Energie

Nucléaire : 2 spécialistes analysent la réserve des collectivités

| Mis à jour le 22/07/2013
Par • Club : Club Techni.Cités

Les responsables des collectivités territoriales sont fort discrets sur les tourments du nucléaire au Japon et leurs répercussions sur l’appréciation de cette énergie en France, qui exploite le deuxième parc au monde (58 réacteurs) après les Etats-Unis.

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Le nucléaire français en questions

Une réserve (1) que Gérard Magnin, délégué général d’Energy Cities (2), et Bruno Rebelle, directeur général du cabinet Synergence, analysent avec des vues assez convergentes .
C’est pourquoi nous croisons leurs points de vue, bien qu’ils aient été interrogés séparément.

L’énergie, un sujet hors de portée

Bruno Rebelle : La politique énergétique fait l’objet d’une captation totale par les hautes sphères de l’Etat et le lobby politico-industriel. Elle échappe même aux parlementaires : dès avant la fin des débats sur la loi programme des orientations de la politique énergétique (Pope) de juillet 2005, le gouvernement avait décidé de construire un EPR à Flamanville (Manche).
Pour que se tienne un débat sur l’énergie, aux niveaux national et territorial, il faudra que des élus de tout bord et de tout échelon territorial le réclament vigoureusement. La conjonction de la situation au Japon, qui sème un trouble sérieux sur la sécurité nucléaire, et la violence des oppositions aux projets d’exploitation d’hydrocarbures de schiste en France fournit l’occasion rêvée d’un tel débat.

Gérard Magnin : La question du système énergétique est revenue, en novembre 2010, dans le giron du ministère de l’Economie. Refermant ainsi la parenthèse concédée à l’Ecologie par le Corps des Mines pendant quelques années.

Des systèmes centralisés à bout de souffle

Gérard Magnin : Les systèmes centralisés ont été relativement efficaces au sortir de l’après-guerre, dans des économies où l’on avait le sentiment que l’on avait l’éternité devant soi. Leur forte inertie les rend inadaptés à nos sociétés complexes, où l’imprévu décide de l’histoire. Les gros systèmes sont à bout de souffle. L’informatique à la « grand papa », avec un ordinateur central intelligent et des terminaux bêtes, a vécu. C’est aujourd’hui un mode d’échange horizontal qui prévaut, avec des consommateurs d’information qui sont aussi des fournisseurs. Les grandes entreprises sont structurées en multiples unités plus ou moins indépendantes car le commandement central ne fonctionne plus. Et l’énergie française serait la seule à échapper à cette logique ?

Bruno Rebelle : Le dogme nucléaire fait que l’on a toujours pensé en termes de gros centres de production, acheminant l’énergie via de gros tuyaux vers les gros centres de consommation que sont les villes. L’approche « 3D » que je défends est à l’inverse déconcentrée, diversifiée, décentralisée.

Des territoires dépossédés

Gérard Magnin : Il y a une déresponsabilisation des territoires vis-à-vis de l’approvisionnement énergétique. Certes, on observe un début de réappropriation (adhésions à la Convention des maires, engagements de Plans climat énergie territoriaux volontaires, avant que le Grenelle ne les systématise pour les collectivités de plus de 50 000 hab.). C’est un lent mouvement qui prend le contre-pied des systèmes centralisés de production énergétique, censés apporter de la sécurité mais s’avérant inadaptés en situation d’imprévu. A côté de la globalisation, se dégage ainsi une marge pour l’action locale.

Bruno Rebelle : Les plans climat énergies territoriaux, prévus par la loi Grenelle 2 de juillet 2010, s’inscrivent dans le cadre de schémas régionaux climat-air-énergie cosignés par le préfet et le président de région, qui ne sont pas des outils de politique énergétique : ils visent à mesurer les consommations et les émissions de gaz à effet de serre ainsi qu’à minimiser les impacts du changement climatique. Pas à renforcer l’autonomie du territoire en matière d’approvisionnement énergétique.

Réappropriation locale

Bruno Rebelle : Au lieu de considérer les villes comme des lieux de consommation énergétique, il convient d’y voir aussi des sites de production. Le travail sur le plan climat de la communauté urbaine de Bordeaux (Gironde) montre que le territoire peut être quasi autonome en matière de production de chaleur domestique et d’électricité, grâce essentiellement à la géothermie, au bois, au solaire, à la récupération de chaleur des eaux usées et de l’incinération de déchets. Il peut aussi fournir une bonne partie des besoins de chaleur industrielle et une petite composante de ceux de carburants.

Gérard Magnin : Commençons par regarder les ressources près de chez nous. Genève (Suisse, 191 000 hab.) voisine depuis toujours avec un lac, dont elle ne puise que depuis trois ans l’eau pour rafraîchir les institutions internationales. A l’inverse, la ville suédoise de Växjö (80 000 hab.), qui a développé la biomasse suite aux chocs pétroliers des années 70, produit aujourd’hui 84 % des ses besoins de chaleur (et 57 % de ceux de chaleur et d’électricité) à partir de ressources locales. Certes, une usine de production d’aluminium ne tournera pas avec des panneaux photovoltaïques posés son toit. Tant qu’elles seront déployées à petite échelle, les énergies renouvelables seront insuffisantes. C’est à grande échelle que l’on obtient une mutualisation et un foisonnement des ressources.

Barbichette tenue et bouche cousue

Bruno Rebelle : Les installations nucléaires de base sont des pourvoyeuses de ressources assez conséquentes pour les collectivités. Outre la contribution économique territoriale, les emplois directs et la sous-traitance, ces sites savent se montrer généreux vis-à-vis du territoire d’accueil, dans l’idée de favoriser l’acceptation locale ou, du moins, de tempérer les oppositions.

Dans le Nord Cotentin (autour de l’usine de retraitement de la Hague), on trouve des voiries et des équipements exceptionnels pour des villages de quelques centaines d’habitants. A Bure (Meuse, où est projeté un centre d’enfouissement de déchets), des millions d’euros ont été déversés sur les communes pour faire passer l’idée que le nucléaire est acceptable. Le maire de Donzère (Drôme) n’a certainement pas trop de difficulté à faire financer une manifestation culturelle par le sponsor local. C’est ici Areva qui intervient, ailleurs l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), autre part, EDF… Acteurs vis-à-vis desquels il est ensuite difficile d’être critique. Les élus locaux ne sont pas à proprement achetés mais coincés dans un jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

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