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Coronavirus

Les travailleurs sociaux face à la peur de la contamination

Publié le 20/03/2020 • Par Rouja Lazarova • dans : A la Une santé social, Dossier Santé Social

Personne âgé en confinement
Mallika - stock.adobe.com
En manque cruel de matériel de protection, les travailleurs sociaux poursuivent leurs missions – venir en aide aux personnes vulnérables et démunies. Surexposés à l’épidémie, ils expriment une angoisse grandissante. A cela s’ajoute le manque d’information, une désorganisation ses services qui renforcent le stress. Face à la peur, la meilleure solution est d’échanger entre collègues sur les difficultés rencontrées. Une information sûre et claire permet aux équipes de faire face à l’anxiété.

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« Des collègues qui vont au travail la peur au ventre, il y en a. Il ne faut pas nier les inquiétudes, mais il faut rester prudent et revenir sur la question dans quelques semaines. Nous sommes encore en état de sidération », témoigne Françoise Rouast, vice-présidente de l’Association nationale des assistants de service social (ANAS). Elle précise que la situation est différente selon les employeurs.

Peur de la contamination

Le manque de masques pour les travailleurs sociaux, pourtant en contact des personnes accompagnées, est décrié par l’ensemble du secteur. Cette absence de protection entraîne des peurs face au risque de contamination. « On accueille des enfants alors qu’on a nos maris et nos enfants à la maison, qui risquent d’être contaminés », s’inquiète Claudine Callewaert, assistante maternelle dans le département du Nord, pour qui la priorité – en dehors du respect strict de l’hygiène – est de ne pas communiquer le stress aux enfants. « Je reçois des gens en face à face sans aucune protection. Nos bureaux ne sont pas désinfectés. L’angoisse croit au sein des équipes », relate Caroline*, assistante de service social en polyvalence dans la région parisienne. « On a peur d’attraper le virus, mais surtout de le transmettre aux personnes qu’on visite », confie Sylvie Dufresne, auxiliaire de vie sociale à l’ADMR, réseau associatif d’aide à la personne. Elle a pourtant été dotée de masques mais en nombre insuffisant au regard du nombre des visites. « Si je me sens en insécurité, je n’exercerais pas », affirme-t-elle.

Arrêt de travail

Dans certains endroits où les mesures barrière ne sont absolument pas appliquées, et où le risque de contamination est grave, les professionnels finissent par se retirer. Tel est le cas de ceux qui exercent au sein d’un Institut médico-éducatif (IME) en Charente-Maritime. « Je travaille dans l’externat. Nous accueillons tous les jours des jeunes enfants atteints d’une déficience mentale moyenne à sévère. On les mouche, on change des couches, tout cela sans gants, sans masques, sans gel hydroalcoolique », confie Virginie, aide médico-psychologique. Les demandes pressantes du personnel auprès de la direction sont restées sans réponse. « J’ai peur d’attraper le virus mais surtout de contaminer ma famille », poursuit-elle. Face à l’irresponsabilité de la direction, elle est allée voir son médecin traitant qui a évoqué un « suicide collectif ». A l’instar de 5 de ses collègues (sur un total de 14), elle est en arrêt de travail depuis hier. Mais il lui faut faire désormais avec les remords : « Je ne me sens pas super bien d’avoir quitté le navire. Je m’accuse d’être lâche, trop fragile. »

Gérer la peur

« On a eu une avalanche d’informations, pas toujours claires, ce qui augmente l’angoisse », estime Claudine Callewaert. « On est mis à mal à plusieurs niveau. L’absence d’information voire la désinformation de la part de notre hiérarchie nous plonge dans la détresse. Ce qui est difficile aussi, c’est de gérer la peur des collègues », poursuit Caroline. Dans un hôpital psychiatrique en Nouvelle-Aquitaine, le chaos a été grand ces derniers jours. A la veille de l’annonce du confinement, beaucoup de patients en hospitalisation libre ont quitté le service. Après deux jours de confinement à domicile, ils ont commencé à revenir en masse. « Les directives changent toutes les heures. J’ai un sentiment d’angoisse. Le soir, je suis épuisée dans la tête. On est sensé rassurer les patients, leur donner un cadre, une stabilité. Mais lorsqu’on ne parvient pas à trouver cette stabilité en nous, comment fait-on ? Ce qui me tourmente le plus, c’est la question – est-ce que je suis encore utile ? Est-ce que je sers à quelque chose ? », confie Monique (1), assistante sociale, et fond en pleurs. « J’ai déjà un parent qui a repris son enfant car il est confiné à domicile. Il y a des parents qui veulent licencier par peur. C’est le virus de la peur », affirme Claudine Callewaert. « On voit l’inquiétude économique monter dans notre secteur », concède Marie-Ange Marchand, assistante maternelle dans une Maison d’assistants maternels (MAM) en Seine-Maritime. Quant à Sylvie Dufresne, elle s’inquiète surtout de la charge de travail future, avec la baisse prévisible des effectifs.

Partager les expériences

« Face à l’angoisse, la meilleure solution est d’échanger entre collègues, de faire part de ses difficultés, de partager les expériences », conseille Emmanuelle Sabouret, psychiatre et psychanalyste. Monique témoigne : « On a une psychologue et une psychiatre confinées à la maison avec leurs enfants. Elles nous appellent régulièrement pour prendre des nouvelles et donner des conseils, cela fait du bien. » Délivrer des consignes claires est une des clés pour rassurer les équipes. « On travaille en collaboration étroite avec la Protection maternelle et infantile et de le département pour donner aux assistantes maternelles une information sûre et le plus claire possible afin de leur permettre de faire face au climat anxiogène », conclut Marie-Ange Marchand.

Thèmes abordés

Notes

Note 01 Certains prénoms ont été changés à la demande des interlocuteurs Retour au texte

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