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Décentralisation

Paris et la province : l’amour vache, par Jean-luc Boeuf

Publié le 15/02/2019 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

jean-luc-boeuf
patricia marais
La fronde des gilets jaunes met le doigt sur l’antagonisme entre la capitale et les territoires. Une opposition aussi vieille que le pouvoir central selon le politologue et futur DGS de la Drôme Jean-Luc Boeuf, auteur de « 2018, les très riches heures des territoires », aux éditions « Population et avenir ».

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Les relations entre Paris et la province ont-elles toujours été orageuses ?

A l’origine, le pouvoir monarchique capétien accorde des chartes et des libertés communales aux villes pour les libérer de l’influence des seigneurs. Il invente les 36 000 communes avant l’heure. Une manière de diviser pour mieux régner et d’asseoir, ainsi, son pouvoir naissant. A partir du XVIIème siècle, la monarchie use d’un autre instrument pour domestiquer les provinces : la cour du roi. Les personnages qui comptent sont regroupés au centre. Les autres sont cantonnés à la périphérie.

Quand apparait le mot « province » ?

A partir du XVIIème, les provinces du Quercy ou du Dauphinois s’effacent peu à peu sous le nom générique de « province ». Un monde à part dont les habitants sont traités sous le prisme de l’exotisme et de la fantasmagorie. Des « ploucs » avant l’heure. « Des gens qui fument des clopes et roulent au diesel », comme le dit aujourd’hui le ministre Benjamin Griveaux. La figure du provincial est tournée en dérision dans Les précieuses ridicules de Molière.

Les mouvements de révolte contre Paris ne sont cependant pas rares…

Certes, mais, la fronde des grands du royaume contre Louis XIV se résorbe par une mise au pas des parlements et l’envoi des intendants dans les provinces. Paris apparait aux yeux de la France rurale comme la ville arrogante et  dominatrice. Durant la Révolution, les habitants de la capitale et de la province fraternisent lors des journées des Tuileries de 1792 qui aboutissent à la destitution et à la condamnation à mort du roi. Mais, bien vite, sous la Terreur, la capitale redevient le centre honni, le lieu de tous les complots.

La perception de la province et de Paris évolue-t-elle au XIXème siècle ?

La province sort des radars politiques pour entrer dans le champ littéraire. Elle devient synonyme d’immobilisme, de vide et d’ennui. C’est Madame Bovary de Flaubert. La capitale est le lieu qui ordonne les ambitions sentimentales et sociales. Au XIXème, la fascination dans les provinces, pour le rayonnement parisien est totale. Un phénomène qu’encourage l’organisation administrative avec le rôle central des préfets et la nomination des maires, choisi dans un corps social, les notables, qui n’a d’yeux de Chimène que pour Paris.

A quel moment la province prend-elle son envol ?

Pour asseoir son autorité, la troisième République s’appuie sur ce qu’on appelle aujourd’hui les territoires. Elle permet une respiration locale avec la loi de 1884 qui fait de la commune l’un des piliers du régime. L’idée fédérale est promue à l’extrême gauche par les héritiers de Proudhon et, à l’extrême droite, par Charles Maurras qui se fait le chantre des petites patries. On retrouve cette exaltation des racines, chère à l’Action française, dans le régime de Vichy qui crée les régions. Cette philosophie survit à la collaboration, avec le fameux livre écrit en 1947 par le pétainiste Jean-François Gravier, « Paris et le désert français ».

A partir de quand l’aménagement du territoire devient-il une ardente obligation ?

A partir des années 1960, la DATAR déploie une énergie considérable pour étendre l’industrie et l’économie française. C’est, par exemple, l’aménagement du Bas-Languedoc, avec un plan de démoustication considérable, de plusieurs dizaines de milliers de km2. Mais, alors que le pouvoir central détient tous les leviers, il échoue en 1971 à mener à bien son projet de fusion des communes. C’est la jacquerie des « petits » maires contre la technocratie autoritaire. Une révolte qui, à bien des égards, ressemble à la colère des Gilets jaunes.

Cette fronde des communes rurales coïncide avec les mouvements d’émancipation nés de 1968 et le mot d’ordre « Vivre et travailler au pays »…

Ce retour aux racines se traduit dans les années 1970 par le succès phénoménal du roman d’Emmanuel Leroy-Ladurie « Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 » qui se vend à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Il se manifeste, après la victoire de François Mitterrand, par les lois « Defferre ». Mais la décentralisation est uniquement une façon, pour l’Etat, de déléguer des pouvoirs sur lesquels il peut reprendre la main. L’exemple des compétences en matière de formation professionnelle qui ont été reprises aux régions le montre amplement.

La fin du cumul des mandats n’aggrave-t-elle pas cette dérive ?

Elle marque une scission complète entre Paris et la province. Le député-maire, qui se faisait engueuler quand il rentrait en fin de semaine lorsqu’il revenait dans sa circonscription, était utile. Il remontait à Paris avec quelques idées qu’il lui arrivait de faire passer au Palais-Bourbon.

Les hommes politiques préfèrent-ils toujours Paris à la province  ?

L’exemple d’Alain Juppé le démontre amplement. Comme en 2007, lorsqu’il avait été appelé au gouvernement par Nicolas Sarkozy, il revient toutes affaires cessantes à Paris. Nos chers élus ne résistent pas à l’appel de Paris. Ce n’est que lorsqu’ils sentent que le vent tourne dans la capitale, comme Gérard Collomb, qu’ils retournent dans leur fief.

Quel est, au final, le meilleur ciment de l’unité nationale ?

Le Tour de France ! C’est la synthèse phénoménale entre les provinces qu’il parcourt et Paris où se finit la course, le trait d’union entre le terroir et le national. Les organisateurs explorent toujours plus de territoires. Ils descendent de plus en plus bas dans la taille des communes. Le Tour de France est à la fois une présence qui rassure et une épreuve qui, pour continuer à exister, doit sans cesse se régénérer.
Fait nouveau, il passe maintenant dans les banlieues. Cette année une étape partira de Toulouse le Mirail pour finir à Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. C’est bien la preuve que, plus d’un siècle après sa création, le tour de France reste le meilleur trait d’union entre les territoires.

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