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Rapport Richard-Bur : une réforme de la fiscalité, oui, mais moins locale
Cédric Néau | A la Une finances | Actualité Club finances | Billets finances | France | Publié le 11/05/2018 | Mis à jour le 15/05/2018

Chaque vendredi, retrouvez l'édito du Club Finances. Cette semaine retour sur les propositions du rapport Richard-Bur qui "privilégie" le transfert d'une fraction d'un impôt national sans territorialité ni pouvoir de taux. Une vision pragmatique, mais pas politique. Qui gagnera ? Pas la fiscalité locale dans tous les cas...

robinet argent

Ne pas faire de l’Etat le premier contribuable local. La mission Richard/Bur a ainsi justifié dans son rapport sur la réforme de la fiscalité locale, [1] remis le 9 mai au Premier ministre, la suppression intégrale de la taxe d’habitation pour l’ensemble des contribuables français par le fait, entre autre, que l’Etat aurait dû s’acquitter dans le dispositif actuel – appliqué à 80 % des redevables -, de « 60 % du montant de la taxe d’habitation (TH) de 2020 (soit environ 15 Md€) alors que la TH est une imposition locale ».

Déclin confirmé

La mission estime que cette prédominance « n’est saine ni pour l’Etat, ni pour les collectivités qui s’inquiètent légitimement du risque de transformation à moyen terme des dégrèvements en exonérations, qui donnent lieu à des dotations de compensation, que l’Etat a choisi de minorer, voire d’éteindre, ainsi qu’à un gel des taux de bases fiscales ».

La mission confirme ainsi ce que dénoncent les élus locaux depuis l’élaboration de cette promesse électorale, mais prévient également de la perte du caractère fiscal de la TH et surtout local.

Si le diagnostic est donc largement partagé entre cette « mission technocratique » – comme aime à la dénigrer le président du Comité des finances locales André Laignel -, les représentants des élus locaux et nombre d’experts en finances locales, l’ordonnance dressée par le sénateur LREM du Val d’Oise et l’ancien préfet va immanquablement créer de vives tensions lors du round de négociations qui s’ouvre le 17 mai entre le gouvernement et les associations d’élus dans le cadre de la Conférence nationale des territoires.

TVA pour les communes

Si la mission veut préserver un caractère fiscal aux ressources des collectivités, en revanche, elle « privilégie le transfert d’une fraction du produit d’une imposition nationale non territorialisée (en l’occurrence la TVA, ndlr) sur laquelle les communes et les EPCI ne détiendraient pas de pouvoir de taux ».

Et si le compte n’y est pas, dit la mission, « un surcroît de dotation d’Etat pourra être mobilisé en complément ». La mission y voit un intérêt, tout à fait défendable, de praticité et de simplicité : en ajustant la recette de TVA transférée à chaque collectivité à son historique de TH, « aucun mécanisme de garantie de ressources n’est nécessaire », raisonne-t-elle en faisant référence à la machine infernale mise en place pour compenser les pertes de taxe professionnelle après sa disparition en 2010.

Pragmatisme contre politique

Pas sûr en revanche que le bloc communal accepte la perte de pouvoir de taux sans réagir. A cet usage d’un pouvoir local qui ne s’entend qu’avec une véritable autonomie fiscale, la mission oppose une simple « « compensation » par le dynamisme de l’impôt national transféré ». Financièrement, les collectivités locales pourraient se retrouver gagnantes avec 400 millions d’euros de ressources supplémentaires, hors inflation, cumulées sur 5 ans, issues de cette dynamique.

Mais la fiscalité locale n’est pas qu’un simple ajustement financier, fut-il au profit des collectivités. Elle est pouvoir et symbole d’une décentralisation, qui par ce prisme, se délite silencieusement. Nul doute que le 17 juin, à la logique pragmatique du nouveau monde s’opposera la vision politique de l’ancien. Faites vos jeux.

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