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Coronavirus

Le suivi téléphonique, un pis-aller en attendant la reprise

Publié le 02/04/2020 • Par Auteur Associé • dans : A la Une santé social, Dossier Santé Social

éducateur psychomotricien téléphone ordinateur
©fizkes - stock.adobe.com
Une grande partie des ESMS a fermé ses portes la semaine du 16 mars, réduisant le travail social et médico-social à des suivis téléphoniques. Cette méthode de travail crée de nouveaux rapports entre les travailleurs sociaux et les familles, mais reste pour beaucoup un pis-aller. Et tous redoutent la réouverture des portes à l’issue du confinement.

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Par Elsa Sabado

« Le canevas à distance, merci les gars ! », rit encore Pauline, psychomotricienne dans un service d’éducation spéciale et de soins à domicile du Val-de-Marne. Confinée, elle a essayé malgré tout de poursuivre son activité couture en « visio » avec une jeune ayant du mal à se repérer dans l’espace. Depuis le 17 mars, elle « télétravaille », comme nombre de travailleurs sociaux et médico-sociaux dont les portes des institutions se sont fermées au public avec le confinement.

Quelque chose de fort

Mails, coups de fil, visiophonie… Pour toutes les professions dont la relation constitue la matière première, cette absence totale de contact physique induit une réinvention des pratiques. « On doit prendre le travail sous un autre angle, mais il est en train de sortir quelque chose de fort de cette crise », estime Thomas, éducateur de la protection de l’enfance dans le département du Nord. « J’ai donné mon numéro « perso » aux assistantes familiales et aux ados dont je suis le référent. Nos appels donnent lieu à un autre type de relation. Cela leur donne le sentiment qu’on est nous aussi en situation de crise, et nous rapproche », juge l’éducateur.

Une soupape pour les parents

Ces coups de téléphones aux familles rompent l’isolement des enfants handicapés : « Les jeunes dont je m’occupe n’ont pas de copains. Les séances de sport en visio les sortent du huis-clos familial », relate Pauline.

Clémentine, psychomotricienne dans un centre médico-psychologique de Seine-Saint-Denis, considère ce lien téléphonique comme une soupape pour les parents. « Le confinement peut jeter une lumière crue sur les difficultés de leurs enfants. On est là pour leur faire faire un pas de côté, et les assurer qu’on ne leur demande pas de remplacer le professeur, le thérapeute, le rééducateur », explique-t-elle.

L’indispensable relation duelle

Si les « visio » de Pauline avec ses adolescents lui ont permis de repérer des problématiques familiales à travailler post-confinement, l’équipe de Clémentine, qui s’occupe d’enfants aux handicaps moins lourds, s’est refusée à cette médiation, car « trop intrusive dans l’intimité des familles ».

Tous reconnaissent que ce suivi téléphonique est préférable à la rupture totale du contact, mais « rien ne remplace la relation, l’observation duelle », estime Delphine, assistante sociale dans une unité territoriale de prévention et d’action sociale du Nord. « Les personnes que je suis par téléphone ont tendance à considérer leurs problèmes comme secondaires par rapport au Covid », explique la travailleuse sociale. Pour un adolescent placé, une personne âgée vulnérable ou une femme victime de violences, une discussion in situ est nécessaire à l’expression des angoisses et à la prévention des crises.

Le retour à la normale sera long

Thomas raconte l’histoire de cette jeune femme hébergée dans un centre mère-enfant, qui a accouché quelques jours après le début du confinement. « Le jeune papa ne va pas pouvoir voir son enfant jusqu’à la fin du confinement. Il faut l’aider à prendre sa place de père différemment… Notre job, c’est de transformer cette passe négative en quelque chose de positif, mais ce n’est pas facile. », souffle-t-il. Cet accompagnement ne se suffit pas non plus à lui-même pour les psychomotriciennes.

« La majorité des jeunes dont je m’occupe ne peuvent pas faire même une recette tout seuls. Ceux qui ont besoin de ritualiser le quotidien vont voir leur état se dégrader. Le retour au niveau pré-confinement sera long et difficile ». Tous redoutent la « réouverture des portes » des domiciles à l’issue de la période du confinement, les problèmes créés par le huis-clos, que la crise sociale à venir ne manquera pas d’accentuer. Malgré le téléphone.

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