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LUTTE CONTRE L'EXCLUSION
Plan pauvreté : la question du financement au cœur des réactions
Isabelle Raynaud, Rouja Lazarova | France | Publié le 18/09/2018

Les nombreuses annonces faites par Emmanuel Macron ont fait réagir les acteurs de la lutte contre l'exclusion. Beaucoup s'interrogent sur la suffisance des moyens présentés...

AdobeStock_62723205_Jürgen FälchleLa stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté, présenté par Emmanuel Macron le 13 septembre, contient une série de mesures qui visent à s’attaquer aux racines de la pauvreté. Elles ont beaucoup fait réagir. La plupart des acteurs du secteur s’interrogent en effet sur la réalité des moyens financiers qui seront mis en œuvre pour les mettre en place.

« Je dis “banco” pour développer et mettre un coup d’accélérateur à ces mesures sur l’insertion ou l’enfance mais j’attends de savoir ce qu’il y a sur la table en termes de moyens car chat échaudé craint l’eau froide », écrit ainsi Stéphane Troussel, président (PS) de Seine-Saint-Denis, dans un communiqué.

Un avis partagé par le président (LR) du Bas-Rhin et président de la commission Solidarités de l’ADF, Frédéric Bierry : « Permettre à un bénéficiaire du RSA d’avoir un suivi au premier mois de son inscription nécessite des travailleurs sociaux supplémentaires. Dans quelle mesure l’Etat peut accompagner les départements pour ces financements ? L’investissement social, les départements y croient tous, c’est notre quotidien. Néanmoins, ce n’est pas neutre financièrement. »

Moins pour les pauvres que pour les riches

Le groupe de gauche de l’ADF trouve même que la somme consacrée à la Stratégie est sans commune mesure avec les cadeaux fiscaux accordés au plus riches : »Le manque d’ambition global de ce plan ne permettra pas d’éradiquer la pauvreté même si la mise en place de mesures pour lutter contre ne peut qu’aller dans le bon sens. Car ce sont simplement 2 milliards d’euros qui seront consacrés à la lutte contre la pauvreté, dont une partie n’est que recyclage et redéploiement, ce qui semble bien peu comparé aux 5 milliards d’euros de cadeaux fiscaux consacrés aux plus riches chaque année. »

L’ancienne secrétaire d’Etat à la Lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville accuse même le gouvernement actuel de ne pas mettre de financement supplémentaire sur la table :

Crainte sur les futures contractualisations

L’annonce de contractualisation entre les collectivités et l’Etat pour obtenir les fonds annoncés, avec obligation de résultats pour les territoires, est vue, elle, avec circonspection.

« Nous allons faire très attention à la contractualisation proposée. Je comprends bien les encouragements. Mais le malus, évidemment, nous fait tiquer », explique Frédéric Bierry. De son côté, l’Association des maires de France estime qu’ « il est inacceptable que soit imposée aux collectivités une obligation de résultats en matière de lutte contre la pauvreté et que les expérimentations prévues ne soient pas étendues à toutes les catégories de territoires, notamment les communes rurales et les petites villes ».

Pas un vrai revenu universel

En annonçant la création d’un « revenu universel d’activité », Emmanuel Macron a repris une expression qui avait animé de nombreux débats lors de la campagne présidentielle de 2017 : la création ou non d’un revenu universel. La version du président de la République est très cadré : sous condition de revenu et en contre-partie d’une recherche d’emploi. Une définition qui ne plaît pas aux tenants de la mise en place du revenu de base.

Philippe Grosvalet, président (PS) de Loire-Atlantique regrette ainsi que le revenu universel d’activité « manque d’ambition et aurait pu s’inspirer utilement » de la proposition des départements de gauche d’un revenu de base.

Une critique reprise par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) : « Le Président évoque la nécessité de “garantir à chacun un filet de sécurité”. Pourtant, ce revenu universel d’activité serait particulièrement conditionné : si une personne refuse deux offres d’emplois “raisonnables”, elle perdra ce revenu. Jusqu’à présent, ni le RSA ni le RMI avant lui n’ont été autant conditionnés, car ils constituaient le dernier filet de sécurité sur lequel pouvaient compter les personnes les plus précaires. »

 

Les associations aussi attendent de voir…

Les associations de lutte contre la pauvreté attendaient beaucoup de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. François Soulage, président du collectif Alerte qui regroupe les principales associations, a fait le point pour la Gazette :

francois-soulage« Ce plan est sérieux. Il est crédible sur la partie qui concerne les enfants : l’amélioration de la Protection maternelle et infantile (PMI), la formation des assistantes maternelles, le développement des crèches. Ces questions sont déjà inscrites dans la Convention d’objectif et de gestion (COG) de la CNAF – elles ont donc de grandes chances de se réaliser.

L’obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans est également à saluer. Les décrocheurs doivent être repérés par l’Education nationale et orientés vers les Missions locales qui font un travail de proximité.

En revanche, en ce qui concerne les 18 – 25 ans, l’absence d’incitation financière, en contrepartie d’un travail d’accompagnement global, est une déception. Je ne vois pas comment ces jeunes vont rentrer dans une logique d’accompagnement sans revenus.

On retrouve cette absence d’incitation pour les chômeurs de longue durée. Ils doivent s’engager dans un accompagnement renforcé et global sans aucune contrepartie financière. C’est regrettable. Nous avions demandé une allocation complémentaire pour ces allocataires du RSA ou de l’ASS qui s’engageront dans un parcours d’insertion.

Notre espoir réside dans les concertations qui vont être entamées pour la création du Revenu universel d’activité – la grande surprise du plan. Nous allons nous battre pour introduire cette allocation complémentaire pour les jeunes et pour les adultes éloignés de l’emploi qui signeront un contrat d’engagement réciproque et qui accepteront des activités occupationnelles. Nous allons également veiller à ce que ces activités correspondent au profil des personnes. »

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