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Médias

La fronde des maires fait les choux gras des médias

Publié le 15/11/2018 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

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Fotolia
Le dénigrement des collectivités n'est plus de saison. La jacquerie des maires contre le pouvoir central a contribué à renverser la vapeur auprès des grands journaux, stations de radio et chaînes d'information. Pour preuve, l'écho réservé à l'appel de Marseille, le 26 septembre lancé par les très médiatiques présidents de l'Association des maires de France, de l'Assemblée des départements de France et de Régions de France.

Cet article fait partie du dossier

Les maires sous le feu des médias

Les dépenses somptuaires de petits-fours, les ronds-points inutiles, les hôtels de région pharaoniques. C’était le marronnier du « Point » ou de « Capital » sur M6.

Mais, effet de la baisse du train de vie des collectivités ou pas, les médias nationaux mettent plutôt sous l’éteignoir ces coups de griffe. La bête noire des cadres territoriaux, la directrice de l’Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), Agnès Verdier-Molinié, possède bien toujours son rond de serviette dans les chaînes infos. « La vision macro, strictement économique », que déplore le président de l’association des maires ruraux de l’Essonne Yvan Lubraneski, a toujours droit de cité. Mais quelque chose a changé.

Dans le tourment des attentats de masse de 2015 et 2016, le maire, soutier de la République, a retrouvé une part de son lustre. Si cette figure n’échappe pas totalement au grand désenchantement démocratique, elle apparaît comme un point d’ancrage.

Jamais les médias n’ont autant parlé des premiers magistrats de communes, et en des termes aussi positifs, se félicite-t-on à l’Association des maires de France. L’empathie, y fait-on remarquer, est particulièrement de mise depuis « l’été meurtrier » 2017. Une période marquée par des coupes dans les emplois aidés, des coups de canif dans le financement du logement social ainsi que la réduction de dotations allouées aux territoires ruraux.

En temps réel

Depuis, la fronde des maires occupe le devant de la scène. Ce n’est bien sûr pas là le premier mouvement d’humeur des élus municipaux. Les coups de sang contre les oukases des bureaux parisiens et la perte d’autonomie Fiscale rythment toute l’histoire centenaire de l’Association des maires de France. Mais, l’AMF se veut aujourd’hui à la pointe des réseaux sociaux. Plus question d’attendre le relevé de décision du bureau de l’association pour réagir.

Face à la campagne virale du hashtag #balancetonmaire contre les hausses de taxe d’habitation, l’AMF concocte une communication en temps réel. « Le gouvernement et le parti majoritaire portent une responsabilité majeure dans le dérapage insupportable observé ces dernières heures ». Le propos est volontairement tranchant, mais il provoque un record de « like » sur le fil Twitter et la page Facebook de l’association.

L’Association des maires de France peut aussi compter sur la force de frappe médiatique de son président, François Baroin (LR). L’ancien titulaire du portefeuille de Bercy a, dans une autre vie, fait ses classes au service politique d’Europe 1. Parrainé à l’origine par l’inoxydable Jean-Pierre Elkabbach, il bénéficie d’un accès aux matinales de radio, télés et aux quotidiens nationaux dont ne disposaient pas ses prédécesseurs.

Buzz dans la cité phocéenne

Dans une moindre mesure qu’à l’AMF, l’écho médiatique a aussi pris de l’ampleur à l’Assemblée des départements de France et à Régions de France. Deux associations également présidées par deux anciens ministres communicants, présents depuis longtemps dans la vie politique nationale : Dominique Bussereau et Hervé Morin.

Résultat, l’appel de Marseille contre « l’ultra-centralisation », lancé par le trio formé de François Baroin, Dominique Bussereau et Hervé Morin, avec le concours appuyé du président du Sénat, Gérard Larcher, a fait la une.

Il s’est prolongé par un entretien-fleuve des trois présidents d’associations d’élus dans « Le Parisien » du 18 octobre. Pour l’occasion, les trois élus ont pu dérouler leurs problématiques propres. Mais, ailleurs, il a été assez peu question des mécanismes de remplacement de la taxe d’habitation après 2020, du financement des allocations individuelles de solidarité ou de la fermeture de centres d’apprentissage.

Opération déminage

Les éclairages ont tourné autour du choc des mondes entre Emmanuel Macron et les grands chefs d’exécutif local désignés avant son sacre. Au moment où le Président a lancé son opération « réconciliation » et porté, le 16 octobre, son grand ministère des territoires sur les fonts baptismaux, les analyses électorales ont primé. Il a été beaucoup dit – y compris ici d’ailleurs – qu’Emmanuel Macron se devait de déminer le terrain à l’approche du scrutin européen. Une question de survie politique.

Autant d’explications qui, pour le politiste David Guéranger, cachent l’essentiel : « Les enjeux financiers et fiscaux, l’évolution des budgets locaux, la gestion des déficits publics, par exemple, sont autrement plus importants. Mais ils sont aussi plus difficiles à analyser. »

La nouvelle vague des maires de village

Yvan Lubraneski, maire des Molières (2 000 hab., Essonne)

Auteur-compositeur-interprète et patron d’une boîte de com’, Yvan Lubraneski (divers gauche) ne correspond guère au prototype de l’élu de village. Mais, aussi à l’aise derrière un micro que devant une caméra, le président de l’association des maires ruraux de l’Essonne joue les doublures de son patron national, Vanik Berberian. Du matin pour le midi, le Francilien ne refuse jamais une invitation. Chez Bourdin ou à Europe 1, il défend le refus des maires ruraux de transmettre les résultats des élections européennes aux préfets. A sa manière : calme et posée. « Face au déficit d’écoute des pouvoirs publics », il ne veut surtout pas « tomber dans l’image d’Epinal ». Le créneau de cet ancien chargé de mission socialiste au conseil régional d’Ile-de-France ? « La commune de demain. » Première municipalité à contractualiser avec une entreprise de covoiturage, sa localité des Molières va bientôt proclamer sa « constitution municipale ». Voilà qui pourrait encore attirer quelques projecteurs.

 

L’édile de banlieue qui ne lâche rien

Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes (10 400 hab., Yvelines)

En prime time, face au Premier ministre, lors de « L’Emission politique » du 27 septembre sur France 2, l’élue (divers droite) de Chanteloup-les-Vignes porte la voix des maires de banlieue. « Epuisée » et « perdue », elle dénonce le « mépris absolu » d’Emmanuel Macron. Et de pointer les coupes dans les emplois aidés. L’un des pics d’une longue mobilisation médiatique. Démission coup-de-poing du maire de Sevran, Stéphane Gatignon, et fronde contre la mise au rancart du rapport « Borloo » : après chacun de ces épisodes clés du printemps, les maires de banlieue ont « saturé les antennes et les écrans », selon le mot de Catherine Arenou (Divers droite). Ils ont, d’une seule voix, distillé leurs éléments de langage puisés au cœur de leur appel de Grigny. Cette démarche, collective et pluraliste, Catherine Arenou y tient comme à la prunelle de ses yeux. Et pas question de réduire les tourments des banlieues à des problèmes de sécurité : « Je ne commente pas la violence d’une rixe entre deux gamins. »

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