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DOSSIER : Congrès des maires 2018 : un rendez-vous sous haute tension
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/592605/des-gilets-jaunes-sous-les-echarpes-tricolores/

CONGRÈS DES MAIRES 2018
Des gilets jaunes sous les écharpes tricolores ?
Laura Fernandez Rodriguez | A la une | Dossiers d'actualité | France | Publié le 20/11/2018

Entre empathie et méfiance, les élus comprennent l’exaspération de leurs administrés mais se méfient de cette forme de mobilisation. Les gilets jaunes devraient tout de même être au menu de la réception des maires, le 21 novembre à l'Elysée.

maire-illustration

« Et pour toi, ça s’est passé comment les gilets jaunes ? » « Tu as vu, il fait un temps à ne pas mettre un gilet jaune dehors ! ». Ces propos, glanés durant le Congrès des maires qui s’est ouvert à Paris ce 20 novembre 2018 au Parc des Expositions, en parallèle de la quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes, attestent de l’impact du mouvement auprès des écharpes tricolores. Ici, pas de gilet jaune mais des propos colorés par les revendications portées par ce mouvement, dont les élus redoutent toutefois l’aspect protéiforme.

A défaut d’afficher un gilet jaune géant sur le fronton de sa mairie, comme s’y est employé le 16 novembre 2018 Jérôme Darques, maire divers droite à Morbecque (Nord), sa collègue de Moisenay (Seine-et-Marne) Michèle Badenco (DVG) a elle-même accroché son gilet jaune au pare-brise de sa voiture. L’édile évoque une « saturation » et dénonce la baisse des dotations, car « tout est lié ». « Le mécontentement s’est exprimé, il faut savoir s’arrêter », nuance-t-elle toutefois, appelant à ne pas impacter l’économie et à ne pas empêcher les gens de se déplacer pour aller travailler.

Convergence des luttes à géométrie variable

« A Nantes, nous avons un peu souffert de cette mobilisation, même s’ils ont raison sur le fond », abonde Claude Lumineau, maire PS de Rezé (Loire-Atlantique). « Les populations dans des situations délicates sont encore plus fragilisées par les politiques menées par Emmanuel Macron. » « Nous n’avons pas notre gilet jaune mais ils ont certainement raison », abonde Yves Mosser, adjoint aux sports. « Les gens réclament des alternatives, et notamment celles de pouvoir utiliser des transports moins onéreux ou plus adaptés », poursuit-il.

Pierre-Jean Zannettacci, maire PS de l’Arbresle (Rhône), rejoint cette analyse : « Nous assistons à un réel ressentiment populaire qui s’exprime et a le mérite d’exister. En tant qu’élu, mon rôle n’est pas de porter un gilet jaune », avance-t-il, reconnaissant que « les idées sont bonnes. » « Je m’inscris également dans la défense des territoires : tout le monde ne peut pas vivre dans les grandes villes. Ces revendications rejoignent les problématiques liées aux transports, aux déserts médicaux, que nous rencontrons en tant que maires », analyse-t-il.

« Fracture avérée entre la société et les élus »

« Je suis en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, mais nous devons avoir une réelle discussion au niveau national sur le coût de l’énergie », pointe pour sa part Emile Roger Lombertie, maire LR de Limoges. « La fracture est avérée entre la société et les élus. Cette réalité pénalise le pays et offre une image d’affrontements alors que nous avons besoin de dialogue », regrette-t-il.

Dénonçant les récupérations du mouvement des gilets jaunes par l’extrême-droite et l’extrême-gauche, l’élu plaide pour une restauration de la confiance. Le dialogue ne semble cependant pas aller de soi pour tous les élus. Sur Twitter, Bernard Carayon, maire LR de Lavaur (Tarn), a ainsi affiché sa solidarité avec les gilets jaunes et prévenu qu’il ne se rendrait pas à la réception organisée à l’Elysée en l’honneur des maires mercredi soir.

Sébastien Lecornu en opération déminage

Laurent Saint-Martin, député LREM de la 3ème circonscription du Val-de-Marne, voit dans les velléités de boycott de cet événement « une forme de récupération politicienne à des fins électorales ». « La réponse devra être trouvée ensemble, avec l’État, les collectivités locales et les élus », assure-t-il. Le propos se veut également rassurant de la part du ministre délégué aux Collectivités locales, Sébastien Lecornu. « Les maires vont vouloir venir, j’en suis persuadé, cette rencontre est dans l’intérêt de tout le monde », a-t-il déclaré,  interrogé en marge de sa rencontre avec des élus et parlementaires sur le stand du ministère de la Cohésion des territoires.

Au-delà de cette mobilisation citoyenne, Henri Tudela, maire NC de Santenay (Côte-d’Or) plaide pour que les citoyens réinvestissent le politique. « Il faut reconnaître qu’il y a une coupure de la part des élites, qui souffrent d’une méconnaissance du terrain. Mais il y a d’autres manières d’exprimer son mécontentement. On ne sait pas à quoi va mener ce mouvement. J’estime que les urnes restent le meilleur moyen de manifester ! »

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