Risques naturels

Inondation dans l’Aude : « Les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux »

| Mis à jour le 18/10/2018
Par • Club : Club Techni.Cités, Club Prévention-Sécurité

Alors que le département de l’Aude est lourdement frappé par les inondations, des voix discordantes se font entendre pour tenter d’expliquer ce phénomène et de dégager des responsabilités. Du changement climatique à l’aménagement du territoire, du manque d’anticipation des autorités au déni du risque par les populations, quelle est la part de vérité ? Eléments de réponse avec Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention du risque inondation (CEPRI).

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Inondations : apprendre à prévenir et à gérer le risque

Ce type de phénomène d’inondation peut-il être attribué au changement climatique ?

Il est très difficile de répondre à cette question avec certitude. Certes, ces événements de pluies cévenoles sont connus depuis longtemps et ne sont pas nouveaux. En revanche, son intensité est rare, avec l’équivalent de 4 mois de pluie en une journée. En outre, la catastrophe résulte d’une conjonction d’événements naturels : saturation du sol en eau, vent, surcote marine, etc. Or, les experts du GIEC alertent depuis de nombreuses années exactement sur ce type de scénarios : des événements de plus en plus extrêmes et de plus en plus fréquents. Force est de constater la répétition de ce type d’événements, chaque année, sur notre territoire. Et il est certain que nous allons en connaître d’autres.

L’Aude a déjà connu des inondations en 1999, avec un bilan de 26 morts. Ce territoire semblait avoir tiré les leçons et était même en pointe avec la création d’un SMMAR, qui a devancé l’appel en prenant la compétence Gemapi avant l’heure et en mettant en place un SOCLE. Ce territoire était-il suffisamment préparé ?

Bassin écrêteur de crue construit en 2015 à Fabrezan (sinistré aujourd’hui), par le SMMAR.

Bassin écrêteur de crue construit en 2015 à Fabrezan (sinistré aujourd’hui), par le SMMAR.

Certes, ce territoire à risque d’inondation a adopté deux programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI) et a mené de nombreuses actions : ouvrages de protection, sensibilisation de la population, etc. Mais ce n’est pas suffisant. Ces phénomènes naturels appellent aujourd’hui des réponses nationales. Les acteurs locaux ne peuvent pas les apporter tout seuls. La Gemapi se focalise sur les ouvrages de protection et pas du tout sur l’aménagement et l’urbanisme. Or, il faut comprendre que les ouvrages hydrauliques seuls ne suffiront pas à protéger la population. Leur effet peut  même être pernicieux, car ils effacent les plus petites crues et font oublier le vrai risque.

Quelles évolutions des politiques publiques en matière de risque inondation seraient nécessaires aujourd’hui ?

J’étais choquée d’entendre les pouvoirs publics en visite sur le terrain annoncer : « On n’a jamais vu ça ! ». Ce discours n’incite pas à l’action, mais appelle à l’indemnisation. Or, on ne peut pas se reposer uniquement sur le budget catastrophe naturel. Combien de catastrophes faudra-t-il encore pour que l’on prenne conscience que notre territoire est extrêmement vulnérable face à ces événements ? En particulier dans le Sud où ils sont extrêmement soudains. Ces événements demandent, à moyen et à long terme, une adaptation des territoires. Dans l’Aude, un village ancien est coupé en deux, ce ne sont pas des constructions nouvelles qui ont été inondées. Aujourd’hui, la réponse n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Un investissement politique national est nécessaire sur ces questions.

Quelles sont, selon vous, les adaptations indispensables ?

Nous souhaitons plus d’investissements sur la transformation des territoires. Il faut aider les collectivités locales à changer de braquet sur l’aménagement du territoire. Il faut avoir le courage de dire que les ouvrages de protection ne vont pas protéger de tout. Il est indispensable de mener une politique d’adaptation, par exemple en profitant des opérations de renouvellement urbain, en développant l’utilisation de matériaux plus résilients, en donnant des recommandations précises (zone refuge, batardeaux, etc.) aux aménageurs qui reconstruisent sur les territoires sinistrés suite aux inondations, etc. Pour l’instant, rien n’existe de ce côté. Pourtant, les trois quarts du territoire sont concernés.

L’investissement financier est-il à la hauteur des enjeux ?

Non, l’investissement financier s’élève à environ 300 millions d’euros, soit 0,01 % du PIB français, quand l’effort par exemple des Pays-Bas est 40 fois plus important (1 à 1,5 milliard d’euros par an) Or, le coût potentiel d’une inondation du type de la crue de la Seine de 1910 pourrait atteindre 30 milliards d’euros, pour la seule région d’Ile-de-France, selon l’OCDE. Hors catastrophe, cette politique de prévention n’est pas du tout prioritaire et le risque inondation n’est pas suffisamment intégré dans l’ensemble des politiques publiques, en particulier dans l’aménagement et l’urbanisme.

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Commentaires

2  |  réagir

23/10/2018 12h34 - TA conseils

Les PPR limitent les constructions nouvelles en zone inondable, commune par commune depuis 1995. Depuis peu on assiste au retour en force des mesures obligatoires sur le bâti existant : étage refuge, batardeaux etc. reviennent dans les règlements des PPR. Notamment dans les Pyrénées.

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18/10/2018 02h36 - boya boya

bonjour,
il serait intéressant de faire des dérivations, canaux, tunnels qui vont automatiquement verser sur les autres bassins versants le « trop plein ». il y a régulièrement des inondations, de ruissellements : il serait bien de ralentir les cours d’eau en amont (champs inondés,lacets …) d’absorber dans le sol (puits perdus à réaliser chez tous les propriétaires) au lieu d’entretenir des canaux bétonnés

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