logo
Adresse de l'article https://www.lagazettedescommunes.com/528261/les-inegalites-scolaires-passent-aussi-par-lacces-a-la-cantine/

SCOLARITÉ
Les inégalités scolaires passent aussi par l’accès à la cantine
Marie-Pierre Bourgeois | France | Publié le 09/10/2017

Une étude met en lumière les différences d'accès à la cantine pour les collégiens et les lycéens des familles les plus modestes. Source d'inégalité scolaire importante, le phénomène tarde à être pris en charge par les collectivités.

cantine-bio-des-assiettes - unplusbio.orgLe rapport intitulé L’école française propose-t-elle un cadre de vie favorable aux apprentissages et au bien-être de l’élève ? [1] propose une nouvelle grille de lecture des inégalités sociales dans les collèges et les lycées. Si le sujet du cadre de vie peut paraître secondaire par rapport aux enjeux de décrochage scolaire ou aux difficultés d’apprentissage, le rapport met en évidence les inégalités d’accès à la cantine scolaire.

Cette étude, menée par le Cnesco, le Conseil national d’évaluation du système scolaire, est d’autant plus importante qu’elle parle d’ « une cécité collective » sur le sujet, tant de la part du Ministère de l’Education nationale que des collectivités.

L’accès à la cantine, directement lié aux performances scolaires

« Quand on discute d’inégalités scolaires, on se centre sur la pédagogie, les effectifs, les méthodes d’apprentissage, mais, hélas, on oublie le plus souvent les questions de la restauration et plus globalement de la qualité de vie à l’école. Elles jouent pourtant un rôle crucial dans l’échec ou la réussite des élèves » souligne ainsi Geneviève Zoia, anthropologue à l’Université Montpellier-2 dans l’Obs [2].

Comme l’explique le rapport, les origines sociales des élèves conditionnent leur accès à la cantine. 27% des collégiens en REP + -le dispositif le plus poussé de l’éducation prioritaires- mangent ainsi à la cantine contre 70% pour les reste des collégiens et lycéens. Autre chiffre éloquent : 40% des enfants des familles défavorisées ne mangent pas à la cantine contre 17% des élèves issus de familles de catégories socioprofessionnelles supérieures.

Le sujet est loin d’être anecdotique tant l’accès à la cantine scolaire et le fait de pouvoir manger à sa faim chaque midi conditionne la réussite à l’école. « Différentes études ont montré que les élèves, notamment les plus défavorisés, bénéficiant d’un déjeuner nourrissant et équilibré sont plus attentifs et dans de meilleures conditions pour apprendre que les élèves ne bénéficiant pas d’un repas équilibré. Un impact sur les résultats scolaires des élèves a été mis en évidence, ainsi qu’un recul de l’absentéisme lié à des maladies. Des études montrent également l’existence d’un lien entre la fréquence des repas pris à la cantine et la protection contre le surpoids et l’obésité » explique le rapport.

Un repas à la cantine coûte trop cher pour les familles modestes

Premier motif évoqué par les familles qui n’inscrivent pas leur enfant à la cantine de son établissement : l’obstacle économique. En effet, seuls 40% des établissements proposent des tarifs directement indexés sur le revenu des parents. Chaque collectivité, le département pour les restaurants dans les collèges et la région pour les lycéens, fixe les tarifs qu’elle souhaite. Seuls impératifs : garantir un temps de repas d’au moins 30 minutes (hors attente), une relative variété dans les menus et des tailles de portions adaptées.

Les collectivités qui proposent une grille tarifaire calculée sur les revenus des parents voire la gratuité sont d’ailleurs en minorité puisque 55% des établissements du second degré déclarent qu’il n’existe pas de tarif spécifique pour les élèves les plus pauvres.

Un tarif social, un vrai levier d’inclusion pour les plus modestes

Le rapport précise pourtant que « l’existence d’une politique tarifaire permettant à tous élèves, quelque soit leur situation sociale, d’accéder au service de restauration peut constituer un levier d’inclusion important pour ces populations ». Geneviève Zaia estime d’ailleurs que « la restauration scolaire est perçue comme une charge par les gestionnaires publics. »

Une proposition de loi pour la mise en place de la gratuité des repas pour les familles les plus pauvres a d’ailleurs a été déposée dans ce sens à l’Assemblée nationale et au Sénat en 2012. Sans succès.

Le Cnesco avance le chiffre d’un repas qui coûte en moyenne 3,30 euros pour les familles dans les collèges et les lycées publics. Si ce chiffre est souvent inférieur au coût réel d’un plateau-repas, les familles qui touchent une bourse peinent souvent à régler la facture.

Des bourses souvent trop faibles

Un rapport [5] de l’Inspection générale de l’Education nationale, intitulé Grande pauvreté et réussite scolaire, interpellait déjà en 2015 sur cette situation. Il citait notamment le témoignage d’une assistante sociale expliquant que « le montant le plus élevé de la bourse, 357 euros par an, ne permet pas de couvrir en totalité les frais de demi-pension » qui s’élève à 418 euros par an en moyenne. De plus, les familles sont parfois réticentes à engager les démarches nécessaires pour bénéficier des bourses, souvent par crainte des lourdeurs bureaucratiques. C’est ce que les spécialistes appellent le non-recours aux droits.

En cas d’impayé, les chefs d’établissement proposent le plus souvent  une solution à l’amiable qui passe généralement par la recherche d’aides sociales complémentaires et/ou l’échelonnement des sommes dues. Les fonds sociaux, qui sont souvent sollicités à ce titre, ont pourtant drastiquement baissé ces derniers années. Alors qu’en 2002, ils s’élevaient à 72 millions d’euros, en 2012 ils n’étaient plus que de 27 millions.