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Migrants

Accueil des migrants : l’Etat et les collectivités peinent toujours à trouver un terrain d’entente

Publié le 31/05/2018 • Par Rouja Lazarova • dans : Actualité Culture, France

migrants biblio paris Vaclac Havel cr Jeanne Menjoulet CC BY 2.0
Jeanne Menjoulet CC BY 2.0
Le 30 mai, le Plan urbanisme, construction, architecture (PUCA) organisait un séminaire sur « L’accueil, l’installation et la circulation des migrants. » Même s’ils relèvent de la compétence régalienne, les migrants concernent directement la vie de la cité et leur accueil ne peut se faire sans l’implication des collectivités.

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« L’installation de migrants représente un enjeu urbain considérable. Il est de la responsabilité de l’Etat mais ne peut se résoudre sans les métropoles. L’accueil et l’intégration des migrants doit être une stratégie portée par l’Etat et les collectivités locales », tels ont été les propos introductifs d’Alain Régnier, délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés lors du séminaire organisé par le Plan urbanisme, construction, architecture (PUCA) le 30 mai. « La porte d’entrée des migrants sur un territoire, ce sont les campements sauvages », a rappelé Emmanuelle Cosse, conseillère régionale et ancienne ministre du Logement. Même s’ils relèvent de la compétence de l’Etat, ils impactent directement le territoire, les riverains, les citoyens. Le maire peut difficilement rester les bras croisés.

L’expérience de la résorption des bidonvilles constitués par les Roms s’avère intéressante pour la lutte contre les campements sauvages. Sébastien Thiéry, politiste et coordinateur du Pôle d’exploration des ressources urbaines (Perou) a relaté la recherche action menée à partir de fin 2012 dans un bidonville de Ris-Orangis.

Le Perou a assuré la maîtrise d’œuvre d’un lieu d’accueil pour les habitants du bidonville de Ris, puis de Grigny. Aujourd’hui, deux-tiers des 150 occupants du bidonville ont un emploi et sont en logement social. Le Perou va publier à l’automne un guide pratique destiné aux maires, nourri de cette expérience.

Face à l’urgence, des tensions

C’est dans l’urgence que ce fait le premier accueil des migrants. Et l’Etat n’a pas toujours les mêmes notions de l’urgence humanitaire que l’élu local. Damien Carême, maire de Grande-Synthe, se souvient des tensions vécues avec le gouvernement à l’époque de la création du camp de la Linière, début 2016 : « Face à un ministère de l’intérieur qui ne voulait rien faire sous prétexte de créer un appel d’air, il fallait agir. Je suis soumis au code de la santé publique et quand on me rapporte des cas de tuberculose ou de galle, je dois agir. »

Malgré sa fin tragique, en avril 2017, dans l’incendie ayant suivi une rixe, le camp a été un modèle pour l’accueil de refugiés, tant qu’il n’était pas surpeuplé. Il a fait l’objet d’une recherche approfondie de l’association d’architectes Actes et cités qui va publier également à l’automne un ouvrage intitulé« Penser la ville accueillante. »

Emmanuelle Cosse a rappelé le contexte tendu de la création des Centre d’accueil et d’orientation (CAO), dans la foulée de l’évacuation du camp de Calais, avec une mobilisation du Front national . Elle a rappelé l’absence de concertation avec les élus locaux. « Face à l’urgence, nous avons dit, il faut perquisitionner des places. » Et de relater cette expérience d’un élu, hostile au début, qui regrettait la fermeture du CAO car deux emplois avaient été créés et le lieu – habité à l’année.

La discrétion des élus locaux

Anouk Flamant, sociologue au CNRS-ENS Lyon, travaille avec Aisling Healy, maître de conférences en science politique sur l’adhésion de certaines villes à des réseaux européens constitué autour de la question migratoire. Elles sont à la recherche d’abord de financements, mais aussi de légitimité, et d’échanges de bonnes pratiques. Anouk Flamant a témoigné. « A Lyon, il y a trois cent logements pour les migrants. Mais les élus disent, « il ne faut pas que ça se sache ». Il y a une crainte du Front national. »

Plusieurs intervenants se sont accordé sur l’existence d’une politique du faire sans dire.  Daniel Carême a rappelé que dans sa ville, symbole de l’accueil des migrants, l’extrême droite ne fait pas de hauts scores.

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