Métier

L’arbre s’enracine en ville

| Mis à jour le 25/11/2020
Par • Club : Club Techni.Cités
Sources : Technicités 

Pierre Héry

Longtemps considérés sous leur seul aspect ornemental, les arbres deviennent des éléments à part entière de l’aménagement et du patrimoine urbains. Leur rôle écologique, bioclimatique, psychosocial est de plus en plus valorisé par les collectivités. Les pratiques changent et le métier développe de nouvelles branches.

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En ville aussi l'arbre prend racine

Signe des temps : en 2013, la direction des Parcs et jardins de Nancy créait « Embranchements », un festival international dédié à l’arbre en ville. Après des décennies sous le signe de l’asphalte et de l’automobile, le besoin d’arbres en ville a refleuri. La conscience de l’urgence environnementale aidant, les collectivités ont regardé d’un œil neuf leur patrimoine arboré.

Des arbres aux mille vertus

Nids de biodiversité, surtout quand leurs essences sont variées et locales, puits de carbone et pièges à particules polluantes, climatiseurs naturels (rafraîchissement de 1 à 3 °C, parfois 5 °C), entonnoirs évacuant les eaux de ruissellement, facteurs d’apaisement d’un espace minéral et de bien-être pour les citadins : l’arbre est devenu un élément de l’aménagement urbain paré de mille vertus.

Même si, aux dires des techniciens, des élus ont encore du mal à admettre la nécessité d’une gestion des arbres urbains (« un arbre, ça pousse tout seul »), les documents de planification témoignent d’une évolution.

Plan de gestion du patrimoine arboré

En laissant plus d’espace aux arbres, Orléans Métropole choisit de les laisser se développer plus largement et en port libre.

En laissant plus d’espace aux arbres, Orléans Métropole choisit de les laisser se développer plus largement et en port libre.

De plus en plus de communes référencent les arbres dans leur PLU, avec des espaces boisés classés, des espaces verts à protéger ou des aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine incluant les arbres. Pas toujours contraignants juridiquement, ces classements ont le mérite d’inscrire une volonté politique dans les documents d’urbanisme. À Cahors, le PLU répertorie les arbres remarquables de la ville et des propriétaires privés.

L’inventaire est un outil de connaissance nécessaire qui doit, pour être efficace, nourrir un programme pluriannuel d’action (plantations, diversification, modification de la taille, etc.) : le plan de gestion du patrimoine arboré. Les services de la ville de La Rochelle ont développé un logiciel pour géoréférencer les arbres dans une base de données qui recense chaque intervention (élagage) et suit l’état sanitaire de l’arbre.

Les SIG, comme celui d’Orléans Métropole, ajoutent une couche d’information dédiée aux arbres. Les outils numériques émergent peu à peu pour ces missions. La ville de Paris a implanté des puces RFID dans ses arbres dès 2006 ; d’autres, comme Strasbourg, Reims ou Montpellier, utilisent des applications spécialisées, voire des outils de « monitoring végétal » ou des drones pour surveiller à distance l’arrosage ou la pousse. Mais beaucoup demeurent réticentes, pour des raisons de coût et de formation des agents, et pour conserver des savoir-faire qui ont fait leurs preuves.

Premières assises internationales de l’arbre

La Fédération internationale de l’arbre, association de protection des arbres d’ornement, organise en novembre 2019 à Paris les premières Assises internationales de l’arbre. Destinées aux élus et techniciens territoriaux, aux associations et aux professionnels, elles aborderont entre autres la gestion écologique du patrimoine arboré. L’occasion aussi de découvrir la première certification pour les entreprises d’élagage, ainsi que la licence « Technicien de l’arbre durable et écologique » intéressant les gestionnaires de patrimoine arboré des collectivités.

Pour conduire ces plans, les collectivités ont créé des postes de gestionnaires des arbres, capables de connaître le patrimoine et son évolution dans la durée. « Nous sommes arrivés à ces postes dans les années 1990 avec des formations de forestiers, comme la plupart de nos collègues à l’époque », se souviennent Pierre Héry et Hervé Mifsud, respectivement responsable du pôle Expertise du service Ingénierie de l’espace public, et responsable de la gestion des arbres au service Gestion de l’espace public à Orléans Métropole. « Ensuite, nous nous sommes formés à l’arbre en ville. »

Les professionnels ont renouvelé leurs buts et leurs méthodes. Les enjeux écologiques et un regard plus global ont pris le pas sur les anciennes habitudes ; l’ordre des priorités a changé. On choisit une essence moins sur des critères esthétiques et de croissance que sur son adaptation aux contraintes du site (climat, sol, eau).

Diversification végétale

Il faut également anticiper le changement climatique et choisir des espèces adaptées à des températures plus élevées. On verra des chênes verts et des pins maritimes dans des villes françaises qui n’en ont jamais vus. Cela implique de nouvelles connaissances et de nouvelles pratiques pour les pépinières des collectivités, quand celles-ci produisent encore leurs plants.

