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RÉGIONALES 2015
Vers une France des régions balkanisée
Jean-Baptiste Forray | A la une | France | Publié le 07/12/2015

Le premier tour des régionales marqué, le 6 décembre 2015, par la percée du FN, le revers inattendu de la droite et une relative résistance de la gauche apparait lourd de tensions et de divisions à venir entre collectivités territoriales.

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L’organisation bipolaire de la vie politique a vécu. Au-delà d’une abstention colossale (50,1 %), le premier tour du scrutin régional du 6 décembre confirme l’avènement du tripartisme. Comme aux européennes de mai 2014, le FN (28 %) devance les listes LR / UDI / MODEM (27 %) et PS / PRG (23,5 %).

Comme aux municipales de 2014 et aux départementales de 2015, les considérations nationales balaient tout sur leur passage. Principale victime collatérale : l’action publique de proximité.

Dépourvu de véritable assise locale, le FN se qualifie haut-la-main pour le second tour dans les 13 régions métropolitaines. Peu présente dans la vie régionale pour l’une, novice pour l’autre, Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen décrochent des scores faramineux, inespérés il y a encore trois ans.
Dès le premier tour, elles dépassent les 40 % des suffrages dans le Nord-Pas de Calais / Picardie (40,6 %) et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (40,5 %). L’écart avec leur concurrent LR, d’environ 15 points dans les deux cas, dit tout de la fracture, béante, entre les électeurs et la classe politique traditionnelle.

Tsunami national

Malgré le désistement des socialistes au second tour, Marine Le Pen et sa nièce se trouvent en ballotage favorable. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marion Maréchal-Le Pen peut même compter sur une mini-réserve de voix issue d’une autre liste d’extrême droite. Le leader (Ex-FN) de la Ligue du Sud Jacques Bompard a en effet obtenu 1,1 % des bulletins.

Le vice-président du Front national Florian Philippot (36,1 %) pourrait aussi l’emporter en Alsace / Lorraine / Champagne-Ardenne. Jean-Pierre Masseret (16,1 %), le président (PS) sortant de la Lorraine a déposé sa liste, le 7 décembre au soir, pour le second tour, comme la loi l’y autorise au-delà des 10 % de suffrages exprimés. Il souhaite, à tout prix, voir les socialistes présents dans la future assemblée régionale. La pression de la rue de Solferino n’y a rien fait.
La situation se complique donc sérieusement pour Philippe Richert (LR) qui a obtenu 25,8 % des voix, loin derrière le bras droit de Marine Le Pen.

En Bourgogne / Franche-Comté, le FN espère également rafler la mise. Le scrutin s’annonce particulièrement serré entre Sophie Montel (FN), François Sauvadet (UDI) et Marie-Guite Dufay (PS).

Conférences territoriales mort-nées ?

Pour le Front National, ce scrutin constitue d’ores et déjà un succès. Un sacré paradoxe pour un parti qui voulait, encore il y a peu, dévitaliser les régions [1]. Si le FN l’emportait dans certaines de ces collectivités, ce serait, à coup sûr, un séisme.

Pour la première fois, le Front National disposerait de véritables bastions. Les budgets de plusieurs milliards d’euros des régions Nord-Pas-de-Calais / Picardie ou Provence-Alpes-Côte d’Azur sont en effet sans commune mesure avec les moyens des mairies de Fréjus (Var), Hayange (Moselle) ou Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) gagnées en 2014.

Depuis la réforme territoriale, les régions disposent de prérogatives prééminentes en matière d’aménagement du territoire, mais aussi de développement économique avec, en particulier, le monopole des aides directes aux entreprises.
Difficile, par ces temps de disette budgétaire, de boucler un gros tour de table sans elles. Destinées à dégager des orientations communes entre les principales collectivités, les conférences territoriales de l’action publique risquent vite de relever de la gageure…

Guerre psychologique

Pour les Républicains et leurs alliés, c’est la douche froide. Alors que l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy rêvait d’un quasi-grand-chelem à la manière des socialistes en 2010 (21 régions métropolitaines sur 22), la droite ne transforme pas l’essai des départementales (Victoire dans 67 départements). Elle semble complètement assurée de l’emporter dans une seule région : les Pays-de-la-Loire. Le patron du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau y obtient un bon score (33,4 %).

Ailleurs, le total des voix de droite est inférieur au total des suffrages de gauche [2]. A ce stade, le sort privilégié de l’UDI dans le casting des régionales pose question. Aucune des têtes de liste du parti centriste (Hervé Morin en Normandie, François Sauvadet en Bourgogne et Philippe Vigier en Centre / Val de Loire) ne dépasse la barre des 30 %.

Mais là, comme un peu partout, la droite peut renverser la vapeur. Car les écarts se révèlent serrés. Et les reports de voix n’obéissent pas à une logique arithmétique. Particulièrement à gauche où, au-delà des accords techniques et autres fusions, le PS et les autres partis se regardent en chien de faïence depuis des mois. Dans ces conditions, l’issue du second tour apparaît incertaine dans la plupart des régions.

En Rhône-Alpes et en Ile-de-France, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse ont pris un petit avantage psychologique sur la gauche en arrivant en tête. Si les deux quadras s’imposent dans les deux régions les plus peuplées du pays, Nicolas Sarkozy limitera la casse avant la primaire des Républicains programmée les 20 et 27 novembre 2016.

Inoxydable Alain Rousset

Malgré des scores souvent historiquement bas, la gauche garde toutes ses chances. En Bretagne, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (PS) s’est abstenu de faire campagne au lendemain du carnage du 13 novembre. Mais il profite à plein de sa popularité glanée dans la guerre contre l’islamisme radical. Avec près de 35 % des voix au premier tour, il se trouve en ballotage très favorable.

Il en est de même pour Alain Rousset (PS), président de région depuis 1998. Candidat à la tête de l’Aquitaine / Limousin / Poitou-Charentes, il devance avec 30,4 % la protégée d’Alain Juppé, Virginie Calmels (27,2 %). Le total des voix de gauche (43,9 % contre 30,5 %) le met en position confortable.

Quoiqu’il advienne, ce chaud partisan des politiques de compétitivité quittera la présidence de l’Association des régions de France. Il l’a annoncé lors du congrès de l’ARF le 26 juin à Rouen. Contre toute attente, l’Association des régions de France ne basculera pas forcément à droite. Mais elle pourrait connaître de fortes turbulences avec l’arrivée de représentants du Front National…

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