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[INTERVIEW] Démocratie locale

« Le prix d’une voix à une élection est de 32 euros » – Julia Cagé

Publié le 06/11/2018 • Par Gabriel Zignani • dans : France

julia cagŽé
Patricia Marais/La Gazette
Julia Cagé est professeure d’économie à Sciences-po Paris. Elle est également codirectrice de l’axe « évaluation de la démocratie » du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques et membre de l’Observatoire de l’éthique publique. Elle vient de publier chez Fayard « Le Prix de la démocratie ».

Julia Cagé, professeure d’économie à Sciences-po Paris, vient de publier « Le Prix de la démocratie » chez Fayard, ouvrage dans lequel elle démontre que, en moyenne, plus un candidat dépense par rapport à ses concurrents dans une circonscription électorale, plus il a de chance de l’emporter. Pour en arriver là, Julia Cagé et Yasmine Bekkouche, chercheuse à l’Ecole d’économie de Paris, ont construit une base de données comprenant l’ensemble des dépenses et les résultats obtenus par tous les candidats aux élections législatives et municipales en France depuis 1993.

Pour estimer l’effet causal des dépenses de campagne sur les résultats obtenus par les différents candidats, elles ont commencé par isoler l’effet d’une variation de la dépense d’un candidat sur le nombre de voix qu’il obtient en raisonnant selon le principe « toutes choses égales par ailleurs ». Elles se sont ensuite concentrées sur l’impact de variations « exogènes » dans les recettes des candidats (c’est-à-dire déterminées par des facteurs extérieurs à la circonscription ou au candidat considéré).

Une analyse qui leur a permis de déterminer le prix d’une voix à une élection. Et il est relativement faible : 32 euros. Afin de limiter les inégalités, Julia Cagé propose de refondre le système de financement des élections et des partis politiques, qu’il soit public ou privé.

Selon vous, le prix d’une voix est de 32 euros. Comment l’expliquez-vous ?

En moyenne, statistiquement parlant, plus un candidat dépense par rapport à ses concurrents dans une circonscription électorale, plus il a de chance de l’emporter. Ce qui est frappant, c’est que le prix d’une voix est relativement faible : 32 euros.

Et si l’on prend en considération les dépenses des candidats aux élections, qui plus est aux élections municipales, ce qui explique la plus grande partie des variations des dépenses entre les candidats, c’est leur capacité à lever des dons privés. Or les candidats des différents partis sont très inégaux face aux dons : en moyenne, aux élections municipales, ceux de droite reçoivent 3 400 euros de plus en dons privés que ceux de gauche, alors que les candidats de l’extrême droite et de l’extrême gauche ne se voient attribuer, eux, quasiment aucun don. Certains obtiennent carrément plus d’argent privé qu’ils ne sont autorisés à dépenser… Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’un citoyen qui fait un don de 4 600 euros à une campagne électorale peut faire basculer 144 voix ; si l’on ajoute à cela un don de 7 500 euros au parti du candidat qui contribuera également à la campagne, il devient évident que l’argent privé peut avoir un rôle capital dans le jeu démocratique.

De plus, il est important de souligner que le système français actuel souffre d’une autre faiblesse majeure : certes, les candidats peuvent se voir rembourser leur apport personnel à la campagne à hauteur de 47,5 % s’ils obtiennent plus de 5 % des suffrages exprimés au premier tour, mais cela suppose qu’ils aient pu emprunter ces sommes – ou qu’ils en disposaient – avant le début de la campagne. Cela conduit malheureusement souvent à tenir un certain nombre de citoyens loin du jeu électoral.

Il faudrait donc réformer le financement privé des partis. Par quel système pourrait-il être remplacé ?

Il faudrait limiter beaucoup plus drastiquement le financement privé des partis. Aujourd’hui, le plafond de dons qu’un individu peut faire chaque année à l’ensemble des partis est de 7 500 euros. Certains disent que cela garantit une certaine égalité politique, mais la plupart des citoyens n’ont pas les moyens de faire don d’une telle somme à un parti politique. Ce montant représente la moitié des revenus annuels d’un citoyen payé au salaire minimum !

La seule manière de mettre fin à cette inégalité politique, c’est d’introduire un plafond de dons qui corresponde de manière réaliste à une somme que chaque citoyen puisse consacrer à un parti. Je propose donc de limiter la possibilité de faire des dons privés à 200 euros. Cela permettra aux militants de continuer à contribuer au financement de leurs partis. Mais plus personne ne sera autorisé à contribuer plus que l’ensemble des citoyens. Par quel système remplacer les financés privés qui seront limités par ce mécanisme ? Par un financement public égalitaire !

Comment ce financement public serait-il organisé ?

Je propose de remplacer le financement public actuel par des « bons pour l’égalité démocratique », un système qui a deux avantages majeurs : égaliser le financement public avec un même montant pour chaque citoyen, quels que soient ses revenus, et le dynamiser. De quoi s’agit-il ? Chaque citoyen pourra, chaque année, allouer 7 euros d’argent public au mouvement politique de son choix par le biais de sa feuille d’impôt. Et s’il décide de ne pas choisir de mouvement politique, ses 7 euros d’argent public seront répartis entre les différents mouvements politiques selon les règles actuelles (c’est-à-dire en fonction des résultats obtenus aux dernières législatives).

Ce système viendra remplacer à la fois le système actuel de déductions fiscales qui est profondément inégalitaire et celui de financement public direct qui souffre aujourd’hui du fait d’être figé par intervalles de cinq ans. Au contraire, avec les « bons pour l’égalité démocratique », on a un système dynamique, qui permet chaque année l’émergence de nouveaux mouvements, même entre deux élections !

Quelle est l’importance de l’argent sur le résultat des élections ? Et sur la manière dont sont menées les politiques publiques ?

L’argent compte. Et il compte énormément. Mener une campagne électorale coûte cher, qu’il s’agisse des dépenses de meeting, d’impression de tracts, de communication, etc. Dans les faits, avant les élections, de très nombreux électeurs sont indéterminés. Et c’est le plus souvent sur eux que les campagnes électorales concentrent leurs efforts, afin de faire basculer un certain nombre de ces voix. Mais cela a un prix.

Par ailleurs, le déficit de financement public égalitaire et le rôle croissant joué par l’argent et les intérêts privés affectent la manière dont les femmes et les hommes politiques, tant au niveau national que local, mènent leurs politiques publiques. Pourquoi ? Parce que l’on voit à tous les niveaux des femmes et des hommes politiques qui sont partis à la course aux dons privés plutôt qu’à celle aux voix, et qui ne s’adressent donc plus qu’à une infime minorité des citoyens dans leurs circonscriptions. Cela aboutit notamment à une « droitisation » des politiques économiques. Cela a été extrêmement bien documenté aux Etats-Unis par Martin Gilens qui a montré qu’aujourd’hui les femmes et hommes politiques ne répondaient plus qu’aux préférences des plus favorisés. Ce qui ne veut pas dire que les préférences des plus pauvres ne sont jamais prises en compte… mais uniquement lorsqu’elles coïncident avec celles des plus favorisés. Le problème de cette « démocratie par coïncidence », c’est que des coïncidences heureuses peuvent très rapidement se transformer en une véritable ploutocratie malheureuse.

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