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DOSSIER : Congrès des maires 2018 : un rendez-vous sous haute tension
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/592992/quand-les-gilets-jaunes-sinvitent-dans-la-transition-ecologique/

CONGRÈS DES MAIRES 2018
Quand les gilets jaunes s’invitent dans la transition écologique
Arnaud Garrigues | France | Publié le 21/11/2018 | Mis à jour le 22/11/2018

Mouvement des gilets jaunes oblige, le volet social de la transition écologique s'est invité dans le forum du Congrès des maires consacré à l'adaptation au changement climatique. L'occasion de reparler des moyens affectés à cette transition et de l'appropriation par les citoyens.

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Ce devait être un énième débat rebattant les cartes du dérèglement climatique, et de sa cohorte d’effets redoutables : réchauffement, élévation du niveau de la mer, augmentation des phénomènes extrêmes, etc. Avec en corollaire un listing de mesures d’adaptation au changement climatique, puisque l’atténuation semble être mise au second plan désormais.  Pourtant, lors de ce forum organisé le mardi 20 novembre au Congrès des maires, un invité de marque s’est invité : le gilet jaune, ce mouvement de contestation populaire dont l’étincelle est liée à la hausse du prix des carburants, liée pour un tiers à la hausse de la taxe carbone.

Alerte sur le volet social de la transition énergétique

« Cela fait des mois qu’avec d’autres associations nous prévenions le gouvernement de ce risque », se désole Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme. Le 24 septembre dernier, son association appelait en effet à « une utilisation socialement juste et écologiquement efficace des recettes fiscales nouvelles » de la taxe carbone, au bas mot 2,8 milliards d’euros (à partir du 1er janvier 2019). Mais le gouvernement est resté sourd à ces alertes, et comme lors du précédent quinquennat, ces recettes additionnelles sont venues financer les nouvelles mesures portées par Emmanuel Macron, à savoir la suppression de la taxe d’habitation, comme François Hollande l’avait fait précédemment pour financer le CICE.

« Il faudrait qu’au moins la moitié de ces recettes soient utilisées pour la transition écologique », a déclaré de son côté Pascal Canfin, directeur général du WWF. Mais nous en sommes loin, à l’inverse d’autres Etats qui ont mis en place un cercle vertueux. Et le tour de passe-passe de l’Etat qui préfère que cette manne financière finisse dans son budget général avant d’en redistribuer une partie au ministère de la Transition écologique et solidaire ne passe pas auprès des citoyens, malgré les tentatives d’explication désespérées des ministres.

Ne pas agir coûtera plus cher

En somme, il faudrait, comme le demandent toutes les associations d’élus, qu’une part de ces taxes soit affectée afin de montrer aux citoyens que cet argent sert à enclencher la transition écologique, et que cette dernière n’a pas vocation à coûter forcément plus cher. « Ce qui coûte cher, c’est de ne rien faire, a souligné Audrey Pulvar. C’est la non transition écologique,  la non adaptation au réchauffement climatique. C’est de ne pas adapter le bâti pour que les gens soient à l’abri de la précarité énergétique. »

Barbara Pompili, député (LREM) et présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale tempère ce discours : « il ne faut pas aller dans le débat de savoir si ça coûte plus cher ou moins cher, car cela demande un investissement important au démarrage. Mais quand on regarde les coûts liées au climat, aux atteintes à l’environnement, ça coûte moins cher d’agir ». Et la député de citer ce chiffre impressionnant de 100 milliards d’euros correspondant au coût annuel des pollutions en France. « Isoler des maisons, ça a un coût ; renouveler nos infrastructures ferroviaires, qui n’ont pas été entretenues pendant des années, ça coûte très cher. Mais personnellement, j’assume qu’on mette de l’argent là-dessus. »

Pour les représentants du monde associatif, les mesures annoncées par le gouvernement pour aider les citoyens à sortir de la dépendance à la voiture et aux énergies fossiles constituent un premier pas. Mais ils sont encore insuffisants, estime-t-on à la Fondation pour  la Nature  et l’Homme (FNH) : « En plus de mesures d’accompagnements enfin annoncées pour les classes moyennes, les artisans et PME, il faut des mesures fortes pour désenclaver des territoires, pour qu’ils puissent se chauffer, de manière plus respectueuse de l’environnement et pour améliorer leur santé », explique Audrey Pulvar, qui attend beaucoup de la future loi d’orientation sur les mobilités (qui doit être présentée le 26 novembre) et du plan de rénovation énergétique du gouvernement.

Une transition écologique populaire, c’est possible

La transition écologique va donc nécessiter des investissements lourds, comme va encore le montrer la Programmation pluriannuelle de l’énergie qui devrait être présentée dans les prochains jours. Mais dans ce contexte, faut-il croire que seules les collectivités riches vont pouvoir la mettre en œuvre ? Non, si l’on en croit le cas de L’Îsle-Saint-Denis. Dans cette commune de Seine-Saint-Denis, dont les moyens sont limités (un budget de 20 M€ pour 7200 habitants), le maire, Mohammed Gnabaly, essaie de mener « une transition écologique urbaine et populaire. On veut être un oasis du Grand Paris, et montrer qu’à travers la transition écologique on peut faire du marketing territorial », explique-t-il. L’élu explique notamment travailler dans une démarche vertueuse, où toutes les économies réalisées sur la facture énergétique sont réinvesties sur de nouveaux projets.

Autre exemple : un écoquartier sans voiture a été créée, avec un parking en silo. « On dit aux habitants : on vous contraint de ne plus utiliser la voiture dans ce quartier mais on vous apporte tellement de solutions à côté que ça serait inconcevable de refuser. Tout l’enjeu d’une transition écologique populaire, c’est de savoir comment on la rend acceptable et de permettre à notre population de la porter avec nous », conclut l’élu.

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