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DOSSIER : Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/595621/ou-vivent-les-jeunes-adultes-de-condition-modeste/

[VISUALISATION DE DONNÉES] PAUVRETÉ
Où vivent les jeunes adultes de condition modeste ?
Valérie Schneider | Dossiers d'actualité | France | Publié le 14/12/2018

D’un taux de pauvreté de 10,5 % à 67 %, la part de jeunes qui disposent de ressources inférieures au seuil de pauvreté varie considérablement sur le territoire. Chômage et coût du logement les impactent directement.

pauvrete-difficulteD’un taux de pauvreté de 10,5 % à Issy-les-Moulineaux (Hauts de Seine) à celui de 67 % à Saint-Benoit à La Réunion, la part de jeunes qui disposent de ressources inférieures au seuil de pauvreté varie considérablement sur le territoire (1) [1].

À La Réunion, les communes de Saint-Louis, Saint-André, Saint-Joseph, Le Port et Le Tampon affichent les taux de pauvreté des moins de 30 ans les plus élevés. Des taux qui avoisinent 60 % (données Insee 2015 (2) [2] ). Comme dans la plupart des DOM, la situation des jeunes y est extrêmement difficile, du fait notamment du chômage qui frôle les 50 % pour cette catégorie de la population. Une région où les créations d’emploi sont insuffisantes et où le recul du taux d’activité des moins de 30 ans est marqué, comme l’indique l’Insee dans une étude publiée en avril 2018 (3) [3].

Le nord de la France est aussi en première ligne. À Roubaix (Nord), plus de la moitié des jeunes adultes vivent sous le seuil de pauvreté, mais aussi dans des plus petites communes comme à Denain (58,7 %) et Fourmies (53,5 %). Comme pour les DOM, cette région présente les plus forts taux de chômage des jeunes. Au sud, Marseille compte aussi beaucoup de jeunes pauvres.

Si, en moyenne, un tiers de ses jeunes habitants sont dans cette situation, dans certains arrondissements (dont la population est comparable à celle d’une commune moyenne), près de six jeunes sur dix sont pauvres, un même niveau que dans le Nord ou les DOM. C’est le cas dans le 3e qui présente le taux de pauvreté des moins de 30 ans le plus élevé (58,7 %). Mais aussi dans les 14e et 15e arrondissements où un jeune sur deux vit dans la pauvreté.

Grandes villes mais pas seulement

Parmi les communes qui comptent le plus de jeunes pauvres (taux supérieur à 20 %), on trouve autant de grandes villes comme Marseille, Lyon ou Toulouse, que des territoires moins peuplés. Avignon, par exemple, avec ses 90 000 habitants, affiche un taux de pauvreté des jeunes de 36,5 %. À La Rochelle – qui n’est pas connue pour être une ville en grande difficulté –, un tiers des moins de 30 ans sont dans cette situation. Parmi les moins de 15 000 habitants, on trouve des communes comme Fontainebleau (Seine-et-Marne), Toul (Meurthe-et-Moselle), ou encore Courcouronnes (Essonne) et Saint-Omer (Pas-de-Calais) où entre 20 % et 45 % des jeunes sont pauvres.

À l’autre bout de l’échelle, les villes où le taux de pauvreté des jeunes est le plus faible (inférieur à 15 %) se trouvent d’abord dans l’ouest parisien. Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), ville de 68 000 habitants, est celle où ce taux est le moins élevé (10,5 %). Dans les 9e, 12e et 17e arrondissements de Paris, qui comptent entre 60 000 et 165 000 habitants, les jeunes connaissent aussi moins la pauvreté qu’ailleurs. Le taux oscille autour de 14 %.  Il n’y a pas que dans l’ouest parisien que la pauvreté des jeunes est faible. Au sud de Rouen, Le Grand-Quevilly en Seine-Maritime, par exemple, fait aussi partie des villes moyennes où moins de jeunes vivent sous le seuil de pauvreté (13 %). La commune voisine de Saint-Étienne-du-Rouvray affiche, par contre, un taux trois fois plus élevé.

Niveau de chômage en cause

Pour une grande part, la pauvreté des jeunes s’explique par le niveau du chômage. « Les données sur la pauvreté des jeunes ménages sont le reflet du mal emploi. Avec une particularité pour les DOM liée en partie à l’étroitesse du territoire : les jeunes y sont comme enfermés », analyse Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

La pauvreté des jeunes est une chose. En quoi est-ce une caractéristique de la ville ? Est-elle liée à une pauvreté globale du territoire ? Pour le comprendre, nous avons fait apparaître les villes où il y a le plus fort décalage entre le taux de pauvreté des jeunes et le niveau de pauvreté moyen de la commune.

Les villes où la proportion de jeunes pauvres est beaucoup plus élevée que l’ensemble de la population ne sont pas nécessairement celles où la pauvreté est la plus forte. À Orsay (Essonne) par exemple, le taux de pauvreté des moins de 30 ans est 3,5 fois plus élevé que celui de l’ensemble de la population (5,7%), taux très inférieur à la moyenne nationale. Dans le 6e arrondissement de Paris aussi le décalage est important entre la pauvreté des jeunes et celle de sa population : ils sont 2,4 fois plus touchés, alors qu’à peine un habitant sur dix est pauvre. Avec un taux de pauvreté de 23,3 %, les jeunes qui vivent dans le 16e arrondissement de Paris sont aussi deux fois plus nombreux à être concernés que le reste de la population de ce quartier, peu réputé pour sa pauvreté prégnante.

Le logement, facteur de « sur-pauvreté »

Ce décalage montre que les moyennes peuvent masquer la situation de certaines catégories de population, notamment les jeunes. Pour Louis Maurin, le logement est un facteur central de la « sur-pauvreté » des jeunes : « Pour partie, on trouve des jeunes ménages modestes dans des communes aisées qui disposent d’un parc social – même si elles ne remplissent pas toutes leurs obligations en la matière – qui accueille des jeunes familles notamment monoparentales aux bas revenus. Pour Paris, il reste aussi de très petites surfaces de type “chambre de bonne” occupées par des jeunes aux faibles moyens. »

Il est assez rare que le taux de pauvreté des jeunes soit beaucoup moins élevé que celui de l’ensemble de la commune. Mais les 18e et 20e arrondissements de Paris, Trappes (Yvelines), certaines villes du nord parisien (Clichy, Dugny) ou encore le 2e arrondissement de Marseille sont dans ce cas. Des territoires pourtant au fort niveau de pauvreté. On peut penser qu’une partie des jeunes vont trouver des emplois dans les communes limitrophes, moins sinistrées économiquement.

Peut-on relier ces données sur la pauvreté des jeunes avec le mouvement des gilets jaunes actuel ? Si aucune étude sérieuse n’a pu être réalisée jusqu’à maintenant concernant la composition sociologique précise de ce mouvement, sa propagation sur les réseaux sociaux, moyens de communication davantage investis par les plus jeunes, autorise notamment à penser que la partie de cette population qui subit la pauvreté en raison du chômage, de contrats de travail précaires ou mal payés soutient ce mouvement.

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