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FONCTION PUBLIQUE TERRITORIALE
Mercato des DG de région : le retour de la noblesse d’Etat
Jean-Baptiste Forray | A la une | A la une emploi | A la Une RH | Actu Emploi | France | Toute l'actu RH | Publié le 11/01/2016 | Mis à jour le 12/01/2016

Dans les collectivités locales conquises par l'opposition fin 2015, les grands commis de l'Etat se taillent la part du lion. L'Association des administrateurs territoriaux de France adresse une mise en garde aux présidents de région.

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Grand commis de l’Etat sous Nicolas Sarkozy, DGS de collectivités de droite sous François Hollande. Le phénomène a pris corps au printemps 2015 après l’alternance dans les départements. Les préfets Philippe Gustin et Gilles Lagarde ont, par exemple, pris la direction générale des services de l’Eure et de l’Indre-et-Loire. Au lendemain de la victoire, le 13 décembre, de la droite dans sept des treize régions métropolitaines, la tendance se confirme.

Le symbole Stefanini

Le nouveau patron des Pays de la Loire, Bruno Retailleau (LR), a été le plus rapide. Son choix s’est arrêté sur le DGS des Alpes-Maritimes. Le préfet Franck Robine fut chef de cabinet de François Fillon à Matignon.

En Ile-de-France, Valérie Pécresse (LR) a opté pour son directeur de campagne, l’ex-secrétaire général adjoint du RPR Patrick Stefanini. Ce conseiller d’Etat avait été nommé préfet d’Auvergne, puis d’Aquitaine sous la précédente mandature.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christian Estrosi (LR) a opéré un choix proche. Il a opté pour le préfet Paul Mourier, auparavant DGS de Haute-Savoie. Du côté de Rhône-Alpes / Auvergne, Laurent Wauquiez (LR) s’est attaché les services d’un magistrat de la Cour des Comptes. Guillaume Boudy a, par le passé, exercé les fonctions de DGA  au conseil général de Savoie. En Alsace / Lorraine / Champagne-Ardenne, Philippe Richert (LR) a pris comme directeur son DGS en Alsace, François Bouchard. Un polytechnicien issu du corps des Ponts-et-Chaussées.

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand (LR) a nommé un autre ingénieur des Ponts, le directeur général des services de la région Picardie, Denis Harlé.

La décentralisation en question

Maintenu en fonction dans le Centre / Val de Loire, le DGS Jean-Daniel Heckmann fait part de son scepticisme. Cet administrateur civil, depuis longtemps immergé dans les collectivités, juge l’afflux de commis de l’Etat « étonnant après trente ans de décentralisation et d’Inet ».

Selon le président de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF), Fabien Tastet, il est trop tôt pour émettre un jugement définitif. « Dans les départements, 45 DGS étaient des administrateurs territoriaux avant les élections. 45 le sont après », rappelle-t-il. Pour l’AATF, il existe bien quelques signes encourageants. Ancien DGS du calvados, le nouveau directeur général des services de la Normandie réunifiée, Frédéric Ollivier est un administrateur territorial. Il en est de même pour Simon Munsch. DGS en Pays de Loire, il a atterri au même poste en Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées.

Parmi les DGS des 22 anciennes régions, 40 % appartenaient au corps des administrateurs territoriaux. Tout porte à croire que ce taux va baisser au profit de la noblesse d’Etat.

En attendant, l’AATF rappelle les règles du jeu dans un courrier envoyé à tous les présidents de région. La décharge de fonction exige une communication à l’assemblée régionale, puis un délai de six mois : trois mois durant lesquels le DGS garde son poste, trois autres durant lesquels il demeure au sein de la collectivité. Et Fabien Tastet de mettre en garde : « Nous n’hésiterons pas à saisir les tribunaux administratifs. »

Certains DGS ont préféré prendre les devants. Celui du Nord-Pas-de-Calais, Yves Duruflé, a rejoint l’inspection générale de l’administration. Quant à son homologue de Rhône-Alpes, Philippe de Mester, il a retrouvé ses premières amours. A l’issue du conseil des ministres post-scrutin du 16 décembre, il a été nommé… préfet de la Somme.

Des parachutes dorés dans les sept super-régions ?

Sept DGS au lieu de seize : dans les nouvelles super-régions, le mercato s’annonce sportif. D’autant plus que la plupart de ces territoires connaissent une alternance politique. Au total, parmi les sept présidents des super-régions élus le 4 janvier, seuls trois étaient déjà en place avant le scrutin des 6 et 13 décembre. Aux termes de la loi NOTRe, le DGS de la région la plus peuplée devient DGS de l’ensemble fusionné. Ses collègues deviennent DG adjoints. S’il est mis fin à leurs fonctions, tous les fonctionnaires concernés bénéficient d’une garantie de rémunération pendant deux ans. Le DGS du Loiret, Jean-Charles Manrique, parle de « parachute doré ». « Il s’agit d’un dispositif équilibré qui permet d’assurer la continuité du service public », juge, a contrario, Fabien Tastet, président de l’Association des administrateurs territoriaux de France.

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