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MOBILITÉ
Voitures autonomes : des tests sur route dès 2019 en Ile-de-France et dans les territoires
Arnaud Garrigues | A la une | Actualité Club Techni.Cités | France | Publié le 16/05/2018 | Mis à jour le 17/05/2018

Les véhicules autonomes vont être expérimentés sur route dès 2019, et admis à circuler à partir de 2020. C'est ce qui ressort du rapport présenté par Anne-Marie Idrac, haute responsable pour la stratégie nationale du développement des véhicules autonomes, qui a posé avec ce document le cadre de la nouvelle stratégie du gouvernement. Plusieurs collectivités ont déjà des projets en vue ; elles seront bientôt rejointes par les lauréats du futur appel à projets que va lancer l'Ademe.

Le projet d'expérimentation « Rouen Normandy Autonomous Lab » a été lancé par la Métropole Rouen Normandie, la région Normandie, le groupe Caisse des Dépôts, Transdev, le Groupe Renault et le Groupe Matmut.

Le projet d’expérimentation « Rouen Normandy Autonomous Lab » a été lancé par la Métropole Rouen Normandie, la région Normandie, le groupe Caisse des Dépôts, Transdev, le Groupe Renault et le Groupe Matmut.

Avec les voitures autonomes, le futur frappe à notre porte. Et ce qui apparaissait, il y a encore peu, comme un doux rêve futuriste se rapproche à vitesse grand V. C’est ainsi que le gouvernement a présenté lundi 14 mai sa stratégie et son nouveau cadre pour favoriser l’émergence de ce type de véhicules, à travers le rapport remis par Anne-Marie Idrac [1], nommée l’an dernier haut responsable pour la stratégie nationale du développement des véhicules autonomes.

Expérimentation en 2019, circulation dès 2020

L’une des principales annonces réside dans l’autorisation, dès 2020, de la circulation sur routes ouvertes pour les voitures autonomes de niveau 3 (le conducteur doit pouvoir reprendre la main à tout moment) et les services de transports publics autonomes. En 2022, ce sera au tour des véhicules de niveau 4 (conduite totalement autonome autorisée sur certaines routes, comme les autoroutes) et des systèmes de logistique et fret.

Quant aux indispensables expérimentations, elles seront autorisés sur routes ouvertes dès 2019 « sur tout le territoire français jusqu’au niveau 5 d’autonomie, c’est-à-dire en l’absence de tout conducteur », a indiqué Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des finances.

Cette possibilité sera ouverte par la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui doit être votée d’ici la fin de l’année. Point important : la responsabilité sera assurée par les porteurs de ces projets d’expérimentation.

Une course mondiale à l’innovation

Il faut en effet aller vite et permettre aux acteurs privés et publics d’expérimenter et d’accumuler les kilomètres d’expérience, car la course à l’innovation est rude entre les différents pays qui se sont positionnés sur cette filière.

Il est en effet primordial de fiabiliser cette technologie, d’assurer sa sécurité (notamment  contre le rançongiciel, le cyber piratage ou pire encore contre des détournements de grande ampleur à des fins de terrorisme, ces enjeux ayant été identifiés par ce rapport) et d’arriver également à rassurer les futurs utilisateurs. Car à l’heure actuelle, ils sont encore 52% à douter ce cette technologie, selon un sondage présenté ce 13 mai au ministère des Transports.

Pour le gouvernement, l’équation n’est donc pas simple. « Il faut arriver à favoriser l’innovation, sans nécessairement faire de planification ; car ceux qui ont essayé de le faire ont raté à chaque fois », souligne Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé du Numérique.

« L’Europe doit pouvoir garantir sa souveraineté », pointe de son côté Bruno Le Maire, en soulignant que la question des données de ces véhicules – et de leur protection – « va devenir un enjeu crucial », avec en ligne de mire l’appétit débordant des ogres américains et chinois. Estimant que nous sommes à un point de rupture, le ministre s’est fait très clair : « il va falloir choisir entre l’indépendance ou la vassalisation, et je pèse mes termes », a-t-il insisté.

Autres enjeux identifiés : « revoir la place de la voiture dans l’offre de mobilité, notamment là où les transports collectifs sont défaillants », et « déterminer quels seront les impacts sur l’emploi », a précisé Bruno Le Maire.

L’Ile-de-France veut être en pointe

Et les collectivités dans tout cela ? Elles ont bien évidemment un rôle clé à jouer. Et la présence de la présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, aux côtés des trois ministres qui présentaient cette nouvelle stratégie n’était pas anodin. Le territoire francilien va en effet devenir un laboratoire des véhicules autonomes.

