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DOSSIER : Réforme des retraites : quels effets pour les fonctionnaires
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/495026/les-retraites-du-secteur-public-sont-elles-plus-avantageuses-que-dans-le-secteur-prive/

FONCTION PUBLIQUE
Les retraites du secteur public sont-elles plus avantageuses que dans le secteur privé ?
Claire Boulland | A la une | A la une emploi | A la Une RH | Actu Emploi | Dossiers Emploi | France | Toute l'actu RH | Publié le 05/04/2017 | Mis à jour le 13/04/2017

Les idées reçues sont tenaces, comme celle qui voudrait que les retraites des fonctionnaires soient plus généreuses que celles des salariés du privé. Qu’en est-il réellement ? Une étude de l'Insee, publiée début mars, recadre le débat.

retraite (retrait, assurance)

Les comparaisons entre le régime de retraite du secteur privé et celui du secteur public sont souvent faussées par l’usage d’indicateurs trompeurs, comme les pensions moyennes. S’en suivent des controverses sans fin, qui ne permettent jamais de soumettre au débat des faits les plus objectifs possibles.

C’est justement le travail auquel se sont livrés deux chercheurs, qui viennent de publier une analyse [1] réalisée pour le compte de l’Insee, Patrick Aubert et Corentin Plouhinec.
Face aux différences fondamentales entre les deux systèmes, qui empêchent d’effectuer des comparaisons simples, ils ont mis au point une autre méthodologie, qui consiste à appliquer les règles de calcul du privé à trois carrières types de la fonction publique d’Etat :

  1. catégorie B avec un taux de prime de 20 % en fin de carrière,
  2. enseignant avec un faible taux de prime,
  3. cadre A+ avec un taux de prime de 35 % en fin de carrière (1) [2].

Deux architectures différentes

L’étude rappelle au préalable que les régimes du privé « sont construits en étages, avec juxtaposition d’un régime de base en annuités (le régime général), de régimes complémentaires en points (l’Arrco et l’Agirc), et éventuellement de régimes supplémentaires professionnels, dont les modalités peuvent être très variées ».

À l’inverse, les régimes de la fonction publique (CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux), qui fonctionnent eux aussi en annuités, sont des régimes « intégrés, c’est‑a‑dire qu’un régime unique joue le rôle des trois étages des régimes du privé à la fois ».

Points communs et divergences

Les auteurs de l’étude rappellent également que l’âge légal de départ à la retraite (62 ans pour les personnes nées en 1955) ou encore le calcul de la décote et de la surcote (2) [5] sont strictement identiques pour les agents publics et les salariés du privé.

Les différences concernent les paramètres du calcul de la pension. Entre autres :

Un salaire de référence plus favorable dans la FP ?

Pour les fonctionnaires, la pension s’élève à 75 % du traitement perçu pendant les six derniers mois alors que pour les salariés du privé, elle est de 50 % sur la moyenne des salaires perçus pendant les 25 meilleures années. Ce mode de calcul semble avantager largement les fonctionnaires. Ce n’est pas le cas dans les faits, démontre le document de l’Insee.

Ainsi, le taux de remplacement (qui rapporte la première pension à la dernière rémunération totale) est de 72,1 % pour les fonctionnaires et 73,8 % pour les salariés du privé (nés en 1946 ayant une carrière complète).

Pour quelle raison ? Le salaire de référence pour la retraite des fonctionnaires n’est calculé que sur la partie « principale » de leurs rémunérations. A savoir le traitement indiciaire de base. Le calcul ne tient pas compte de la partie « accessoire » (primes, indemnités liées à la résidence, à la mobilité ou aux heures supplémentaires, supplément familial de traitement etc.). Or, cette partie n’est accessoire que de nom, puisqu’elle représente en moyenne 20 % de la rémunération des fonctionnaires, et dans certains cas jusqu’à 35 %.

Qui serait favorisé par les règles du privé ?

