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DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
La silver économie se cherche un avenir
Isabelle Raynaud | France | Publié le 22/03/2018 | Mis à jour le 23/03/2018

Lancée en 2013, la filière "silver éco" est au point mort. L'association France Silver Eco tente de reprendre la main pour booster le secteur.

personne-agee-vieillissement-dependanceEn avril 2013, Michèle Delaunay et Arnaud Montebourg, respectivement ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie et ministre de l’Economie, réunissaient à Bercy environ 700 ans acteurs des mondes économique et social et autres collectivité.

Au centre des débats, la création d’une filière alliant développement économique et aide aux personnes âgées, toujours plus nombreuses. La « silver économie » existait déjà, mais sans en avoir conscience. Cinq ans plus tard, le dynamisme économique est là mais la filière, officiellement lancée en décembre 2013, est, elle, moribonde…

« La création de la filière en 2013 a été un excellent catalyseur des énergies, c’est-à-dire que le coup de génie d’Arnaud Montebourg et de Michèle Delaunay a été de regrouper des acteurs qui étaient dans des tuyaux complètement différents et qui n’auraient jamais pu se rencontrer autrement », se souvient Luc Broussy, président de l’association France Silver Eco (FSE).

« Le démarrage s’est fait en trombe, voilà un exemple où la puissance publique – sans verser 1€ – aura été absolument moteur. Le problème, c’est que le soufflé est depuis totalement retombé. Il ne s’est quasiment plus rien passé depuis… C’est assez dramatique », se désole-t-il.

Progrès économiques

Pourtant, depuis cinq ans les choses ont progressé d’un point de vue économique. De nombreuses start-up dédiées aux questions du vieillissement se sont créées, de grands groupes se sont emparés de la question.

Interrogée en amont de la présentation du projet de loi d’Adaptation de la société au Vieillissement, Laurence Rossignol, remplaçante de Michèle Delaunay au secrétariat d’Etat aux Personnes âgées et à l’Autonomie, expliquait ainsi en 2014 que la filière est « une opportunité formidable de croissance, estimée à 0,25% par an, et, par là-même, d’emplois ».

En Île-de-France, un premier baromètre a été réalisé auprès d’entreprise de la Silver Valley entre janvier et avril 2016. En 2015, 7 932 emplois ont été créés, et 425 embauches sont prévues en 2016.

Ce bilan avait été fait car « les collectivités nous demandent un retour sur investissement », expliquait à l’époque Benjamin Zimmer, directeur de la Silver Valley [3]. Cette dernière est un [3]réseau qui regroupe plus de 200 acteurs franciliens de la filière, soutenu par la région Île-de-France, le conseil départemental du Val-de-Marne et l’agglo Grand Orly Val de Bièvre Seine-Amont.

Les collectivités – régions qui détiennent la compétence “développement économique”, mais aussi villes, métropoles ou départements – ont d’ailleurs été nombreuses à soutenir des actions. En janvier 2017, la région Nouvelle-Aquitaine présentait ainsi son plan, reposant sur trois axes majeurs : stimuler les innovations et appuyer les entreprises, se développer à l’international (notamment en Chine, ndlr) et former les personnels.

Gouvernance en berne

Une réussite donc que la filière de la silver éco ? Loin de là, déplore Luc Broussy. « Elle ne fonctionne pas aussi bien qu’elle le pourrait », assure-t-il. Le comité de filière a été lancé en décembre 2013 et ne s’est réuni qu’une fois depuis, en septembre 2015… « Il a été réuni par Emmanuel Macron et Laurence Rossignol lorsqu’ils étaient ministres pendant le mandant de François Hollande, mais pour rien ! La seule conclusion de septembre 2015 a été de dire “On va faire cinq groupes de travail et on se revoit dans un an” », dénonce le président de France Silver Eco.

Le lancement de l’Acte 2 de la filière, en décembre 2016, ne trouve pas plus grâce à ses yeux : « A aucun moment, on n’a fait un bilan sérieux du contrat de filière. Mais on passe à un Acte II qui en réalité était d’une grande pauvreté puisqu’il n’y a pas grand chose dedans… »

« Cinq ans après la création de la filière, il est temps qu’on prenne une décision : soit on la supprime, soit on décide qu’il y a besoin d’une coordination mais il faut s’en donner les moyens », conclut-il.

Et le président de France Silver Eco a une solution simple pour le gouvernement : faire de l’association le secrétariat général de la filière. « Aujourd’hui, le seul moment où les acteurs se réunissent c’est autour de la table du conseil d’administration de France Silver Eco ». La transition serait donc aisée…

Il en a d’ailleurs fait la proposition dans une note qu’il a remis à l’Elysée.