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DOSSIER : Congrès des maires 2018 : un rendez-vous sous haute tension
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/592054/la-moitie-des-maires-veulent-raccrocher-leur-echarpe-en-2020/

ELUS LOCAUX
La moitié des maires veulent raccrocher leur écharpe en 2020
Jean-Baptiste Forray | A la une | France | Publié le 16/11/2018 | Mis à jour le 19/11/2018

Une enquête du CEVIPOF confirme la crise des vocations dans les communes. En bonne place sur le banc des accusés, lors d’un colloque, le 15 novembre 2018 au Sénat : les nouvelles grandes intercommunalités.

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Et si la vague de démissions de maires enregistrée ces derniers mois n’était qu’une mise en bouche ? Selon une enquête-fleuve du Centre d’étude de la vie politique française (CEVIPOF) menée avec le concours de l’Association des maires de France (AMF), c’est un mouvement d’une tout autre ampleur qui se prépare. 49 % des 4 657 maires interrogés veulent jeter l’éponge à l’occasion des municipales 2020. Une proportion supérieure de 4 points au taux enregistré (45 %) parmi les 17 500 élus locaux interrogés au début de cette année par la délégation aux collectivités du Sénat. Lors de la précédente édition du scrutin municipal, en 2014, 60 % des maires en place avaient été reconduits.

D’après le CEVIPOF, le pourcentage de premiers magistrats qui veulent raccrocher leur écharpe en 2020 atteint des sommets dans les petites communes (55 %) pour redescendre du côté des villes de plus de 30 000 habitants (8 %), chasse gardée des professionnels de la politique.

Les maires désireux de passer la main invoquent, en tout premier lieu, des raisons personnelles (71 %) et le sentiment du devoir (civique) accompli (53 %). Ils pointent, à un degré moindre, les exigences croissantes de leurs administrés (37 %). Des électeurs qui ont tendance à se comporter davantage en consommateurs qu’en citoyens, se plaignent régulièrement les élus locaux.

Haro sur la loi NOTRe

Les maires profitent aussi de cette enquête pour dire tout le mal que leur inspire la réforme territoriale. 75 % d’entre eux portent un jugement négatif sur la loi NOTRe de 2015. Dans la ligne de mire : les nouvelles grandes intercommunalités qui ont éloigné les communes des centres de décision. Au sein du bloc local, la relation est devenue asymétrique, jugent les maires.

Selon l’enquête du CEVIPOF, 80 % d’entre eux considèrent que l’intercommunalité a beaucoup d’influence sur leur commune, tandis qu’ils ne sont que 25 % à penser que leur commune exerce une influence sur l’intercommunalité…

Un dilemme qui a été au cœur d’un colloque, le 15 novembre au Sénat. Une rencontre autour du rapport du sénateur Mathieu Darnaud (LR) intitulé « Revitaliser l’échelon communal ». « On se retrouve avec des intercommunalités qui comptent presqu’autant d’élus que le Parlement belge, les problèmes linguistiques en moins », a, d’emblée ironisé le président de la Haute-Assemblée, Gérard Larcher (LR).

« La loi d’airain de l’oligarchie »

Un point de vue que partage Luc Rouban, cheville ouvrière de l’enquête du CEVIPOF. « Plus on a des grosses machines, plus la défiance est grande. C’est la loi d’airain de l’oligarchie », a lancé le politologue. Pour Vanik Berberian, leader de l’Association des maires ruraux de France, des dommages collatéraux ne vont pas tarder à se faire ressentir… « Il ne faudrait pas que le jour du congrès (NDLR : le 20 novembre prochain), les maires arrivent avec des gilets jaunes », a-t-il mis en garde.

La vice-présidente de l’AMF, Agnès Le Brun (LR), n’a pas non plus masqué son inquiétude : « Ce n’est plus un cri d’alarme. C’est beaucoup plus que ça. » Pour l’édile de Morlaix, il est temps de réhabiliter la figure du maire « qui n’est pas un chef de bureau, encore moins un coupeur de ruban, mais le garant de l’égalité républicaine ».

Pas si simple pour Luc Rouban dans une société divisée. Quand les classes aisées attendent de leur maire une compétence professionnelle, les catégories populaires privilégient la proximité.

Un hiatus sur lequel ne s’est pas appesanti la ministre de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault. L’ancienne sénatrice s’est plutôt attachée à relativiser le blues des maires. « La dernière fois, c’était 40 % », a-t-elle dit à propos du pourcentage de premiers magistrats qui envisageaient de raccrocher les gants à la veille des municipales de 2014.

Pour Jacqueline Gourault, la crise des vocations plonge ses racines dans la multiplication des réformes territoriales menées avant le sacre d’Emmanuel Macron. En aucun cas dans les coupes budgétaires opérées depuis. « Le CEVIPOF dit que ce n’est pas la faute du gouvernement », s’est réjouie Jacqueline Gourault, à la veille d’un congrès des maires.

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