L’accent est aussi mis sur la diversification de la palette végétale, essentielle pour favoriser la biodiversité, éviter la propagation d’épidémies au sein d’une espèce et le recours aux traitements chimiques. En la matière, les soigneurs d’arbres avaient une longueur d’avance : la protection biologique intégrée, avec des auxiliaires, des colliers pièges, des nichoirs ou des pièges à phéromones, fait partie des habitudes depuis longtemps.

De même, les arbres creux ne sont plus aussi systématiquement abattus. Quand ils ne présentent pas de risque de chute, on préserve ces hôtels à biodiversité. Idem pour les pieds d’arbres, où les grilles laissent de plus en plus la place à des plantations, parfois laissées à la libre inspiration des habitants, comme à Paris ou à Nantes.

Favoriser le développement des arbres

Autre changement : les services techniques laissent plus d’espace aux arbres pour se développer. Ils respirent mieux, et cela évite les déformations de chaussée causées par des fosses trop étroites, mal placées et trop rapprochées. « Nous préférons planter moins et ne pas tailler pour avoir des arbres plus grands, plutôt que de trop planter et de restreindre le développement de l’arbre », explique Pierre Héry. Les arbres sont plus souvent conduits en port libre et moins taillés au cordeau, « en rideau » ou en « tête de chat ».

L’avantage est économique autant qu’environnemental, avec un usage réduit des engins motorisés. Le port libre offre une meilleure harmonie avec le décor urbain : on choisit des essences au port fin, érigé, dans des rues étroites, et d’autres plus larges sur des places. Volume aérien et volume racinaire sont désormais intégrés aux choix. Un nouveau regard qui valorise les compétences scientifiques des techniciens.

Certaines collectivités ne comptent plus le nombre d’arbres, mais le volume de la canopée. Le Grand Lyon déploie un « plan Canopée », avec l’objectif d’un meilleur confort thermique urbain. La métropole prévoit d’intensifier le rythme de ses plantations pour atteindre 3 000 arbres par an et passer à plus de 20 % d’espaces publics ombragés en 2030, tout en diversifiant les essences.

Plus que d’autres projets d’aménagement, la gestion des arbres implique une vision à long terme, loin du temps des mandatures. Pour les techniciens, une fine approche psychologique s’impose, dans la relation aux élus et à la population. Aux premiers, il s’agit d’expliquer qu’ils travaillent pour les générations futures et ne verront pas les résultats de leurs décisions avant longtemps. Avec les seconds, il faut user de diplomatie pour faire comprendre les choix de plantation comme d’abattage. La relation à l’arbre est affective, souvent irrationnelle. « Les arbres sont objets d’attachement ou de peur, le sujet est passionnel », confirme Hervé Mifsud. Voilà qui donne une dimension très humaine à ces métiers techniques.

Dites-nous… Pierre Héry, responsable du pôle Expertise du service Ingénierie de l’espace public, et Hervé Mifsud, responsable de la gestion des arbres au service Gestion de l’espace public d’Orléans Métropole

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Pour la ville et la métropole d’Orléans, qui ont mutualisé notre direction de l’Espace public, l’arbre en ville est un enjeu prioritaire depuis longtemps. La ville a adopté une charte de l’arbre urbain en 2011, exposant ses priorités et les règles de protection de ses arbres, à l’attention notamment des aménageurs. On compte 25 000 arbres (hors boisement) dans la ville et 65 000 dans la métropole – des chiffres en hausse constante.
Outre les jardiniers qui assurent la plantation, le tuteurage, la taille de formation, le paillage et l’arrosage, intervient une équipe de quatre élagueurs pilotée par Hervé Mifsud. Des travaux de taille sont réalisés par des entreprises spécialisées via un marché à bons de commande. Pierre Héry, auparavant chargé de la gestion des arbres, a rejoint le pôle Expertise du service Ingénierie de l’espace public. Cette position permet d’intégrer la problématique de l’arbre dans chaque projet dès la conception, et d’éviter les erreurs par manque de connaissances. Le choix des essences, la plantation, la dimension des fosses, l’aménagement et la protection des pieds d’arbre sont étudiés en amont, en cohérence avec les aménagements de voirie, de réseaux ou d’éclairage. Finis les lampadaires cachés par les feuillages, ou les systèmes racinaires empêchés par des canalisations ! Nous avons aussi adopté une démarche de coût global qui permet d’estimer les frais d’entretien pour chaque projet. Par exemple, le ramassage des feuilles, ou l’élagage en fonction du mode de conduite choisi pour les arbres. Nous privilégions le port libre, qui limite les besoins de taille (tous les dix ou quinze ans, contre un à deux ans pour une taille en rideau).
Nous avons élaboré un cahier technique « Plantations » à destination de nos prestataires, qui détaille les règles de la collectivité en termes d’aménagement – distances de plantation entre arbres et entre arbres et façades, essences, aménagement et protection du pied de l’arbre, etc. – ainsi qu’un guide des bonnes pratiques arboricoles pour les propriétaires particuliers. Un barème de la valeur des arbres a été défini dès 1981, permettant de demander des réparations en cas de dégradations. Ce barème « actualisé » devrait être élargi à la Métropole.

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