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LECTURE PUBLIQUE
Retour sur le congrès 2016 des bibliothécaires
Hélène Girard | France | Publié le 14/06/2016 | Mis à jour le 15/06/2016

Le congrès de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) réunie à Clermont-Ferrand du 9 au 11 juin 2016 a donné lieu à une radioscopie informelle et empirique de la profession et de ses difficultés. Avec, au passage, quelques annonces de l’Etat.

380 X 253  BM DE LYON CC  BY 20En trois jours, les bibliothécaires ont passé en revue une bonne partie des problématiques auxquelles ils sont confrontés et les sujets d’actualité qui se sont infiltrés dans leurs travaux. Avec les annonces du ministère de la Culture, de nouveaux débats se sont aussi ouverts, ou ont été relancés.

Mutations, recalibrages, fermetures…

La BDY (bibliothèque départementale des Yvelines) fermée depuis le 1er juin 2016 [1], deux sites du réseau des bibliothèques de Grenoble qui le seront bientôt [2], un projet de transformation de la BDP de la Réunion en EPIC, des postes requalifiés à la baisse, des départs à la retraite non compensés, des budgets d’acquisition comprimés, des organigrammes réorganisés sans concertation, des demandes d’horaires élargis sans moyens supplémentaires inscrits au budget communal… L’ombre des équipements en voie de mutation, de recalibrage, ou de fermeture, a plané sur le 69ème congrès de l’Association des bibliothécaires de France (ABF).

Recul de la gratuité

Le malaise peut aussi se manifester à propos du principe de gratuité, remis en cause des élus qui n’en mesurent pas tout le sens. Certains pensant « valoriser le travail des bibliothécaires » en faisant payer les services ou les activités des équipements de lecture publique.

Au dire des congressistes, le principe de la gratuité est en train de céder du terrain. Face à ce repli, « il nous faut reprendre notre bâton de pèlerin [8] », estime Anne Verneuil (1) [9], ex-présidente de l’ABF et directrice de la médiathèque d’Anzin (Nord).

Aide de l’Etat à l’extension des horaires d’ouverture

L’innovation passe aussi par des horaires d’ouverture en phase avec les modes de vie et les besoins des habitants. Sur ce point, le directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture, Nicolas Georges, a précisé les modalités de l’aide de l’Etat pour élargir ces plages horaires [10] via la dotation générale de décentralisation (DGD). Soutien sur cinq ans dont le montant sera fixé en fonction de la qualité du projet, notamment sur le plan méthodologique.

 

Soutien de l’Etat aux BDP

Beaucoup de BDPistes (2) [12] s’interrogent sur l’avenir de leur institution : parce qu’ils sont dans un département dont les réductions budgétaires compromettent le service qu’ils rendent aux communes, et/ou parce que la montée en puissance du fait métropolitain risque de rendre caduque leur intervention auprès des communes périurbaines. La récente absorption de la BDP des Yvelines [13] (BDY) par le pôle de développement culturel du conseil départemental a fait l’effet d’une douche froide. « Sans ambiguïté, l’Etat estime que les BDP ne doivent pas se retirer de leurs missions sur les territoires, assure Nicolas Georges, pour tenter de calmer les inquiétudes des congressistes. Le débat d’après-guerre sur la culture n’est pas terminé. Et nous, Etat, restons garants de l’équité territoriale. » Un horizon qui n’est pas encore atteint [14].   Et de rappeler que les BDP ne constituent pas un modèle périmé, comme l’a montré, en 2014, un rapport de l’Inspection générale des bibliothèques [15] (IGB), qui a conclu à l’actualité de l’utilité des BPD, mais sous d’autres formes.

Risque de « dérive » départementale

Toute la question est de savoir si le cas yvelinois va faire école. « Certains conseils départementaux ont l’idée de se retirer de leurs missions traditionnelles quand ils estiment que le maillage de leur territoire est suffisant. Pour nous, il s’agit d’une dérive »,  prévient Anne Verneuil. Et une situation qui constitue une rupture dans une relation de confiance  : « jusqu’à présent, note Xavier Galaup, les départements s’étaient bien emparés de la lecture publique. Ils y voyaient une compétence culturelle très concrète, qui leur plaisait et qu’ils ont adaptée à leurs territoires. Et il régnait un climat de confiance avec les professionnels. »

Interpellation de l’ADF

Pour le directeur du (3) [16], nous aimerions en profiter . On ne peut pas prendre des décisions aussi lourdes sans partage de la réflexion et sans concertation. » Et d’interpeller sans ambages l’Assemblée des départements de France (ADF) pour lui demander de « s’engager sur l’avenir des BDP ».

