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[INTERVIEW] PIERRE-FRANCK CHEVET
Nucléaire : « Dans la culture du risque, il faut mettre les sujets sur la table »
Olivier Schneid | Actualité Club Techni.Cités | France | Publié le 05/12/2018 | Mis à jour le 28/11/2018

Alors que le nucléaire en France entre dans une période marquée par des dossiers sensibles sur lesquels élus locaux et société civile veulent avoir leur mot à dire, rencontre avec Pierre-Franck Chevet, ex-président de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Pierre-Franck_Chevet_ASN

Il a, pendant six ans, combattu la « petite musique consistant à considérer que Fukushima était un accident typiquement japonais et que la page était tournée ». Le mandat, non renouvelable, de Pierre-Franck Chevet à la présidence de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN [1]) s’est achevé le 12 novembre. Cet X-Mines de 57 ans y a commencé sa carrière en 1986… quatre mois après la catastrophe de Tchernobyl. Il est passé par les cabinets de deux Premiers ministres avant d’être nommé directeur général de l’énergie et du climat. Son départ intervient alors que le nucléaire en France entre dans une période marquée par des dossiers sensibles sur lesquels élus locaux et société civile veulent avoir leur mot à dire.

Le monde des collectivités et de la société civile, représenté au sein des commissions locales d’information (CLI), réclame, depuis des années, des moyens à la hauteur de son rôle en matière de sûreté nucléaire. Est-ce un vœu pieux ?

Sur le principe, l’ASN a toujours soutenu un meilleur financement des CLI, et elle le rappelle régulièrement. Cette position vaut d’autant plus aujourd’hui que leur champ s’élargit, avec un doublement, de dix à vingt kilomètres, des plans particuliers d’intervention et de nouvelles missions, comme la concertation sur l’amélioration de la sûreté des réacteurs soumis à une quatrième visite décennale. Mais la réalité, c’est que le budget de l’Etat est contraint. Une augmentation de leurs moyens de 24 % se profile en 2019. Elle ne correspond, certes, pas à une multiplication par 4,5 comme l’imposerait le respect de la loi. Dont acte. Pour ce qui est de l’ASN, nous avons été plutôt bien traités, avec un renforcement de nos moyens humains.

Votre mandat s’est achevé alors que s’ouvre une nouvelle page du nucléaire en France, à laquelle l’ASN et les CLI sont associées…

Des enjeux sans précédent se présentent en effet à nous. La poursuite, ou non, de centrales qui vieillissent, sujet sur lequel le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire a lancé une concertation afin d’associer le public. La construction, parfois difficile, d’installations nouvelles, comme en témoigne le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). La question des déchets, alors qu’un débat public, organisé par la Commission nationale du débat public, dont l’ASN est le maître d’ouvrage, se prépare sur le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs. Le projet de centre de stockage Cigéo y sera aussi abordé. Chacun, à son niveau, avec ses responsabilités et ses convictions, peut apporter sa contribution pour faire avancer la sûreté nucléaire.

« Il manque une véritable culture du risque nucléaire en France », estime le président de l’Association nationale des CLI, Jean-Claude Delalonde. Qu’en pensez-vous ?

Je ne partage pas ce sentiment. On pourrait, bien sûr, par exemple, envisager de réaliser plus d’exercices de crise. Ils permettent d’entretenir le savoir-faire, d’améliorer le système. Cependant, l’essentiel dans la culture du risque est d’en parler, de mettre les sujets sur la table, et c’est ce qui est fait. Les (1) [2], et non seulement de sûreté nucléaire. Il serait souhaitable que la France s’aligne sur ce point.

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