Grand débat : tout savoir sur la plateforme numérique
  17. A Civrieux, on débat en recherchant le consensus
  18. Grand débat : quelle facture pour les communes ?
  19. Grand débat : Sébastien Lecornu constitue un comité des maires
  20. Grand débat national : le rapport accusateur de la CNDP
  21. Le Grand débat national fait le plein à Palavas-les-Flots
  22. A Villiers-le-Bel, les habitants dénoncent les défaillances des services publics
  23. Grand débat : une vision de la transition écologique très critiquée
  24. Grand Débat : le collège de garants assure ne recevoir d’instruction « de personne »
  25. Les mots de la lettre aux Français
  26. Retour sur l’intervention-marathon d’Emmanuel Macron
  27. Grand débat national : « Il faut intégrer les agents publics dans le recueil de la parole citoyenne »
  28. Grand débat national : mais où est donc passée la culture ?
  29. Grand débat : le cri d’alarme de fonctionnaires en détresse
  30. Grand débat : les premières remontées de terrain par les élus
  31. Grand débat : Emmanuel Macron s’attaque au nombre de collectivités

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