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EXCLUSION SOCIALE
Les élus connaissent-ils « leurs » pauvres ?
Sophie Le Gall | France | Publié le 03/03/2016

Selon une récente étude de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes), la connaissance de la précarité demeure encore très parcellaire.

pauvretéEn enquêtant sur l’invisibilité sociale [1], l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) a mis en lumière un sujet connexe, celui de la connaissance insuffisante qu’ont les élus de la pauvreté en général. Fondée sur des entretiens et réalisée par l’Association de promotion des expérimentations sociales (Apex), cette étude met en lumière une perception tronquée des publics qui échappent aux dispositifs déployés par les politiques publiques et les initiatives locales.

Confusion

« Les élus appréhendent les personnes en situation de précarité par file de public – jeunes errants, migrants, etc. – et manquent d’une vision d’ensemble ainsi que de représentations collectives », précise Melaine Cervera, chercheur à l’Apex. Ils déclarent se fier à une connaissance intuitive de la précarité, acquise grâce aux remontées d’informations des associations ou lors de rencontres avec des personnes concernées, qui ne peut suffire à appréhender un phénomène aussi complexe. Car la pauvreté évolue, se cache, se nuance, par exemple entre « pauvreté monétaire » et « pauvreté ressentie ». Une confusion entretenue par l’absence de communication entre les différents canaux d’information, par exemple entre les fichiers d’une caisse d’allocations familiales et ceux d’un conseil départemental.

Ainsi, comme les dispositifs, les connaissances s’empilent mais ne s’enrichissent pas ! James Kuperminc, directeur d’études au bureau d’études Compas, fait régulièrement cette expérience : « Quand je présente à un élu les revenus réels de ses habitants, c’est toujours une surprise », les chiffres réels étant généralement plus bas que les estimations.

Les élus – « comme, d’ailleurs, l’ensemble de la population générale », tient à souligner James Kuperminc –, ont notamment beaucoup de mal à imaginer les revenus des classes moyennes en difficulté, parfois en danger de basculement dans la pauvreté. « Par conséquent, quand un élu décide de la tarification d’un service, il va penser aux personnes en situation de pauvreté, mais pas à ces classes moyennes qui auraient pourtant besoin, elles aussi, d’un coup de pouce », explique-t-il.

James Kuperminc souhaite que les processus de précarisation, en particulier dans les villes moyennes en perte d’activité, soient davantage connus et maîtrisés. « Même s’il sera toujours moins difficile de vivre avec de tout petits moyens à Alençon ou Dole qu’à Paris ou Bobigny. »

« Pas vendeur »

Naviguant parfois à l’aveugle, et pas forcément toujours dans la bonne direction, les élus n’en sont pas moins très actifs. « Ils sont preneurs d’informations et s’attaquent à bras-le-corps aux problématiques locales que nos études ont pu mettre à jour », assure James Kuperminc. « Les élus que nous avons interrogés ne sont pas des politiques hors-sol », confirme Melaine Cervera. Pourtant, ils ne se semblent guère encouragés à mouiller la chemise sur le front de la lutte contre la pauvreté. « Le problème », relève un des élus interrogés, « c’est que l’on ne construit pas sa carrière là-dessus. Ce n’est pas vendeur ».

L’invisibilité sociale, un concept en cours d’exploration

L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale a initié, en 2014, une série d’études visant à affiner la compréhension des processus générant l’invisibilité sociale, cet angle mort des politiques sociales. Outre des élus, des travailleurs sociaux ou des médias ont été interrogés sur leurs représentations, qui peuvent alimenter le phénomène ou au contraire le combattre.

L’Onpes a aussi tenu à cerner les problématiques de différents publics à la marge de la société, encore peu explorées, comme les travailleurs pauvres non salariés, les jeunes ruraux et les familles d’enfants placées. La synthèse de ces travaux se trouvera au cœur du prochain rapport annuel de l’Onpes, attendu pour le mois de mai.

REFERENCES


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