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CORONAVIRUS
Le rapport Guedj pose les jalons de l’après-crise
Nathalie Levray | A la Une santé social | Dossier Santé Social | Publié le 10/04/2020

Alors qu’à la mi-mars Jérôme Guedj alertait sur le risque pour les personnes âgées de "mourir d'ennui et de solitude", l’ancien député socialiste, missionné par le ministre de la Santé, lui a remis, le 6 avril, un plan de mobilisation nationale d’urgence autour de dix orientations et 42 mesures. Alors que le décompte du 8 avril fait état de 3 237 décès de personnes vivant en Ehpad, soit quasiment un tiers des décès enregistrés, Olivier Véran a validé cinq propositions. Jérôme Guedj, qui insiste depuis des années sur les enjeux cruciaux du vieillissement et de la dépendance négligés par les politiques, veut croire que ses recommandations sont des jalons pour l’après-crise. Son rapport souligne l’urgente nécessité du plan Grand âge et autonomie.

Ça n’aura pas traîné ! Chargé le 24 mars « d’identifier les leviers » pour combattre l’isolement des personnes fragiles pendant le confinement mais aussi pour les jours d’après, et de « proposer et de coordonner un dispositif opérationnel de mobilisation », Jérôme Guedj, ex-député socialiste, conseiller départemental de l’Essonne et porte-voix des personnes âgées, a remis sa copie au ministre de la Santé le 6 avril. Son rapport « Lutter contre l’isolement des personnes âgées et fragiles isolées en période de confinement » intéresse aussi Sophie Cluzel, secrétaire d’État aux personnes handicapées, précise le communiqué de presse.

Un tiers des décès en Ehpad

Le tribut payé au Covid-19 par les personnes âgées est lourd : le décompte du 8 avril fait état de 3 237 décès de personnes vivant en Ehpad, soit quasiment un tiers des décès enregistrés, un chiffre qui porte « un coup de projecteur tristement inédit sur une douloureuse réalité », constate le rapport, « celle de l’isolement », qu’il qualifie de « parent pauvre des politiques sociales ».

Déclenché le 6 mars, le plan bleu organise les Ehpad et les établissements pour personnes handicapées autour de gestes barrières, distanciation sociale, confinement et – en principe – personnel protégé. Depuis le 28 mars, c’est un isolement individuel des résidents qui est préconisé. En raison de leurs conséquences néfastes pour les personnes isolées, ces mesures de confinement, à domicile comme en établissement, exacerbe l’urgence et l’ampleur des réponses à leur apporter.

Le rapport évoque la « perte de la mobilité », « l’impact psychologique », les risques de « dépression et de dénutrition » et « des risques pathologiques accrus (troubles posturaux, chutes, escarres, etc.) ».

Penser avec un œil de vieux

Face à ces noirs constats, le rapport suggère que le pays « pense son action avec un œil de vieux, avec un œil de fragile », notant, au passage et avec un certain optimisme, l’attention renforcée aux vieux et aux fragiles en cette période de crise.

Élaborées sur la base de « plus de 90 entretiens et contributions » et avec l’aide d’une « équipe opérationnelle de 30 acteurs de terrain et d’experts », 42 mesures sont retenues, organisées en dix orientations qui relèvent largement du bon sens.

Les quatre premières sont méthodologiques : partir des besoins des personnes, poursuivre l’activité des professionnels à domicile et en établissement, construire une mobilisation sociale de proximité, soutenir les aidants. Les suivantes procèdent davantage de l’outillage : un numéro vert national, des solutions pour rompre l’isolement telles que le déploiement de tablettes, des animations dans les couloirs ou la venue en extérieur de coach sportif, le jumelage des Ehpad avec des écoles, la création et le fonctionnement d’une cellule locale dédiée de coopération, un plan d’action territorial reposant sur les dix besoins essentiels des aînés sous l’égide des départements et un site internet national « ressources et partage ».

Préparer l’après-crise

Le rapport ambitionne d’embarquer dans la mobilisation immédiate l’ensemble de la population, depuis les personnes âgées et fragiles elles-mêmes jusqu’aux acteurs économiques en passant par les professionnels du soin et de l’accompagnement, les aidants, les citoyens, les acteurs associatifs et sociaux, les pouvoirs publics nationaux et les collectivités locales.

Il projette aussi ses propositions, « jalons d’une mobilisation pérenne et d’une prise en considération durable des enjeux de l’isolement », dans une perspective de jour d’après alors que 900 000 personnes âgées sont en situation d’isolement et 300 000 confrontées à ce que les Petits Frères des Pauvres appellent la « mort sociale ».

Égrenant les rapports produits sur cette question depuis la Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés (Monalisa) de 2014 jusqu’au plus récent « Réussir la transition démographique et lutter contre l’âgisme [1] » d’Audrey Dufeu-Schubert de décembre 2019, Jérôme Guedj lance un appel à « continuer nos efforts afin d’adapter la société au vieillissement », en mobilisant « dans les prochaines années l’ensemble des forces vives, et ce de manière transversale ».

La révolution de la longévité est engagée

Entre les lignes, et évoquant les 15 000 morts de la canicule – principalement des personnes âgées – le rapport d’étape n° 1 – il y en aura donc d’autres – met en garde contre l’inaction, soulignant l’absence « de bouleversement systémique dans les modalités d’accompagnement des plus fragiles » dans l’après-2003.

S’il veut croire à une « prise de conscience collective », Jérôme Guedj revendique un plan Grand âge et autonomie, « en gestation depuis deux ans et dont la nécessité, déjà évidente avant cette crise, est évidemment décuplée avec elle ». Le rapport réclame ainsi la pérennité des initiatives et de l’attention portée à l’autre, pour « appréhender sereinement la révolution de la longévité ».

Cinq mesures immédiates

Alors que les douze premières mesures du rapport contre l’isolement en temps de confinement forment le plan de mobilisation nationale immédiate proposé par Jérôme Guedj, Olivier Véran en a immédiatement validé cinq :