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POLITIQUE DE LA VILLE
«Traiter la ségrégation par le bas et par le haut » – Renaud Epstein
Delphine Gerbeau, Hugo Soutra | Actu expert santé social | Actu prévention sécurité | France | Publié le 27/06/2016

Le sociologue Renaud Epstein s’est souvent montré critique envers la rénovation urbaine, en ce qu’elle a conduit nombre de villes à se concentrer sur l’urbanisme des quartiers prioritaires plutôt que de s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux rencontrés par leurs habitants. Pour la Gazette, ce maître de conférences en sciences politiques à l'université de Nantes analyse d'un oeil à la fois critique et bienveillant le projet de loi Egalité et citoyenneté actuellement défendu par le gouvernement.

Bien que le projet de loi Egalité et citoyenneté – examiné depuis lundi 27 juin à l’Assemblée nationale – ne reprenne pas l’esprit de la réforme de la politique de la ville opérée au début du quinquennat, Renaud Epstein porte un regard plus positif sur son volet principal, consacré au logement. A l’entendre, les mesures qui y figurent formeraient un ensemble cohérent au regard de l’objectif de mixité sociale poursuivi. Entretien.

Ce texte marque-t-il une rupture dans l’approche de la politique du logement, notamment par rapport à la logique de l’Anru ?

Le pari du PNRU1 était de transformer l’urbanisme et le parc de logements des quartiers prioritaires pour disperser les ménages pauvres et attirer d’autres ménages qui l’étaient moins. Le projet de loi prend acte de l’échec de cette stratégie aménageuse centrée sur les seuls quartiers de la politique de la ville (QPV) : il traite à la fois de la construction et des attributions HLM, à l’échelle des agglomérations cette fois-ci.

En prévoyant l’attribution de 25% des logements sociaux hors QPV au quart des ménages les plus pauvres, il s’attaque aux causes de la ségrégation, qui trouve son origine dans les quartiers riches et non seulement aux conséquences visibles dans les quartiers pauvres.

Mais cette obligation risque de tuer la dynamique de construction : c’est parce que les maires maitrisaient, de fait, les attributions de logements sociaux qu’ils ont accepté de se conformer aux obligations de l’article 55 de la loi SRU. Continueront-ils à le faire s’ils doivent loger des populations qu’ils jugent indésirables dans leur commune ?

On peut aussi regretter que l’objectif de mixité sociale soit une nouvelle fois abordé à partir du seul parc HLM, en laissant de côté le parc privé et donc les problématiques liées au logement social de fait, au découpage pavillonnaire ou encore à l’habitat dégradé. Enfin, on ne peut qu’être préoccupé par les amendements votés en commission – contre l’avis du gouvernement – qui limitent ...

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