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Les primes d’assiduité sont-elles vraiment efficaces ?
Sylvie Brouillet | Régions | Toute l'actu RH | Publié le 30/10/2015

Quelques communes du Languedoc-Roussillon, comme Florensac dans l’Hérault et Bompas dans les Pyrénées-Orientales, ont mis en place des primes de « présentéisme » depuis plusieurs années. Les bilans sont contrastés.

Bureau chaise vide [1]Prime « d’assiduité », de « présentéisme » ou simplement « complément d’indemnité ». Les mots se cherchent mais la volonté des élus reste la même : faire baisser le taux d’absentéisme du personnel en instaurant une prime dans le régime indemnitaire pour récompenser « la présence effective au travail ». À Florensac dans l’Hérault, « le taux d’absentéisme était de 18 % au départ, il y avait beaucoup d’absences du lundi, il fallait serrer la vis », se souvient Vincent Gaudy (PS), élu maire depuis 2008 dans cette commune de 5 000 habitants. « Nous étions au-delà de 15 % lorsque le maire a institué une prime en 2012, note Stéphanie Prats, directrice générale des services de la commune de Bompas (environ 7 100 habitants) dans les Pyrénées-Orientales. La CGT s’était alors opposée en comité technique paritaire au principe d’être payé pour venir travailler. »

Un taux d’absentéisme divisé par 5 à Florensac

La « prime annuelle de présentéisme » de 600 euros mise en place depuis 2012 à Florensac (cf. délibération [2]) porte des fruits durables, selon le maire. « Le taux d’absentéisme a plongé à 3,8%, trois fois moins que la moyenne. J’ai récupéré six équivalents temps plein. Je n’avais pas cinquante solutions, c’était ça ou piocher dans l’intérim, car la commune malgré plusieurs services en régie ne dispose que d’une quarantaine d’agents. »

Cela dit, avant la délibération adoptée à l’unanimité fixant le régime actuel en novembre 2011, le conseil avait voté mi-2009 la « proratisation des primes en fonction des arrêts maladie », puis modifié les modalités à plusieurs reprises. « La première prime n’avait rien donné, reconnaît Vincent Gaudy. C’était une mauvaise pioche. »

Depuis 2012, la bonification annuelle de 600 euros est « minorée d’un douzième pour un seul jour d’absence par mois ». Chaque mois sans absence crédite l’agent de 50 euros. Mais un seul jour d’absence (pour huit motifs, dont maladie, jour enfant malade et arrêt accident du travail) minore la prime de 50 euros. « La seule chose que j’ai laissé, c’est le droit de grève, commente Vincent Gaudy. La prime est versée en une fois, en janvier après Noël, pour plus d’impact. »  Sur 35 agents, 18 ont touché la prime en totalité en 2014. Le coût pour la commune s’élève « de 22 000 à 24 000 euros ».

L’exemple de Florensac suscite l’intérêt d’autres élus. « Je reçois de nombreux appels de communes en France », assure Vincent Gaudy. Mais selon lui, « la prime ne compte pas pour plus de 40 % dans l’adhésion au projet global. Le management, c’est un tout, une alchimie : ne pas taper sur les gens quand ça va mal, dire quand c’est bien, être à l’écoute… »

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Résultats décevants à Bompas, qui vote l’annualisation

À Bompas, le bilan s’avère moins positif. Depuis avril 2012, une prime de 40 euros était versée tous les mois mais « sautait » au premier jour d’absence. « Le taux d’absentéisme a baissé pendant six mois – les petits arrêts ont diminué – puis il est remonté, constate la directrice générale des services, notamment avec la suppression du jour de carence mis en place en 2012. Le taux est encore monté en 2014-2015, à 15 %. Dans la mensualisation, le compteur revenait à 0 tous les mois. Un agent pouvait toucher 400 euros de prime tout en étant absent 10 jours sur deux mois… »

Le conseil du 15 septembre a adopté l’annualisation à partir du 1er novembre (cf. délibération [4]). Sans changer le montant mais en durcissant les conditions d’attribution : la prime est totalement perdue en cas « d’éloignement du service » de plus de 5 jours dans l’année (à moitié perdue de 4 à 5 jours et maintenue de 0 à 3 jours). « Une grippe en janvier, une gastro un autre mois et c’est mort », lance Marie-Christine Chapiteau, représentante du personnel et déléguée FO.

La directrice générale des services argumente : « Après plus de trois ans, beaucoup voient la prime comme un ‘acquis’. Nous avons regardé autour de nous : les rares communes du secteur à avoir mis en place une prime l’ont annualisée, c’est le cas du Soler et Perpignan Méditerranée. » À Bompas, le « complément d’indemnité » (réservé aux agents de droit public et proratisé au temps de travail) représente un budget de 50 000 euros par an.
La modification passe mal parmi le personnel de 160 agents (y compris CCAS). Les deux syndicats, FO et FA-FPT, s’étaient opposés au changement en comité technique paritaire et 70 agents ont signé la pétition contre l’annualisation. Certains voulaient même s’exprimer – sans succès – durant le conseil municipal du 25 octobre. « Il y a beaucoup de travailleurs pauvres, insiste la représentante du personnel. Or, aucun agent ne touchera de prime d’ici novembre 2016 ! Nous avons écrit au maire pour revoir ces modalités, mais il n’y a pas de dialogue. »  Le groupement départemental FO des Services Publics soutient sa déléguée locale : « C’est la double peine, lance Serge Noell, secrétaire adjoint. Nous étudions le dossier avec nos avocats, notamment la prise en compte dans les jours d’absence du congé maternité, paternité et accident de service ». À suivre…

REFERENCES


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