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TRANSITION ÉCOLOGIQUE
La démission de Nicolas Hulot, une perte pour les collectivités ?
Arnaud Garrigues | A la une | France | Publié le 28/08/2018 | Mis à jour le 29/08/2018

Prenant tout le monde de court, le ministre de la Transition écologique et solidaire a annoncé sa démission du gouvernement ce mardi 28 août. Faisant preuve d'une certaine gravité lors de son annonce, il laisse derrière lui un bilan assez maigre, surtout au regard de son action en faveur des collectivités territoriales.

nicolas-hulotQuinze mois. C’est le temps qu’aura tenu Nicolas Hulot en tant que ministre de la Transition écologique et solidaire. Continuellement, la question de sa présence au sein de ce gouvernement se sera posée. Systématiquement, il l’aura repoussée, arguant de sa volonté de s’inscrire dans le temps long, faisant certes des concessions, mais choisissant d’avancer par « petits pas »…

Jusqu’à ce mardi 28 août où, sur les ondes de France Inter [1], à la grande surprise des deux journalistes qui l’interrogeaient, il a déclaré que ces « petits pas » ne suffisaient plus pour faire face à la « tragédie climatique » dans laquelle nous avons basculé.

Dressant le constat de l’absence de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout comme de l’utilisation des pesticides, de l’érosion de la biodiversité ou encore de l’artificialisation des sols, il a alors annoncé sa démission en direct.

Lassé des lobbyistes qui entravaient son action, il s’est déclaré isolé dans ce gouvernement, où il n’avait ni le soutien des autres ministres, ni celui du Premier Ministre – qui n’a pas évoqué une seule fois la question de l’écologie dans sa longue interview de rentrée à nos confrères du Journal du dimanche [2]. Même constat s’agissant du Président de la République, qui a rendu le matin même des arbitrages favorables aux chasseurs.

Les collectivités, les grandes oubliées

Profondément attristé, Nicolas Hulot a reconnu qu’il n’avait pas réussi à faire basculer le pays vers un autre modèle de société. Ses résultats majeurs concernent sans doute l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la fin de l’exploitation de nouvelles ressources hydrocarbures en France et l’arrêt programmé des centrales à charbon. Mais au prix de combien de couleuvres avalées par le ministre sur le nucléaire, la biodiversité, ou encore la gestion de l’eau ?

En analysant son action par le prisme des collectivités territoriales, le résultat est encore plus chiche. Jamais cet écologiste convaincu ne se sera véritablement adressé aux élus locaux, qu’il connaissait finalement assez mal, lui qui était plutôt familier du monde de l’entreprise, des associations et des organisations non gouvernementales.

C’est peut-être les limites de la nomination d’un membre de la société civile, à l’inverse de ses prédécesseurs à ce poste qui avaient tous commencé leur carrière politique par des mandats locaux. Ils savaient donc bien les difficultés rencontrées dans le portage de projets territoriaux, ne serait-ce que vis-à-vis de l’administration centrale.

A titre d’exemple, lors de la présentation en juillet 2017 du « Plan climat » [3], sa véritable feuille de route pour faire avancer la France sur le chemin de la neutralité carbone en 2050, pas un mot n’avait été adressé aux collectivités. Pourtant, ces dernières jouent un rôle clé pour mettre en œuvre la transition énergétique dans les territoires et associer localement les acteurs privés et la société civile.

Sans doute conscient de ce déséquilibre, l’exécutif lui avait alors attribué deux secrétaires d’Etat, Brune Poirson et Sébastien Lecornu. Ce dernier avait notamment été chargé de jouer un rôle de charnière avec les élus locaux, en sa qualité d’ancien maire et d’ancien président du conseil départemental de l’Eure.

Son combat pour les agences de l’eau

Combatif, Nicolas Hulot avait peiné à faire le poids face à Bercy au moment des grands arbitrages. Par exemple pour répondre à une demande des acteurs locaux d’obtenir une part de la contribution climat énergie [5] à destination des régions et des intercommunalités ayant adopté des schémas régionaux et des plans climat.

Ou encore pour empêcher Bercy de renouveler les ponctions sur le budget des agences [6]. Les collectivités s’en sont d’ailleurs fortement plaintes dans le cadre des Assises de l’eau. Le Premier ministre était d’ailleurs censé faire des annonces mercredi 29 août, le lendemain de la démission de Nicolas Hulot donc.

Lors de l’interview qu’il nous avait accordée en septembre 2017 [7], il nous avait d’ailleurs expliqué le combat qu’il menait pour défendre le modèle français de l’eau… face aux hommes de Bercy. S’il n’avait pas pu empêcher ces ponctions, il avait néanmoins réussi à bloquer un projet de disparition pure et simple de ces agences de bassin.

« J’ai défendu le statut des agences de l’eau, sachant qu’elles sont un modèle pour nos partenaires étrangers. Il y a pu y avoir une tentation de les fusionner, et j’ai fait en sorte de conserver l’intégrité de ce système, et tant que je suis là, ça sera le cas », nous déclarait-il alors en aparté.

Un successeur qui pourrait aller plus loin ?

« Les agences de l’eau joue un rôle central dans la mise en œuvre des politiques sur le climat, de biodiversité.. Elles sont un peu mon bras armé. J’ai eu une discussion franche avec  les directeurs des agences. Je n’ai pas essayé de le faire passer [NDLR la ponction sur leur budget] pour une bonne nouvelle. Ils peuvent bien imaginer que ce n’est pas de gaîté de coeur que je fais cela, mais c’est une effort préalable pour mieux rebondir », essayait-il alors de relativiser.

Autre annonce pendant cet entretien, restée lettre mort, celle de la création d’une taxe sur l’artificialisation des sols. Comme bien souvent avec l’ex-présentateur de l’émission Ushaïa,  le constat et les mots sonnaient très justes, mais les arbitrages au sein du gouvernement ne suivaient malheureusement pas. Le bilan à direction des collectivités ne pèse donc pas bien lourd.

Il faut désormais savoir si le prochain titulaire de ce ministère pourra aller plus loin que Nicolas Hulot pour enclencher une transition écologique locale et nationale, au-delà des grandes annonces faites par le Président de la République lors du sommet « One planet summit » [8].

On imagine que son secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu serait ravi d’occuper le poste vacant, mais son faible engagement écologique et son poids politique trop limité ne plaident pas en sa faveur.

Le nom de l’ancienne secrétaire d’Etat à la biodiversité du gouvernement Hollande, Barbara Pompili, qui est actuellement député LREM et présidente de la commission développement durable de l’Assemblée nationale circule, tout comme celui d’un autre ministre, Julien Denormandie. Arnaud Leroy, actuel président de l’Ademe qui avait piloté le programme écologie du candidat Macron à la présidentielle et espérait obtenir ce ministère avait à l’époque été barré par un certain Nicolas Hulot. La voie désormais est libre …

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