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GRAND PARIS
Christian Blanc, la sortie de route d’un solitaire
Jean-Baptiste Forray | A la une | France | Publié le 05/07/2010

La démission, le 4 juillet 2010, du secrétaire d’Etat au développement de la région capitale, met fin à un parcours gouvernemental marqué par une ambivalence à l’égard des élus locaux.

Christian Blanc, secrétaire d'Etat à la région capitale [1]Avec la promulgation de la loi sur le grand Paris, ma mission est, pour l’essentiel, accomplie, confie ce 10 juin, Christian Blanc à La Gazette, en marge d’une réunion de directeurs généraux de communes et d’intercommunalités.

Le secrétaire d’Etat au développement de la région capitale espère alors, mener sa tâche jusqu’à la tenue, cet automne, du débat public autour de sa double boucle, super-métro automatique entre les principaux gisements de développement du Grand Paris.
Des difficultés avec l’administration fiscale conjuguées à une consommation de cigares sur fonds publics l’obligent, ce 4 juillet, à abréger son bail. De ses trois démissions – les deux premières ont eu lieu à la présidence de la RATP, en 1992, et à celle d’Air France, en 1997 -, celle-ci est, à coup sûr, la plus contrainte. La plus humiliante aussi : Christian Blanc déteste se voir imposer une décision.

Blackout médiatique
Dès son entrée au gouvernement, le 18 mars 2008, le père des pôles de compétitivité pose ses conditions : il entend en référer au seul Président de la République. Et surtout pas à la presse. Agenda officiel réduit à la portion congrue, aucune interview en bonne et due forme, propos généraux lors des rares sorties publiques… : le blackout, chez lui, est presque total.
Cette « stratégie du bunker » désole ses « amis » de l’UMP, les prétendants à la présidence de région en tête. Le secrétaire d’Etat n’en a cure. Si je devais me préoccuper de ces échéances électorales, je ne commencerais pas ma tâche, glisse-t-il début juillet 2008 à La Gazette. Cet agenda ne doit pas hypothéquer nos projets. Je m’inscris dans une perspective longue. Le rendez-vous de la région capitale est de ceux qui n’ont lieu que tous les trente ans.

Dans le secret de son bureau, l’édile du Chesnay (Yvelines) reçoit maires et présidents d’agglo à foison. A chaque fois, la règle est simple : Si vous divulguez le contenu de notre conversation, pas de nouveau rendez-vous. La méthode a ses vertus, dans un marigot francilien hanté par des antagonismes de toute nature (personnels, politiques, territoriaux…).

Etat contre région
Contrairement à une idée répandue, ses desseins ne manquent pas de soutiens. Parmi les partisans du président délégué du Nouveau Centre, figurent des élus de Seine-Saint-Denis, tels le maire (PS) de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain et le président de la communauté d’agglomération de Plaine Commune, Patrick Braouezec (ex-PCF).

Dans ces conditions, le refus de ce régionaliste convaincu de prendre langue avec son ancien camarade rocardien, Jean-Paul Huchon (patron PS de l’Ile-de-France) ne laisse pas de surprendre. Il finit par agacer en haut lieu.
Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2009, se fait le chantre du dialogue avec les collectivités et les architectes-urbanistes. Les rumeurs de départ vont bon train. L’ex-préfet de Seine-et-Marne met de l’eau dans son vin.
Lors du remaniement du 23 juin 2009, le voilà qui accepte d’être placé sous la tutelle directe du Premier ministre. Des discussions s’engagent autour du Schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF) voté par le conseil régional le 25 septembre 2008 mais jugé peu ambitieux en termes de croissance par le secrétaire d’Etat. Elles font long feu.

Ultimatum à Matignon
La construction du Grand 8 est, dans l’avant projet de loi de juillet 2009, confiée à la société du Grand Paris (SGP), majoritairement détenue par l’Etat et indépendante du Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) présidé par Jean-Paul Huchon. La nouvelle instance est dotée d’un droit de préemption dans un rayon d’1,5 kilomètre autour de chaque gare. Des communes entières perdent toute maîtrise de leur sol.

Effet garanti à la région. Jean-Paul Huchon vilipende ce machin ringard, haussmannien et recentralisateur. François Fillon s’inquiète. Fin septembre 2009, ses services retoquent le texte juste avant sa présentation en conseil des ministres. Des dispositions portent atteinte à l’économie générale du projet de loi au point de risquer de le rendre incohérent avec toute l’action que j’ai conduite depuis dix-huit mois, lui répond Christian Blanc dans une lettre rendue publique. Je vous demanderais de surseoir à la transmission au Conseil du document amendé par votre cabinet sous sa seule responsabilité, exige-t-il. Le ton est inédit dans les annales de la Vème République. La situation prend un tour ubuesque lorsque l’Elysée désavoue… Matignon.

Droit dans ses bottes
Au fil de l’examen du projet de loi devant le Parlement, les collectivités retrouvent un peu d’air. Le rayon de préemption est ramené à 400 mètres. Le dispositif des contrats de développement territorial entre l’Etat d’un côté, les collectivités et leurs groupements de l’autre, est renforcé. Arc Express, projet de rocade de transports en petite couronne, réapparait en fin de parcours.
Lors d’un déjeuner, ce 9 juin, avec Jean-Paul Huchon, réélu en mars 2010, et le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, Nicolas Sarkozy accepte de transmettre pour validation le SDRIF au Conseil d’Etat. A une condition : que le conseil régional s’engage à remettre immédiatement en révision ce schéma pour l’adapter aux conséquences de la loi sur le Grand Paris, prend soin de préciser Christian Blanc, le lendemain. Arc Express, c’est la deuxième division dans pas longtemps, renchérit-il, plus que jamais droit dans ses bottes.
L’homme, à l’évidence, est blessé : On m’a agoni. Je m’étais trompé d’époque. J’étais un grand patron perdu en politique, un préfet napoléonien. Mais savez-vous, dans le dictionnaire, quel exemple trouve-t-on à la définition du mot « dialogue » ? « Les accords de Matignon pour la Nouvelle-Calédonie négociés par Christian Blanc ».

Son discours devient inaudible. Seuls, les cigares font les gros titres. Sous la pression présidentielle, Christian Blanc s’en va. Le ministère de l’espace rural et de l’aménagement du territoire reprend ses attributions. Sous cette bannière, les campagnes profondes et l’hyper-urbain. Rien de plus naturel, en somme, pour le titulaire du poste, le patron du conseil général du Rhône, Michel Mercier.