Valérie Pécresse n’a d’ailleurs pas hésité à annoncer qu’elle voulait que sa région soit la plus en pointe au niveau mondial sur cette question. Un objectif qui sera néanmoins difficile à atteindre, ne serait-ce que par l’avance prise par la Sillicon Valley (Californie), où résident de nombreux leaders mondiaux qui investissent massivement – des millions voire des milliards – sur cette technologie (Google, Apple, Uber, etc.).

Valérie Pécresse a profité de l’occasion pour  annoncer que des expérimentations de véhicules autonomes allaient être menées dès 2019  sur les autoroutes A1, A6, A4 et A10 ; des axes choisis en fonction des lieux desservis – comme Disneyland pour l’A4, ou Versailles pour l’A10, et en préparant également la desserte des sites des futurs Jeux olympiques de 2024 – afin également de faire en sorte que ces projets soient vus par les touristes.

Les bandes d’arrêt d’urgence seront en effet utilisées pour créer des voies réservées au covoiturage et aux véhicules autonomes – dont les caractéristiques ne sont pas encore déterminés (navette, robot-taxi tel que le dernier véhicules de Navya, etc.) – une fois bien sûr que le ministère aura autorisé cette possibilité, ce qui ne devrait pas tarder.

Nous voulons développer des flottes de véhicules autonomes le plus vite possible. On ne va pas attendre d’avoir un objet abouti. Nos voisins acceptent de tâtonner et étudient tous les cas d’usages. (Valérie Pécresse)

Celle qui est également présidente sur syndicat francilien d’Ile-de-France Mobilités a expliqué les bénéfices qu’elle attendait des véhicules autonomes :

« Trois types de véhicules autonomes m’intéressent », a-t-elle poursuivi : le minibus autonome, pour aller dans une logique de « prêt à porter », qui s’oppose au « gros bus » et apporte « beaucoup plus de souplesse » ; les flottes de véhicules autonomes, qui sont  une évolution des VTC et qui vont amener les taxis à être plus collectifs ; et enfin la logistique et le fret.

La métropole de Rouen tient la corde

Frédéric Sanchez, président de la métropole de Rouen Normandie avait également fait le déplacement au ministère des Transports, ce lundi 14 mai, pour présenter la démarche de son territoire qui est l’un des premiers à avoir lancé une expérimentation d’envergure, avec tout un écosystème d’entreprises françaises et étrangères.

Trois typologies de terrains seront testés : le campus universitaire,  une zone d’activité et un morceau de ville complet. Les expérimentations devraient débuter dès le mois de juin. « Ce sera bien du transport collectif et non pas du taxi », a précisé Fréderic Sanchez. Il y aura donc plusieurs arrêts, notamment au niveau de deux stations d’une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) et de tram.

Un des enjeux du territoire rouennais est de trouver de nouvelles solutions pour desservir la part de 40% de ses habitants qui n’ont pas accès aux transports collectifs, notamment en milieu rural, a précisé Frédéric Sanchez.

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Un appel à projet pour cibler tous les cas d’usage

Au-delà de ces deux cas de collectivités pionnières, de nouveaux territoires seront invités à rentrer dans la danse par le biais d’un appel à projets qui sera lancé avant l’été par l’Ademe (et faisant suite au lancement d’un appel à manifestation d’intérêt) ; il sera doté de 40 millions d’euros. Son but n’est pas de faire du « saupoudrage de projet », a précisé la ministre des Transports, « mais plutôt de capitaliser sur un certain nombre de cas d’usages des véhicules autonomes ». Le nombre de candidats retenus sera donc restreint.

La perception de ces nouveaux véhicules sera aussi étudiée, car l’acceptation de ces technologies est un facteur clé de la réussite de leur développement. Un système d’observation basé sur des sondages et des conférences de citoyen sera installé, a précisé la ministre. « Dans le cadre de ces expérimentations, il y aura un travail avec les collectivités territoriales et des chercheurs universitaires pour des retours non seulement avec les utilisateurs de ces véhicules mais aussi avec les riverains », a-t-elle ajouté.

Elisabeth Borne a également rappelé que pour développer ce type de mobilité du futur, il faudra aussi investir dans les infrastructures de transports et aller vers la route intelligente dite de 5e génération (1) [7], se déclarant prête à mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros via notamment le dispositif des Programme d’investissements d’avenir.

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