logo
DOSSIER : Présidentielle 2017 : les enjeux-clés pour les collectivités territoriales
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/497294/nicolas-dupont-aignan-la-france-des-terroirs-est-en-train-de-crever/

PRÉSIDENTIELLE
Nicolas Dupont-Aignan : « La France est en train de crever »
Marie-Pierre Bourgeois | Dossiers d'actualité | France | Publié le 28/03/2017 | Mis à jour le 29/03/2017

Seul maire de la campagne présidentielle avec Jean Lassalle, Nicolas Dupont-Aignan veut porter la parole "des communes qui crèvent". Pour "redonner à la France sa grandeur", le candidat de Debout La France propose de supprimer les conseils régionaux et les intercommunalités, rendre obligatoire le bénévolat pour les bénéficiaires du RSA et la création d'un statut de l'élu.

NICOLAS DUPONT AIGNAN

Devant l’ADF, vous avez expliqué vouloir mettre fin aux conseils régionaux en redéployant leurs compétences vers les départements. Pourquoi une telle proposition alors que de nombreux élus locaux demandent l’arrêt du mécano territorial ?

Je prône le triptyque Etat-département-commune. Le premier objectif est d’alléger le mille-feuille territorial. Nous supprimerons les conseils régionaux sans toutefois toucher aux élus. L’idée est de transférer tous les pouvoirs des régions aux départements. A ceux qui répondent que c’est impossible, je réponds que je ne vois pas en quoi la gestion des lycées ne pourrait pas se faire à l’échelon départemental alors qu’il gère déjà les collèges.

Le développement économique, lui, sera transféré dans une conférence qui réunira préfets de région, de département, et présidents de conseils départementaux pour décider ensemble des choix stratégiques. Le développement régional doit se faire dans la proximité. Qui peut croire que c’est à Bordeaux qu’on trouvera des solutions au désert économique de Bergerac ? Cette conférence permettrait également de mettre sur pied la collaboration entre les CAF chargées de distribuer le RSA et Pôle Emploi. Les départements ne peuvent pas être une CAF géante.

Qui peut croire que c’est à Bordeaux qu’on trouvera des solutions au désert économique de Bergerac ?

Que faites-vous de la gestion des transports régionaux de voyageurs comme les TER, que les départements seraient bien en peine de gérer ?

J’estime en effet que les infrastructures de transport et la gestion des pôles universitaires ne doivent pas redescendre et seront également gérées par la conférence des régions. Ce schéma organisationnel est la garantie que nous éviterons les nouvelles féodalités régionales.

Il faut se battre pour ne pas laisser crever nos territoires. Si nous continuons à accepter cette réforme territoriale, nous aurons dans cinq ans des déserts territoriaux et des villes brisées.

Partagez-vous le même diagnostic sur les intercommunalités ?

Parfaitement. Il est temps, là encore, de mettre fin aux baronnies intercommunales. La France des terroirs est en train de crever et c’est en partie la faute des intercos. Il faut mettre fin à la politique scandaleuse des mariages forcés. Le rôle de l’Etat doit être celui d’un stratège, pas celui d’un préfet qui se mêle de la proximité. Il faut laisser vivre les petites communes et arrêter la dictature des directions départementales des territoires. Il ne doit exister aujourd’hui qu’une seule politique d’aménagement du territoire, celle décidée par l’Etat.

La France des terroirs est en train de crever et c’est en partie la faute des intercos.

Vous proposez de mettre fin à la pratique opaque de la réserve parlementaire pour la redistribuer intégralement aux petites communes. N’est-on pas dans un outil gadget quand on sait que cela représente 150 millions d’euros pour l’Assemblée nationale et le Sénat ?

La réserve parlementaire est une survivance de l’ancien Régime. Nous parlons peut-être de « petites » sommes, mais pour les communes rurales, il s’agirait déjà d’une énorme avancée en termes de dotations. Il faut sauver la colonne vertébrale de la France. Et puis, ce serait l’occasion de mettre fin à l’attribution de ces sommes à la tête du client et suivant la notoriété du député ou du sénateur.

