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AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Revaloriser les « campagnes périurbaines »
Delphine Gerbeau | Actualité Club Techni.Cités | France | Publié le 08/01/2016

L'urbaniste Frédéric Bonnet a remis le 7 janvier à la ministre du logement Sylvia Pinel son rapport sur l'aménagement des territoires ruraux et périurbains. Prendre en compte leurs richesses et spécificités, et valoriser leurs expériences c'est ce qui doit guider l'action pour revaloriser ces mal aimés.

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Missionné après le Comité interministériel aux ruralités du 13 mars 2015, l’urbaniste Frédéric Bonnet, grand prix de l’urbanisme 2014, a remis son rapport relatif à l’aménagement des territoires ruraux et périurbains à la ministre du logement le 7 janvier 2016. Après le rapport remis en septembre par le CGEDD [1] intitulé « Requalifier les campagnes urbaines », [2] et le colloque organisé par le ministère, le 12 novembre sur la France périurbaine, il s’agit d’une nouvelle somme d’analyses et de propositions pour revaloriser ce que certains désignent comme la « France moche ».

Plutôt que de calquer les modèles d’aménagement conçus pour la ville, l’urbaniste appelle à tenir compte des spécificités de ces espaces, et de leurs atouts, en matière de paysage, de qualité de vie, de ressources naturelles… pour concevoir de nouveaux modes de faire.

Pour caractériser ces territoires ruraux et périurbains, une série de points communs :

Le manque de moyens compensé par l’innovation

Dotées de moins de moyens financiers que les grandes métropoles, ces territoires, note le rapport, sont cependant caractérisés par "une proximité importante entre les citoyens et les élus,  un écart réduit entre expertise citoyenne et expertise externe, un certain pragmatisme stimulé par le manque de moyens – qui a précédé de bien des années les réductions budgétaires actuelles –, une capacité à l’innovation et à la mutualisation des ressources pour des modes d’aménagement plus sobres".

Ces zones, que l’auteur propose de rebaptiser "campagnes urbaines", comme  le CGEDD l’a aussi fait dans son rapport de septembre,  sont indispensables aux équilibres territoriaux :  elles représentent une complémentarités de ressources, complémentarités d’usages et de pratiques, complémentarités culturelles, avec les territoires urbains.

En ce qui concerne la méthode, le rapport recommande à l’Etat de favoriser l’expérimentation et les démarches de projet (dont l’interactivité et la transversalité sont très fécondes), les échanges entre acteurs locaux (aux niveaux régional et national), mais aussi l’accompagnement au plus près du terrain. Le rôle des CAUE [3], et des agences d’urbanisme, doit être réaffirmé et mis en valeur dans l’accompagnement des élus et des citoyens, et dans le débat inter-territorial.

Un projet de territoire tranversal porté politiquement

Le projet de territoire est désormais indispensable, au niveau de l’interco, mais aussi du bassin de vie, le Scot [4] pouvant être un outil adéquat. La transversalité des projets entre les services doit aussi être améliorée. "Plus encore que la maîtrise d’œuvre, les territoires ruraux et les campagnes urbaines manquent d’une maîtrise d’ouvrage constituée dans la durée, apte à assurer les continuités de projet et l’articulation entre planification et action. Ce déficit est d’abord politique. Les élus ne travaillent pas forcément ensemble, même s’ils ont depuis plusieurs années la charge commune de l’activité économique, du transport scolaire ou de l’assainissement et de la gestion des déchets. Cela crée des liens, mais ne fait pas projet", note le rapport.

Pour améliorer la qualité des documents d’urbanisme, il faut mieux travailler la phase de  projet, avec des équipes pluridisciplinaires, adaptées aux enjeux, par la plus grande disponibilité des élus, l’organisation d’atelier où ils sont réellement proactifs. Il s’agit aussi de mieux intégrer les espaces non bâtis dans les  projets de territoires – trames vertes et bleues, espaces agricoles, franges entre bâti et non bâti. En ce qui concerne les lotissements, Frédéric Bonnet propose de mettre au point un nouveau référentiel, avec une série de préconisations : mieux utiliser les orientations d’aménagement et de programmation dans les PLU, réinventer la voirie, diversifier les typologies de bâti, favoriser la mixité fonctionnelle [5]

Plusieurs mesures proposées ont déjà été concrétisées, comme la simplification des documents d’urbanisme, la mise en œuvre d’un plan de requalification des centres-bourgs, la création d’un lab périurbain, annoncée en novembre dernier.