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DOSSIER : Présidentielle 2017 : les enjeux-clés pour les collectivités territoriales
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/479427/jean-luc-bennahmias-laccueil-des-migrants-permettrait-de-repeupler-les-villages-francais/

PRIMAIRES DE GAUCHE
Jean-Luc Bennahmias : « l’accueil des migrants permettrait de repeupler les villages français »
Marie-Pierre Bourgeois | Dossiers d'actualité | France | Publié le 04/01/2017 | Mis à jour le 05/01/2017

La Gazette inaugure ses premiers grands entretiens des candidats à la primaire de gauche avec Jean-Luc Bennahmias. Longtemps députée européen, le conseiller communautaire de Marseille se veut "le candidat de la ruralité" des primaires organisées par le parti socialiste. Ancien proche de François Bayrou, le président du Front démocrate souhaite rester loyal à la réforme territoriale de François Hollande tout en faisant entendre sa différence.

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Faut-il revenir sur la carte des régions ?

Il faut cesser de remettre en cause toutes les décisions politiques à chaque alternance. La continuité est nécessaire dans la gestion du pays. Mais je ne suis pas convaincu que les régions aient été découpées de la meilleure des manières. La Région PACA en est un bon exemple puisqu’il aurait été judicieux de suivre les confluents du Rhône pour en délimiter le tracé plutôt que de maintenir le statu quo.

Etes-vous favorable à la disparition du département sur le territoire des métropoles ?

Les départements très ruraux doivent garder leur statut actuel. Mais ce n’est pas le cas pour d’autres départements très urbains dans lequels la métropole recouvre la très grande majorité du territoire. On peut se demander à quoi sert encore le département de la Drôme quand la communauté d’agglomération Valence-Romans recouvre plus des deux tiers du territoire.

Faut-il élire les intercommunalités au suffrage universel sans fléchage ?

L’intercommunalité a mis du temps à être acceptée. Si des historiettes ancestrales ont longtemps occupé les débats, les élus locaux ont finalement compris l’intérêt évident des habitants. Pour donner du sens à cette notion qui reste trop souvent méconnue, élire les exécutifs intercommunaux à l’occasion des élections municipales est une bonne option.

Quelles compétences de l’Etat doivent être décentralisées ?

L’Etat est aujourd’hui déjà fortement décentralisateur. Mais pour simplifier la vie administrative française qui reste éminemment compliquée, il faut cesser de complexifier la transcription des directives européennes dans le droit français. Bien souvent, les collectivités sont perdues à cause de la complexité grandissante de nos textes législatifs.

Poursuivrez-vous la baisse des dotations engagées par le gouvernement ?

Si l’économie se relance, il n’y a pas de raison de continuer à mettre sous pression les dotations aux collectivités. Si elle peine à repartir, il faudra évidemment les moduler en terme de critères comptables. En tant qu’élu local, j’aimerais toutefois rappeler qu’il est très compliqué de faire évoluer les budgets. A l’échelle d’une municipalité par exemple, il est difficile de faire bouger le curseur et atteindre une baisse de 1 % est déjà un effort considérable. Quand j’étais conseiller régional Ile-de-France, on m’a souvent demandé pourquoi nous ne baissions pas le budget de l’orchestre d’Ile-de-France (NDLR : la Région lui a versé une subvention de 8,350 millions en 2016). Je demandais à chaque fois qui la Région devait licencier, plutôt le premier violon ou le contrebassiste ? Il faut donc garder en tête que les budgets sont très restreints et qu’on ne peut pas les faire évoluer chaque année.

Faut-il revoir la fiscalité locale ?

La taxe foncière et la taxe d’habitation sont profondément injustes. Des quartiers bourgeois sont parfois devenus très populaires ces dernières décennies sans que la grille sur laquelle a été indexée le calcul n’évolue. A Marseille, je vois régulièrement des barrières de filtrage pour faire patienter les citoyens à l’entrée des trésors publics. Les gens n’en peuvent plus de payer une taxe d’habitation exorbitante qui ne correspond plus à leur lieu de vie.

Quelle est votre priorité en matière de service public rural ?

Il faut avant tout être pragmatique pour assurer l’accès aux services publics sur tout le territoire. A Saoû dans la Drôme, la Poste est fermée le samedi alors même que c’est le jour du marché. Par ailleurs, les municipalités doivent soutenir les petits commerces parce qu’ils sont bien souvent le point d’appui des services publics, notamment dans les cafés-relais. Il faut enfin mettre l’accent sur la présence de l’école dans les communes rurales. Une école primaire qui ferme représente la mort symbolique d’un village.

L’accueil de 10 000 migrants en famille permettraient de rouvrir des classes et de repeupler des centaines de villages en France, avec l’accord du conseil municipal.

Faut-il contraindre les médecins à s’installer dans des déserts ruraux ?

Je suis opposé à la contrainte. Je penche plutôt en faveur des maisons de santé qui sont une bonne façon d’attirer des praticiens qui ne veulent plus travailler seuls. Les collectivités doivent continuer à favoriser leur installation.

Souhaitez-vous une recentralisation du RSA ?

Je souhaite mettre fin au RSA.

Etes-vous partisan d’un revenu minimum universel ?

J’y suis extrêmement favorable. Il doit se situer entre 700 et 800 euros afin d’abonder les revenus des personnes. Il doit permettre à toute activité salariale et entrepreneuriale d’être viable, même quand elle rapporte très peu, comme c’est souvent le cas dans les exploitations agricoles. C’est une réforme qui doit s’étaler sur deux mandats pour en permettre la mise en place progressive. Quant à la question de son financement, il ne faut pas oublier que les citoyens dépenseront cet argent et ne l’épargneront pas. La somme investie par l’Etat reviendra donc dans l’économie réelle. C’est une approche keynésianiste basique qui a déjà fait ses preuves et qui permettra la mise en place d’un cercle vertueux profitable à toute la société.

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