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[ENTRETIEN] FINANCES
« La gestion du patrimoine doit être repensée » – Yoann Queyroi
Gaëlle Ginibrière | A la Une finances | Actu experts finances | France | Publié le 23/10/2018 | Mis à jour le 26/10/2018

Yoann Queyroi est assistant «enseignement-recherche» à la chaire Optima de l'école universitaire de management de Pau-Bayonne. Il a soutenu une thèse sur la caractérisation du pilotage patrimonial public local en juin 2017, après avoir mené une recherche-intervention de trois ans dans la commune de Pau et ses services mutualisés avec la communauté d'agglomération. Il propose des pistes d'optimisation de la gestion patrimoniale dans les collectivités.

YOAN QUEROY

Importante source de frais (souvent le deuxième poste dans les dépenses de fonctionnement derrière les ressources humaines, et premier sur le plan de l’investissement local), le patrimoine est une variable clé dans la maîtrise des dépenses publiques locales. Dans un contexte financier contraint, il devient donc un générateur de marges de manœuvre financières auquel s’intéressent de plus en plus les collectivités. La valorisation du patrimoine – que ce soit par le biais de cessions de foncier bâti ou non bâti, de revenus tirés des biens ou des produits du domaine – constitue un autre enjeu de taille. C’est pourquoi les collectivités cherchent à en avoir une connaissance de plus en plus fine.

Enfin, le patrimoine représente un levier essentiel de l’adaptation du service public (en termes de normes, d’enjeux environnementaux, de flux de population…), puisqu’il est le support essentiel de l’offre de service public. C’est donc un élément structurant des politiques publiques locales. Yoann Queyroi a soutenu une thèse portant sur la caractérisation du pilotage patrimonial public local, en juin 2017, à l’institut d’administration des entreprises de Pau-Bayonne. Au cours de ce travail, il a mené une recherche-intervention de trois ans dans la commune de Pau et ses services mutualisés avec la communauté d’agglomération, afin de proposer des pistes d’optimisation de la gestion patrimoniale. Il estime que si les collectivités ont amélioré leur prise en charge de ce sujet, de nombreux efforts restent à faire.

N’est-il pas contradictoire que le patrimoine soit à la fois un élément structurant des politiques locales et une source de marges de manœuvre ?

Ces deux enjeux sont plutôt complémentaires. Aujourd’hui, de très nombreuses collectivités ont modifié leurs pratiques de gestion patrimoniale essentiellement en vue de dégager des marges de manœuvre financières. J’ai appréhendé, dans mes recherches, cette question des économies engendrées par l’optimisation de la gestion patrimoniale, mais sans dégager de chiffres précis. Ces économies sont en effet inchiffrables, sauf à se baser sur un seul aspect comme la consommation énergétique, qui reste restreint. Néanmoins, si cette vision assez conjoncturelle paraît vite limitée, elle présente un bon point de départ pour développer une nouvelle culture en interne et une vision différente des ressources patrimoniales d’une organisation.

Il est en effet indispensable d’aborder la gestion patrimoniale en interrogeant le rapport entre cette ressource et les besoins des services et des politiques publiques. Cela soulève plusieurs questions, notamment sur les processus, la relation entre les services métier et les services support, la gestion budgétaire ou la prise de décision. Au même titre que les ressources humaines ou financières, la gestion patrimoniale doit être repensée afin de mettre au service de la collectivité des moyens mieux adaptés en quantité et en qualité aux nouveaux défis des politiques publiques locales. D’ailleurs, certaines collectivités commencent à atteindre le plafond de ce qu’elles peuvent gagner financièrement, car elles ont vendu ou démoli tout ce qui pouvait l’être. Il reste les autres enjeux liés à la façon dont le patrimoine peut répondre aux besoins des usagers et participer aux relations avec ces usagers, qui y sont d’ailleurs de plus en plus associés.

Comment définiriez-vous les outils de gestion du patrimoine en place ?

En vingt ans, les procédés ont extrêmement évolué. De simples inventaires sous Excel avec des bribes de données éparpillées, les collectivités sont passées à

CHIFFRES CLES

  • 1 300 Md€ : C’est la valeur du patrimoine non financier des collectivités. Un montant multiplié par 3,4 en un peu moins de quarante ans.


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