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[OPINION] PHILIPPE LAURENT
Quand les maires ne vont pas bien, c’est la République qui va mal
Auteur associé | France | Opinions | Tribune | Publié le 28/08/2018

Surgie dans l'actualité en plein cœur de l'été, la vague de démissions sans précédent de maires a suscité de nombreux commentaires et analyses, ainsi que de multiples débats et interventions dans la presse et sur les ondes. Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire général de l'Association des maires de France, considère qu'avant toute autre considération, ces élus démissionnaires souffrent du désintérêt de l'Etat central.

echarpe-maire-illustrationNul n’ignore plus les principales causes de le vague de démissions de maires relevée cet été par la presse. Elle dépasse largement les démissions habituelles pour raisons personnelles, et qui concerne principalement des communes comptant un faible nombre d’habitants (mais pas seulement) :

Mais on parle finalement assez peu des conséquences de ce mouvement, qui risque de s’amplifier et de conduire à des difficultés à pourvoir les listes de candidats en 2020 (en tout cas, de candidats de qualité prêts à un engagement sincère et désintéressé au service du territoire et de ses habitants).

D’aucuns, au plus haut niveau, en tirent d’ailleurs la conclusion que, puisque les maires démissionnent, la commune elle-même n’aurait plus vraiment de raison d’être, selon un habile renversement dialectique, qui fait de la commune un simple échelon de gestion administrative, qu’il convient de « rationaliser ».

La commune est d’abord la représentation de l’Etat au niveau local

Ceux-là méconnaissent l’Histoire. Ils oublient qu’en France, c’est l’Etat qui a créé la Nation, et non l’inverse. Et que la commune est d’abord la représentation de l’Etat au niveau local. L’Etat républicain repose sur deux piliers : le gouvernement, d’une part ; le tissu des communes, d’autre part. Le maire est le représentant de l’Etat dans la commune. Et seuls l’Etat et la commune disposent de la «compétence générale» pour gérer les affaires publiques.

Cette situation est propre à la France et c’est pourquoi, par exemple, il est absurde de comparer le nombre de communes en France et dans d’autres pays, puisqu’on ne compare pas la même réalité.

C’est sur cet équilibre original, entretenu à travers le temps par la singulière relation entre le maire et le préfet, et dont témoigne l’engagement constant et spontané des maires lorsque l’essentiel est en jeu, que repose le bon fonctionnement de notre système républicain. Et cette dimension politique et institutionnelle du maire et de la commune n’a évidemment que peu à voir avec des questions de gestion.

La démission d’un maire, c’est l’Etat qui s’effiloche, c’est la République qui va mal.

Ainsi, lorsqu’un maire démissionne parce qu’il ressent ce qu’il interprète comme un désintérêt de l’autre composante de l’Etat, il en souffre non pour lui-même, mais pour son territoire, ses concitoyens et la République. La démission d’un maire, c’est l’Etat qui s’effiloche, c’est la République qui va mal.

A mal interpréter le phénomène, à ne pas y prêter suffisamment attention et à le traiter sous le seul angle de la gestion, le pouvoir central ne commet pas seulement une erreur politique, il se rend coupable d’une faute à l’égard de la République.

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