Que proposez-vous concernant la baisse des dotations ?

Je propose de maintenir leur montant actuel pendant les cinq années de la mandature. Toutes les économies permises par les transferts des compétences régionales vers les départements iront pour moitié à ces derniers, pour moitié aux communes.

J’aimerais que ceux qui nous promettent de baisser les dotations de 20 milliards d’euros m’expliquent comment ils vont s’y prendre alors que les dotations totales correspondant à 17 milliards. (NDLR : François Fillon proposait ce montant avant de rétropédaler devant l’AMF mercredi 23 mars. Il évoque désormais le chiffrage de 7,5 milliards sur 5 ans). Dans quelles dépenses essentielles veulent-ils couper ? Ils se gardent bien de le dire aux électeurs aujourd’hui.

Vous souhaitez mettre en place une journée de bénévolat par semaine pour les allocataires du RSA. La décision du conseil départemental du Bas-Rhin de rendre obligatoire 7 heures de bénévolat par semaine a pourtant été jugée illégale. En quoi jugez-vous cette réforme essentielle ?

J’estime tout d’abord qu’il est du devoir de la société française de proposer une activité aux personnes qui touchent le RSA. On a peu idée du sentiment de solitude et d’enfermement que peut engendrer l’absence d’activité professionnelle. Nous devons donc redonner confiance en eux aux allocataires. Cette journée de bénévolat y participera.

Il est du devoir de la société française de proposer une activité aux personnes qui touchent le RSA.

Beaucoup d’associations estiment qu’elles ne seraient pas en mesure de faire face à un afflux de bénévoles qu’il faudrait en toute logique former. Que leur répondez-vous ?

Nous trouverons assez de tâches pour les bénévoles. Il n’y a pas de petit métier et je suis convaincu qu’en mairie, comme dans les hôpitaux par exemple, nous trouverons des postes qui ont besoin d’être renforcés. L’idée n’est évidemment pas de remplacer des professionnels par des bénévoles, mais plutôt de renforcer certaines fonctions.

Vous proposez de repenser le statut d’élu. Pourquoi ?

Le territoire repose sur le dévouement des élus qui en sont bien mal remerciés. Aujourd’hui, trop d’anciens conseillers municipaux et de maire-adjoints sont contraints de cacher leur investissement politique pour trouver du travail. Je propose donc d’allouer à tous les élus qui le désirent une vraie formation après leur mandat et une garantie de retour à l’emploi.

Etes-vous pour la suppression du statut du fonctionnaire ?

Il faut exploiter toutes les souplesses du statut mais il ne faut pas rouvrir la guerre entre les anti et les pro-fonctionnaires. Il faut rétablir le jour de carence au nom du principe d’égalité avec les salariés du privé. Par ailleurs, sur la base du volontariat, je propose aux collectivités de mettre en place un treizième mois pour les agents qui ne sont jamais absents.

J’ai mis en place un treizième mois basé sur ce principe dans ma commune de Yerres (Essonne) et cela fonctionne très bien.

Il faut rétablir le jour de carence des fonctionnaires au nom du principe d’égalité avec les salariés du privé.

Faut-il revaloriser le point d’indice dans la fonction publique ?

L’Etat a avancé masqué ces dernières années en gelant le point d’indice. Cette politique de rigueur déguisée n’est pas acceptable. Quant à la proposition d’Emmanuel Macron de faire évoluer différemment le point d’indice suivant la fonction publique, c’est une pratique managériale proche de la gestion à la tête du client.

Je propose donc l’égalité pour les trois fonctions publiques et une revalorisation du point d’indice. Sauver nos territoires, nos terroirs, nos communes passent aussi par la reconnaissance des fonctionnaires territoriaux.

POUR ALLER PLUS LOIN