Environnement

Les collectivités s’insurgent contre une autorisation d’extraction de sable marin

Par • Club : Club Techni.Cités

Flickr by CC Eelco Cramer

L’Etat vient d’autoriser l’extraction de sable au large de la baie de Lannion, en Bretagne. Les élus locaux sont furieux, Lannion Trégor Agglomération prépare un recours en justice.

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Mercredi 16 septembre est paru au Journal officiel le décret ministériel autorisant l’extraction, par la Compagnie armoricaine de navigation, (CAN, filiale du groupe Roullier), de sable coquillier d’une dune sous-marine au large de Lannion. Un projet qui suscite, depuis 2010, l’hostilité des élus locaux, qu’ils soient de gauche ou de droite, et une hostilité qui dépasse les alternances électorales consécutives aux élections municipales et départementales.

Que dit le décret signé par Emmanuel Macron ? Il accorde une concession de 15 ans pour une extraction maximale de sable de 250 000 m3 par an, dans une une zone de 4 km2,  à 7km du littoral, à condition que soit respecté un cahier des charges dont les orientations figurent en annexe du décret.

Que dit cette annexe ? Elle fixe les conditions dans lesquelles sera pris l’arrêté préfectoral permettant l’exploitation de la concession. Conformément aux engagements d’Emmanuel Macron qui s’est rendu sur place en juin 2015, cet arrêté sera annuel et non quinquennal, comme habituellement. Si le volume d’extraction maximal est fixé à 250 000 m3 par an, il devra croître progressivement (50 000 m3, la première année, 100 000 m3 la seconde année, 150 000 m3 les trois années suivantes). L’annexe au décret prévoit aussi une étude environnementale sous le contrôle d’une autorité scientifique indépendante et un compte rendu de l’entreprise, chaque année devant une commission de suivi, d’information et de concertation.

Respecter les engagements pris

« Le cahier des charges ne correspond pas aux engagements pris, a réagi, dans Le Télégramme, Corinne Erhel, députée (PS) de Lannion. Le ministre s’est engagé devant moi à le compléter et à apporter des précisions. »
Fin janvier, à Lannion, la députée avait manifesté son opposition avec les élus locaux, le collectif Peuple des dunes et 5000 personnes.

Non au projet d’ extraction de sable en Baie de Lannion-Cote de Granit Rose, plus de 6000 personnes mobilisées bravo! pic.twitter.com/nWNLgK9n0S

— Corinne Erhel (@c_erhel_deputee) 24 Janvier 2015

« Je ne suis pas opposée à l’extraction de sable dans son principe, j’en comprends les enjeux. Mais je me suis fortement inquiète de la localisation choisie pour ce projet pour des raisons environnementales et une insuffisante prise en compte des conflits d’usage avec d’autres activités économiques ou de loisirs, »écrivait-elle en mai, après plusieurs réunions avec le cabinet du ministre.

L’agriculture ou la pêche et le tourisme ?

« Quand il y a une quasi unanimité des élus locaux et de la population contre un projet, il faut qu’au plus haut niveau de l’Etat on en tienne compte, estime Erven Léon, maire de Perros-Guirec et vice-président de Lannion Trégor Communauté et du conseil départemental des Côtes-d’Armor. On ne peut pas développer une activité économique aux dépends d’une autre. Or c’est ce qui arrivera, quoi qu’en dise la CAN. »

La dune sous-marine est une frayère pour les lançons, des petits poissons à la base de la chaîne halieutique. Les pêcheurs ont recensé 47 bateaux sur la zone concernée, soit 103 emplois directs et 413 emplois indirects. A terre, le sable coquillier sert d’amendement agricole.

« Depuis dix ans qu’on en parle, pourquoi n’y a-t-il pas eu de prospections au large ? questionne Erven Léon. Sur certaines plages, on constate un abaissement du niveau de sable : on n’a pas de certitude qu’il n’y aura pas de conséquences sur l’érosion littorale. Nous sommes sur un territoire qui a la fibre de la protection de l’environnement : la LPO est née ici en 1912 ! »

Lannion Trégor Agglomération ne souhaite pas communiquer et assure qu’une “procédure judiciaire va être engagée”.  En janvier 2015, l’assemblée communautaire avait pris une motion contre l’extraction de sable. Deux mois plus tard, elle avait voté une subvention de 10 000 euros au collectif Peuple des dunes Trégor qui combat le projet de la CAN.

Un précédent en 2009

En 2006, un collectif Peuple des dunes Erdeven (Morbihan) s’était créé contre un projet d’extraction de sable du cimentier Lafarge, entre les îles de Groix et Belle-Île. Peuple des dunes avait obtenu gain de cause en 2009 suite à l’avis défavorable du préfet maritime de l’Atlantique.

Références
Commentaires

1  |  réagir

21/09/2015 12h35 - Yann Vari

Voici un exemple de l’inpertinence de la centralisation de l’Etat français. Des décisions aussi importantes pour l’avenir des territoires sont pris pris dans des ministères à Paris par des gens qui ne connaissent ni l’économie ni l’environnement local!

A quand une véritable démocratie? C’est par la région que ce type de décisions devrait être pris!

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