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BILLET
Gouvernement nietzschéen
Cédric Néau | A la Une finances | Actualité Club finances | Billets finances | France | Publié le 14/09/2018

Chaque vendredi, retrouvez l’édito du Club Finances. Cette semaine retour sur l’annonce du plan pauvreté et sur la réforme du financement du RSA, qui masque une énième tentative de recentralisation. Le surhomme Macron pousserait-il à l’éternel retour des négociations ?

Nietzsche

Cette tentative sera-t-elle la bonne ? Après deux cycles de négociations qui ont échoué en 2016 [1] et mai 2018 [2], l’Etat semble vouloir recentraliser le financement du revenu de solidarité active (RSA), mais de manière masquée cette fois, de peur d’entendre à nouveau « le concert des chicaneurs » saboter la manœuvre.

Recentralisation de facto

Dans son plan pauvreté présenté hier [3], Emmanuel Macron a en effet proposé d’une part de réunir sous une allocation unique au mimimum le RSA, les APL et la prime d’activité, poussant d’autre part les départements à développer leur politique d’insertion, via un contrat dans lequel serait stipulés les obligations des départements et les financements de l’Etat.

Si ce scénario se confirme, le RSA serait donc de facto recentralisé dans un revenu universel unique, versé par l’Etat. A Bercy, on réfléchirait de son côté à la manière de financer cette opération, « peut-être en passant par la réforme fiscale », évoque un proche du dossier.

Si ce n’est cette nouvelle idée de contractualiser l’insertion, que les départements souhaitaient jusqu’à présent maîtriser et financer librement, le scénario de la recentralisation du RSA se répète donc inlassablement, suivant le principe très nietzschéen de l’éternel retour.

Eternel retour

Cette tentative de remettre les mêmes dossiers sur la table ne se limite pas au RSA. Devant le regret – timide – de certains départements d’avoir loupé le train de la contractualisation financière [4], ce contrat d’insertion pourrait bien ressembler à une seconde chance, que la Seine-Saint-Denis par exemple pourrait cette fois saisir. Le retour des contrats s’accompagne aussi de celui de l’éternel espoir de la renégociation.

Toutes les associations d’élus parties prenantes dans la signature en juin dernier des contrats financiers entre l’Etat et 228 collectivités [5]sont persuadées de parvenir à modifier certains termes du contrat. Si des réunions de travail avec des membres du gouvernement ont bien été programmées, le gouvernement n’entend visiblement pas modifier le texte : « les associations font de l’autopersuasion », ironise-t-on à Bercy.

L’art de la répétition comme arme politique

N’y a-t-il donc rien à faire pour infléchir le très nietzschéen Emmanuel Macron, à l’aise dans le rôle du surhomme sûr de sa puissance et de sa capacité à agir ? Les philosophes répondront que la politique de l’éternel retour justement peut être efficace : enchaîner inlassablement les mêmes revendications et aimer le faire, comme un footballeur ses entraînements, afin, un jour (de match), atteindre – enfin – le but tant espéré.

On pourrait alors citer le pugnace et matois André Laignel, premier vice-président délégué de l’AMF, qui, à force de harcèlements répétitifs et lancinants comme un mantra, avait fini par obtenir un fléchissement de la baisse des dotations lors du dernier budget de l’ère Hollande [6]. Mais c’est vrai qu’il s’agissait de politique et non de philosophie et que l’AMF n’avait à l’époque, peut-être pas affaire à un surhomme nietzschéen…