Revoici le débat sur une loi « bibliothèques »

Au grand étonnement de certains professionnels, le SLL a remis sur la table le débat l’idée d’une loi sur les bibliothèques. Sujet que d’aucuns croyaient clos depuis plusieurs années, sur la conclusion qu’il n’en était pas besoin. Le SLL souhaite revisiter le sujet pour le trancher, après l’avoir « documenté », explique Nicolas Georges. Pour ce faire, un travail de réflexion vient d’être lancé avec la directrice de recherches au CNRS Marie Cornu, spécialiste du droit de la culture (4) [17]. Une restitution publique de ce travail devrait avoir lieu au début de 2017. « S’il y a du grain à moudre, nous remettrons la question d’une loi sur les bibliothèques sur le bureau du ministre. S’il s’avère qu’il n’y en a pas, le débat sera clos », pronostique le directeur du SLL.

« Ce qui est intéressant, analyse Xavier Galaup, c’est de balayer tous les champs du droit qui s’appliquent aux bibliothèques : propriété littéraire, code du patrimoine, future loi CAP [19] , loi de 2005 sur le handicap [20] etc. Cela permettrait d’avoir une vision panoramique, qui serait utile car beaucoup de nos collègues se demandent souvent s’ils ont le droit de faire ou telle chose. »

Reste que les professionnels sont divisés sur le sujet. Si certains appellent de leurs vœux un cadre juridique qui consoliderait le rôle des bibliothèques, d’autres redoutent qu’il débouche sur une rigidité excessive des interventions. « L’ABF n’a pas arrêté de position sur cette question, précise Xavier Galaup. En attendant, les bibliothécaires pourront réfléchir au cas du Danemark, où chaque commune était tenue, par la loi, d’avoir une bibliothèque.

« Une telle obligation peut être un plus, mais cela ne préjuge pas de ce qu’on fait de la bibliothèque », relativise le président de l’ABF.

Engagement dans l’innovation

L’innovation, de tous ordres (technologique, sociale, territoriale, médiation…), thème du congrès, a été l’objet d’intenses brain-storming sur les services numériques, les nouveaux modes de médiation, et les activités inédites [23] qui prennent peu à peu leur place dans les équipements de lecture publique. Avec l’espoir d’y attirer plus d’habitants.

« Habituées à se remettre en question, les bibliothèques se sont engagées dans des démarches d’innovation que ce soit pour l’accès à l’information, la formation au numérique, l’accueil du public ou encore les services », a fait valoir Xavier Galaup, à l’ouverture du congrès.

Difficultés avec les élus

Aux problèmes budgétaires et organisationnels s’ajoutent, tant dans les BDP que les bibliothèques municipales, la complexité croissante des relations avec les élus, « plus impliqués, plus exigeants vis-à-vis des bibliothèques et de leur participation aux politiques globales de la collectivité et de leur impact sur le territoire, a expliqué à la Gazette Xavier Galaup, président de l’retrouver le sens du service public [27].

La censure, question qui reste à clarifier

L’ABF peine à mettre au jour les cas de censure caractérisée dans des bibliothèques, du fait d’élus trop présents dans le travail des bibliothécaires, ou trop réceptifs aux pressions de certains habitants. Tout au plus peut-elle constater que le nombre d’appels à l’aide que reçoit le comité d’éthique de l’association va croissant. Il s’agit de professionnels en conflit, ouvert ou larvé, avec des élus ou leur DGS : interventions dans la programmation culturelle ou les acquisitions,  harcèlement moral dans un contexte de pression budgétaire.

Pour l’ABF, la question est épineuse. L’association a pour habitude de ne pas s’exprimer publiquement sur des cas précis, estimant qu’il lui est difficile d’évaluer à distance tous les enjeux politiques locaux. En revanche, elle veut aider les professionnels en difficulté à tenir le bon discours sur la bibliothèque « une affaire publique », selon le titre de son manifeste [30] sur le sujet  publié en 2015, et les orienter vers les bons interlocuteurs lorsque le conflit tourne à l’affrontement.

Fermeture de la BDY : la Rue de Valois embarrassée

Rappeler au conseil départemental des Yvelines que les BDP sont placées sous le contrôle scientifique du ministère de la Culture ; envoyer un courrier signé de la ministre rappelant aux élus  les missions et obligations des BDP ; diligenter sur place une inspection générale… telles sont, en substance, les décisions que pourrait prendre le ministère de la Culture pour clarifier la situation dans ce département et s’assurer que la décision de fermer la BDP fait bien suite à une réflexion sur l’ingénierie culturelle. A ce stade, la DRAC a pris contact avec le conseil départemental. Une démarche qui n’est « pas facile pour le moment », a confié le directeur du SLL aux bibliothécaires.

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