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TRANSPORT
Guéret et Montluçon privées de Cars Macron cet hiver !
Emilie Denètre | A la une | Actualité Club Techni.Cités | Régions | Publié le 09/09/2016 | Mis à jour le 26/09/2016

Le couperet est tombé en début de semaine. La société aux cars verts, Flixbus, qui desservait la ligne Lyon-Bordeaux, a décidé de ne plus marquer l'arrêt à Guéret et à Montluçon cet hiver. Un choix qui représente une mauvaise nouvelle pour les Creusois adeptes du bus, et qui interroge aussi sur la finalité des « cars Macron » en tant qu'alternative aux TER.

flixbus

C’est avec un brin d’ironie – « Les ‘Bus Macron’ en Creuse, c’est déjà fini ! [1] » – que France Bleu Creuse a annoncé à ses auditeurs, lundi 5 septembre, que les arrêts de Guéret et de Montluçon ne seraient plus desservis cet hiver par la société de transport Flixbus… faute de voyageurs en nombre suffisant !

L’entreprise, qui exploite une flotte de cars verts assez reconnaissables, est l’une des figures emblématiques de ce que l’on appelle aujourd’hui les « Cars Macron ». Bercy, placé sous l’autorité d’Emmanuel Macron, avait en effet décidé de libéraliser ce marché des autocars l’été dernier.

A l’époque, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique avait – entre autres – vanté la possibilité que représentaient ces bus d’apporter un « complément » aux Trains express régionaux, mais aussi les créations d’emplois qui découleraient de cette libéralisation. Une année après, le bilan semble mitigé sur ces deux points.

Question de modèle économique

En juillet, Pierre Cardo, le patron de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), était interrogé par La Gazette [2] sur la concurrence que peuvent représenter ces autocars pour les TER, notamment sur les 100 derniers kilomètres du parcours.

Le « gendarme du rail » étant en effet chargé depuis octobre 2015 de gérer les conflits qui peuvent naître avec les AOT [3] (départements, régions, syndicats mixtes, Etat) sur certains tronçons jugés trop concurrentiels, et d’examiner les recours d’interdiction formulés par les régions concernées.

Les régions s’inquiètent de l’arrivée de ces autocars et leur position est compréhensible. Mais la concurrence de cette nouvelle offre n’est pas prouvée pour l’instant. Un autocar n’a pas la capacité d’un train et les fréquences sont bien moins élevées. Les horaires ne sont pas fixes : les autocaristes déclarent des plages horaires de deux à trois heures. De fait, ils transportent surtout des passagers occasionnels. L’autocar peut être un complément, car le train ne peut pas aller partout et laisse certains usagers de côté – populations peu mobiles ou en difficulté financière. (Pierre Cardo)

Sur son site la radio France Bleu Creuse tacle vertement cette idée de complément ou d’alternative.

« Parfois présentés comme une alternative aux ligne de train Intercités, les « bus Macron » démontrent avec cet exemple qu’ils répondent à des impératifs bien différents du service public… » peut-on ainsi lire sur le site Web.

Pour le patron de Flixbus, le problème est que ces deux villes sont « trop petites » et « trop en dehors des axes routiers principaux » pour assurer un nombre suffisant de voyageurs pendant la saison basse.

Je m’engage au nom de Flixbus à rouvrir la ligne au printemps prochain. On recule pour mieux sauter mais on a quand même un impératif de rentabilité, on n’est pas subventionné. Cette suspension, c’est une conséquence de notre modèle économique. (Pierre Gourdin, directeur de Flixbus sur France Bleu Creuse)

La ligne ouverte il y a 6 mois a en effet drainé près de 1500 voyageurs au départ de Guéret pendant la belle saison.

Encore peu d’emplois créés

Cette fermeture saisonnière des arrêts creusois permet par ailleurs de s’interroger sur le nombre d’emplois directs créés par ces « cars Macron ». Si le ministre en promettait plus de 20 000 [5]  lorsqu’il était auditionné par le Sénat au printemps 2015, les chiffres connus aujourd’hui tournent plutôt autour du millier d’emplois créés, selon les estimations de l’Arafer !

Dans un communiqué [6] diffusé en juin, le « gendarme du rail » évoquait :

250 équivalents temps plein supplémentaires créés de janvier à mars 2016, soit plus de 1 200 emplois créés depuis l’ouverture du marché, principalement des conducteurs.

De quoi relativiser le succès de ces « Cars Macron »… qui posent au demeurant de nombreux problèmes aux villes en terme de voiries et  de sécurité pour les voyageurs, qui sont souvent déposés sur des trottoirs non adaptés à la montée et la descente de bus.

Rouen a d’ailleurs réglé le problème en taxant les transporteurs privés, faisant des arrêts dans sa ville.