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MOBILITÉS
Plan vélo : l’Etat promet 350 millions d’euros pour financer des infrastructures cyclables
Gabriel Siméon | France | Publié le 17/09/2018

Le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé vendredi 14 septembre une série de mesures pour développer l'usage du vélo. Parmi celles-ci, un fonds de 350 millions d'euros pour soutenir les aménagements des collectivités, ainsi qu'un forfait incitant les salariés à se rendre au travail à vélo.

velo voiture en ville UneLe gouvernement a finalement décidé de passer à la vitesse supérieure concernant le vélo comme moyen de transport au quotidien. Avec un nouvel objectif : tripler son usage d’ici 2024 pour atteindre 9% de part modale dans les déplacements. Pour y parvenir, le Premier ministre Edouard Philippe a présenté vendredi dernier son « plan vélo et mobilités actives », à l’occasion d’un déplacement spécial à Angers.

C’est qu’au pays du Tour de France, la petite reine n’a toujours pas la côte comme moyen de déplacement. Moins de 3 % des trajets domicile-travail se font aujourd’hui à vélo, contre 7% en moyenne en Europe. Pourtant, 58 % des Français vivant à moins d’un kilomètre de leur lieu de travail préfèrent s’y rendre en voiture, d’après une récente étude de l’Insee.

Un non-sens, à l’heure de l’urgence climatique. D’autant que de nombreuses études confirment les bénéfices du vélo : non polluant, rapide, peu cher, bon pour la santé… « Il est grand temps de le mettre au cœur de la mobilité du quotidien », réclamaient quelque 200 parlementaires dans une tribune [1] publiée en avril dans le Journal du dimanche.

La démission de Nicolas Hulot a entraîné des doutes

Le plan vélo du gouvernement était attendu depuis sa promesse en décembre 2017 en clôture des Assises de la mobilité. Il a, depuis, été repoussé plusieurs fois, et la démission de Nicolas Hulot du ministère de la Transition écologique a un temps refroidi les associations pro-vélo, qui craignaient de voir l’ambition du plan revue à la baisse.

Les attentes étaient donc grandes, vendredi, à Angers. « Le vélo, c’est une solution à de vrais problèmes du quotidien et de société », a souligné Edouard Philippe. « Nous avons besoin d’une forme de sobriété carbone ».

Pour encourager la création d’aménagement cyclables, le locataire de Matignon a annoncé la création d’un fonds national « mobilités actives » doté de 350 millions d’euros sur 7 ans. Ce fonds permettra en particulier de financer la continuité des voies cyclables au niveau des grands axes routiers. « Nous lancerons les premiers appels d’offre en 2019 », a précisé Edouard Philippe. L’appel à projets «Vélo et territoire» piloté par l’Ademe a été lancé vendredi afin d’accompagner les collectivités dans la définition de leur politique cyclable.

Jusqu’à 400 euros remboursés

Autre mesure emblématique : la création d’un « forfait mobilité durable » permettant aux employeurs publics et privés de proposer à leurs salariés un remboursement de leurs frais de déplacement domicile-travail à vélo pouvant aller jusqu’à 400 euros par an (en franchise d’impôt et de cotisations sociales).

Remplaçant l’indemnité kilométrique vélo mise en place en 2016, ce forfait demeure toutefois facultatif pour les employeurs, hormis dans la fonction publique d’Etat dans laquelle Edouard Philippe s’est engagé à le généraliser d’ici 2020, à hauteur de 200 euros par an.

Le gouvernement valide ainsi l’expérimentation menée au ministère de la Transition écologique et solidaire et dans celui de la Cohésion des territoires, ainsi que dans certaines collectivités.

Des sas vélo en nombre

L’exécutif veut aussi systématiser les sas vélo en amont des feux de circulation. Ces marquages au sol permettant aux cyclistes de se positionner devant les autres véhicules au feu rouge (ce qui améliorent leur sécurité) seront obligatoires pour tout nouveau aménagement à compter du premier semestre 2019. Edouard Philippe a aussi promis que toutes les voiries existantes seront mises en conformité « à moyens termes ».

« Par ailleurs, nous allons élargir, partout où ce sera techniquement possible, le double sens cyclable aux voies à 50 km/h dans les agglomérations », a-t-il assuré. Cette autorisation pour les cyclistes d’emprunter des rues en sens unique ne concernait jusqu’alors que les zones à 30 km/h.

Ce plan vélo entend aussi lutter contre le vol, qui décourage de nombreuses personnes d’acheter un vélo. Le marquage des bicyclettes avec un numéro d’immatriculation unique, aujourd’hui facultatif, deviendra obligatoire lors de l’achat – il sera réalisé par les vendeurs. Ce marquage permet d’identifier le propriétaire d’un vélo volé retrouvé par la police.

La future loi d’orientation des mobilités (dont le projet est attendu pour fin octobre) fixera également à la SNCF des objectifs de construction de stationnements sécurisés pour vélos. L’obligation d’aménagement de garages à vélo dans les bâtiments existants disposant d’un parking automobile sera aussi prescrite lors de travaux (un décret est promis avant la fin de l’année prochaine).

Enfin, pour développer la culture du vélo, Edouard Philippe veut généraliser d’ici 2022 le dispositif « Savoir rouler » permettant aux jeunes de maîtriser la pratique du vélo. Pour cela, des programmes seront menés en école primaire.

Des associations satisfaites

Il n’y aura pas, donc, de nouveau coup de pouce à l’achat d’un vélo à assistance électrique, un dispositif réclamé par les associations de promotion du vélo suite à sa suppression l’hiver dernier.

Celles-ci ne font pourtant pas la fine bouche. « On est globalement satisfait. On retrouve beaucoup de mesure sur lesquelles on avait travaillé avec la ministre des Transports », confie Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables. « Même si les montant ne sont pas tout à fait ceux qu’on espérait [les associations réclamaient 200 millions d’euros par an], 350 millions d’euros sur 7 ans cela va déjà permettre de financer un certain nombre de projets sur lesquels les collectivités avaient vraiment besoin de l’aide de l’Etat. »

Pour Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette, « l’Etat prend sa part et se crédibilise pour inciter les collectivités à réaliser des pistes cyclables de qualité. On est sur la bonne voie ». Assez pour remettre la France en selle ? « L’enjeu est de faire du vélo l’un des grands thèmes des élections municipales de 2020 », observe-t-il. La route est encore longue.