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FONCTION PUBLIQUE
Handicap : « C’est la seconde fois que l’on veut puiser dans notre caisse ! »
Agnès Morel | France | Toute l'actu RH | Publié le 09/09/2016 | Mis à jour le 12/09/2016

La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé fin août que 30 millions d’euros seraient alloués aux universités pour financer leur sécurité face aux risques d’attentats. Problème : ces fonds seront prélevés sur la trésorerie du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique. Une très « mauvaise surprise de rentrée » pour le président du FIPHFP.

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André Montané est le président du Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP)

Quand avez-vous été averti ?

Nous n’avons jamais été informés officiellement, ni Marc Desjardins le directeur, ni moi-même. Nous l’avons appris par la presse : c’est la mauvaise surprise de la rentrée ! Dans le contexte actuel, je comprends bien sûr les préoccupations concernant la sécurité, mais cela n’a aucun rapport avec le FIPHFP. J’ai du mal à y croire…

Etiez-vous en discussion avec le ministère à ce sujet ?

Cela fait 7 ou 8 ans que les universités ont négocié une dérogation et ne versaient qu’un tiers de leur contribution – je n’aime pas trop le terme  » amende  » – quand elles n’employaient pas 6% d’agents handicapés. Or, nous avons reçu, fin 2015, une notification du Premier ministre, un « bleu », nous indiquant l’arrêt de cette exonération : depuis le 1er janvier 2016, elles devaient enfin nous verser 100% de leur contribution, soit 45 millions d’euros. C’est le seul document que le FIPHFP ait reçu…

La ministre laisse entendre que vous aviez 400 millions de réserve. Finalement, en quoi ces 30 millions impactent votre trésorerie ?

Ce chiffre est faux, nous n’avons pas de « trésor de guerre » ! En fin d’année, le FIPHFP aura non pas 400 millions mais 141 millions de côté. Bien sûr, si la rumeur était fondée (vous remarquerez que j’emploie le conditionnel), le ministère ne puiserait pas dans nos comptes, mais c’est comme si le document ministériel que nous avions reçu n’existait pas. Un manque à gagner imprévu qui impacterait notre budget et notre action : près d’un quart des recettes prévues pour 2016 ne rentreraient pas, ce qui nous empêcherait d’accompagner toutes les conventions que nous avons signées.

Craignez vous que cela menace l’existence du FIPHFP ?

Cela fragiliserait bien sûr notre situation financière. Comme il y a de plus en plus de personnes handicapées en emploi, par ricochet, les contributions financières sont moins importantes. Un effet de ciseau qui impacte notre résultat annuel, créant ainsi un delta, en 2015, de 34 millions d’euros entre nos recettes et nos dépenses, et qui diminue, à terme, nos réserves, dans lesquelles nous grignotons. Si nous ne repensons pas notre fonctionnement, et notamment le calcul des contributions en les indexant par exemple sur la masse salariale, le FIPHFP n’a devant lui que trois ou quatre ans d’avenir assuré.

Cela ne risque pas également de donner un mauvais exemple aux autres contributeurs du Fonds ?

Excepté les universités, ainsi que toute l’Education nationale qui bénéficie, elle, d’une exonération totale, nous n’avons aucun problème. En comparaison, la fonction publique territoriale est exemplaire ! Non seulement elle va au delà du taux obligatoire et atteint un taux d’emploi de 6,22%, mais elle continue à embaucher des personnes supplémentaires. Et tous les contributeurs, comme les centres de gestion , nous versent leur contribution sans problème.

Qu’allez-vous faire ?

C’est tellement surprenant, je ne sais pas encore… C’est la seconde fois qu’on veut puiser dans notre caisse : le gouvernement nous a déjà ponctionné 90 millions, sur trois ans, pour financer les emplois aidés. Si cela continue, cela met bien sûr en péril l’existence du FIPHFP et à terme, l’emploi des personnes handicapées dans la fonction publique !

 

 

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