En tenant compte de tous ces paramètres, pour la génération qui part à la retraite en 2017 (née en 1955), « l’application des règles du privé s’avérerait plus favorable pour le cas de l’agent de catégorie B, mais défavorable pour l’enseignant ainsi que, de façon plus marginale, pour le cadre A+ », soulève l’Insee. « Ces résultats varient toutefois selon les ‘règles du privé’ retenues, notamment selon le taux de cotisation que l’on considère à l’Arrco et à l’Agirc », comme le montre le tableau suivant :

Drees1 [8]

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Les auteurs de l’étude soulignent le fait que ce « diagnostic est susceptible [de changer] fortement à l’avenir […] selon les évolutions des déterminants propres à chaque jeu de règles [comme] la part des primes dans la rémunération totale en fin de carrière dans la fonction publique, et le rythme moyen de croissance des salaires dans le secteur privé ».

Augmentation de la pension avec l’âge plus forte dans la FP

Sur les trois profils étudiés par l’Insee, le « gain de retraite » lié à une prolongation d’activité apparaît, pour un assuré né en 1955, plus élevé avec les règles de la fonction publique qu’avec celles du privé. « Par exemple, pour un départ à 67 ans plutôt que 62 ans, le gain est, selon le cas type considéré, de + 26 à + 28 % dans le [secteur public],  contre + 17 à + 21 % dans [le secteur privé] », note le document.

Drees2 [10]

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Taux de cotisations : le secteur public au-dessus

Le rapprochement des régimes, depuis 2003, est souvent dénoncé par les fonctionnaires pour avoir sérieusement grevé leur rémunération, certains se plaignant même d’une baisse de leur rémunération nette en l’absence de revalorisation du point d’indice.

L’étude de l’Insee confirme cette impression.

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« En 2015, le taux est, par rapport à un salarié du privé non‑cadre, de 14 points plus élevé pour un fonctionnaire territorial ou hospitalier, et de 57 points plus élevé pour un fonctionnaire d’État civil ».

Les auteurs préviennent cependant qu’il s’agit là d’une « comparaison simple », « guère pertinente  puisque les assiettes de cotisation diffèrent et ne représentent qu’une partie de la rémunération globale ».

Ils se sont donc astreints à effectuer un calcul permettant de mieux comparer. Les résultats montrent que « les écarts de taux de cotisation apparaissent nettement atténués, quoi que toujours présents : en 2013, 15,5 % pour les salariés du privé, contre 23,5 % pour les fonctionnaires hospitaliers et territoriaux, 35,9 % pour les fonctionnaires d’État civils et 42,2 % pour les militaires.

Mobilité public-privé : quel impact ?

L’impact sur le montant de retraite des situations de polyaffiliation, c’est-à-dire d’affiliation successive au cours de la carrière à l’un puis à l’autre régime, « n’est pas univoque ». « Il peut s’avérer parfois positif et parfois négatif, par rapport à une situation de monoaffiliation, que celle‑ci soit avec les règles des régimes de salariés du public ou du privé », selon les auteurs de l’Insee.

S’il conduit « souvent » à un taux de remplacement plus bas que celui procuré en étant resté soit fonctionnaire, soit salarié du privé pendant toute sa carrière, dans certaines configurations, le changement de secteur conduit à un taux de remplacement plus élevé. C’est le cas d’un cadre fonctionnaire de catégorie A+ qui terminerait sa carrière par une dizaine d’années dans le secteur privé.

L’Insee observe qu’a contrario, le taux le plus bas est perçu lorsque la carrière commence par 25 années dans le secteur privé, avant d’entrer dans la fonction publique.

Drees3

Salaires des fonctionnaires : comparez, simulez, partagez !

REFERENCES


CHIFFRES CLES

A l'issue d'une carrière complète et monoaffiliée, montants de pensions par mois et en moyenne à fin 2014 :

  • 2 520 euros pour les anciens fonctionnaires d’État
  • 1 840 euros pour les anciens fonctionnaires territoriaux et hospitaliers
  • 1 770 euros par mois pour les anciens salariés du privé

"Les écarts s’expliquent en premier lieu par la qualification en moyenne plus élevée dans le secteur public. Ils ne peuvent donc en aucune manière être retenus tels quels pour juger d’une éventuelle 'générosité' plus grande des règles de retraite dans les régimes de la fonction publique", selon l'Insee.


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