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SOCIAL
Un dialogue jeunes/police autour d’une recherche action
Rouja Lazarova | A la Une santé social | Dossier Santé Social | Publié le 22/07/2020

Un collectif de jeunes du centre social Georges-Lévy de Vaulx-en-Velin a travaillé sur les relations entre la police et les habitants. Une prise de conscience mutuelle des préjugés partagés.

Tout a démarré par une rencontre entre deux femmes, à l’automne 2016 : Samia Bencherifa (1) [1], coordinatrice du pôle pré-­adolescents du centre social Georges-Lévy à Vaulx-en-Velin, et Anaïk Purenne (2) [2], chercheuse en sciences sociales à l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE). « Je faisais une recherche sur les expériences des discriminations à l’adresse. J’ai sollicité le centre social, puis Samia a suggéré d’impliquer davantage les jeunes », se souvient Anaïk Purenne.

Relations dégradées

Ainsi naît l’idée de former les jeunes à la recherche : comment réaliser un questionnaire, comment conduire des entretiens. Un groupe d’une quinzaine de volontaires de 14 à 18 ans se constitue (3) [3]. « Cela les a fait mûrir et leur a permis de développer plein de compétences », considère Anaïk Purenne.

Les premiers résultats de l’étude pointent un problème récurrent : les relations dégradées entre les représentants des forces de l’ordre et les habitants. Avec sa collègue Hélène Balazard, Anaïk Purenne décide de recentrer la recherche sur cette thématique. Et alors qu’elles travaillent sur l’enquête scientifique, les jeunes s’impatientent. La démarche se transforme alors en une recherche-action. Le collectif effectue deux visites d’étude, à Londres et à Montréal. « À Londres, par exemple, un corps de citoyens élus contrôle la police », précise Samia Bencherifa.

De retour en France, les jeunes souhaitent rencontrer les policiers et les gendarmes, pour tenter d’établir un dialogue. Le ministère de l’Intérieur s’intéresse à la démarche, ce qui va faciliter les contacts au niveau local. Trois soirées débats entre Vaudois et représentants des forces de l’ordre sont animées par Yazid Kherfi, ancien braqueur reconverti en médiateur.

« Les policiers ont pris conscience que tous les jeunes ne sont pas tous délinquants. Que leur parole de citoyens n’est pas prise en compte. De l’autre côté, les habitants ont découvert les difficultés des policiers à intervenir dans des quartiers en tension qu’ils ne connaissent pas toujours », explique Anaïk Purenne.

Conférence de consensus

En décembre 2018, PoliCité organise une conférence du consensus sur les questions de la sécurité (4) [4]. « C’était totalement nouveau. On a discuté librement avec la population, c’était très enrichissant », témoigne le major de la gendarmerie nationale à Migennes dans l’Yonne. Inspiré par l’initiative, il décide de la reprendre sur son territoire. Une bande dessinée relatant l’expérience de PoliCité est réalisée au printemps 2019. Aujourd’hui, les chercheuses accompagnent une deuxième cohorte de jeunes pour les former à la recherche.

« Nous n’avons pas eu à les convaincre, on a eu plein de candidats », se réjouit Anaïk Purenne. Prochaine étape : généraliser dans les écoles des rencontres entre collégiens et policiers afin de combattre les préjugés avant qu’ils ne soient trop ancrés.

[5]« Cette expérience m’a révélé à moi-même » – Naïm Naïli, membre du collectif PoliCité

« Les chercheuses nous ont d’abord appris à créer des grilles d’entretien. Nous avons décidé de creuser la question des relations tendues entre la police et la population. Nous avons appris nos droits. Savoir, par exemple, qu’un contrôle d’identité doit être justifié. Ou bien, qu’on peut porter plainte contre la police. J’ai été choqué d’apprendre tout cela. Au début, c’était difficile de rencontrer les policiers locaux. Puis, peu à peu, nous nous sommes sentis considérés. Nous sommes experts sur un sujet – nos quartiers. C’est valorisant. Cette expérience m’a fait grandir. Elle m’a révélé à moi-même. Du coup, j’ai créé mon association “À Vaulx ambitions”, sur le tristement célèbre Mas du Taureau. Elle accueille les jeunes en soirée et en week-end et leur permet ainsi de ne pas traîner dehors. C’est une sorte de centre de loisirs pour pré-adolescents. »

CHIFFRES CLES

  • 48 500 hab. (Insee, 2016) dont 47 % de moins de 29 ans.
  • Taux de pauvreté de 33 %.
  • Taux de chômage de 22,5 % et 37 % chez les moins de 24 ans.
  • 46 % de la population vivent en HLM.