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[Points de vue] Protection sociale

L’investissement social peut-il redessiner un projet de société ?

Publié le 26/05/2017 • Par Nathalie Levray • dans : A la Une santé social, Dossier Santé Social

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THANIT - Fotolia
Pour Julien Damon, l’investissement social permet d’affirmer que la dépense sociale a un rendement. Nathalie Morel estime que la protection sociale y acquiert une dimension plus préventive. Les deux chercheurs y voient la possibilité de choix stratégiques politiques.

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Quel intérêt présente une stratégie d’investissement social ?

Julien Damon : L’idée d’investissement social consiste à dire qu’à toute charge est rattaché un produit ! À un ensemble de cotisations est attaché un ensemble de prestations. C’est un raisonnement comptable basique qu’il est judicieux de rappeler pour aller à l’encontre de fausses représentations sur la protection sociale et ses coûts.

En effet, quand on entend parler à longueur de temps de la lourdeur des charges et quand on entend rituellement répéter « ce ne sont pas des charges, ce sont des cotisations », l’idée d’investissement social permet de remettre les pendules à l’heure.

Plus stratégiquement, élaborer et soutenir une stratégie d’investissement social c’est non seulement rappeler, en termes bassement comptables, qu’à toute charge est rattaché un produit, mais c’est surtout raisonner en termes économiques. Il y a un rendement de la dépense sociale.

Dépenser aujourd’hui c’est limiter des coûts demain. Au fond, raisonner et agir en termes d’investissement social, c’est souligner que la dépense sociale a une rentabilité.

Julien Damon, est professeur associé à Sciences Po et conseiller scientifique de l’École nationale supérieure de la Sécurité sociale (En3s). Il est le créateur de la société de conseil et d’étude Éclairs.

Nathalie Morel : Les transformations économiques, démographiques et sociologiques (transformation des formes familiales, participation accrue des femmes au marché du travail) de ces dernières décennies se sont traduites par l’émergence de nouveaux risques sociaux peu ou mal pris en charge par les systèmes de protection sociale mis en place dans la période d’après-guerre.

La stratégie d’investissement vise à répondre à ces nouveaux risques en modifiant leur logique d’action : à la fonction traditionnellement compensatrice doit s’ajouter une dimension plus préventive. Il ne s’agit pas d’intervenir seulement en aval, lorsque le risque est avéré, mais plutôt de prévenir en investissant dans le capital humain tout au long du cycle de vie et en offrant un accompagnement continu pour faciliter et sécuriser les transitions, tant dans les parcours biographiques que professionnels.

Dans un contexte de polarisation croissante des sociétés, en termes d’inégalités de revenus mais aussi en termes d’investissement dans le capital humain des enfants, cette stratégie permet en outre de réduire la transmission intergénérationnelle de ces inégalités, en donnant les mêmes chances à tous les enfants dès le plus jeune âge. Il s’agit ainsi de soutenir et « d’équiper » les individus, en investissant de façon précoce et continue dans l’éducation dès le plus jeune âge, dans la formation tout au long de la vie et dans la santé, de façon à renforcer les capacités de chacun dans une économie en constante mutation.

Nathalie Morel, est politiste, docteure en sociologie de l’université Paris I. Elle codirige l’axe « Politiques sociofiscales » au LIEPP et est membre élue du bureau du Réseau de l’Association française de sociologie : protection sociale, politiques sociales et solidarités (RT6).

Quelles sont ses limites ?

JD : Les stratégies et communications autour de l’investissement social présentent deux limites. La première relève de la méthode. Il faut savoir comment mesurer le rendement des dépenses sociales. Les banquiers et les services financiers savent calculer le ROI (return on investment).

Les experts et opérateurs des politiques sociales sont appelés à s’accorder afin de calculer, de façon robuste et de manière aussi simple que possible, le SROI (social return on investment). À cet effet, il faut de la méthodologie à la fois rigoureuse, pour être sérieuse et opposable, et lisible, pour ne pas verser dans l’économétrie incompréhensible. En un mot, il faut des outils.

La deuxième limite procède des choix à faire. Tout, dans les dépenses sociales, n’est pas investissement… Comme la rhétorique est à la mode, tout le monde se prévaut de l’expression. La difficulté est de bien centrer et choisir les dépenses qui s’inscrivent vraiment dans cette logique, les dépenses en faveur des enfants, celles en faveur de la prévention et de la formation.

À défaut, le terme « investissement social » sera donné à toute activité de manière à la consolider et la légitimer en lui donnant un lustre ripoliné.

NM : L’accent qui est mis sur le potentiel productif des politiques d’investissement social peut s’avérer à double tranchant : si cela représente un argument persuasif en faveur de l’intervention sociale, les gouvernements, soucieux de faire des économies, peuvent s’en servir pour couper dans les dépenses sociales « non productives » ou « passives » (indemnisation chômage, retraites…) au profit des dépenses « actives », quand bien même il existe une complémentarité institutionnelle importante entre les deux.

L’enjeu réside notamment dans l’identification des complémentarités institutionnelles tout au long du cycle de vie permettant un redéploiement efficace des politiques sociales.

Comment financer des politiques d’investissement social ?

JD : La question de la capacité à financer spécifiquement des politiques d’investissement social est secondaire derrière ce qui est essentiel : faire des choix sur des priorités et donc sur des instruments. De fait, faire de l’investissement social une véritable stratégie c’est faire des efforts après avoir fait des choix.

Par exemple, plutôt que de financer des allocations familiales (environ 15 milliards d’euros de dépenses pour une prestation dont on ne sait plus trop bien à quoi elle sert), il faudrait basculer, en tout ou partie, ce budget vers l’accueil de la petite enfance. Ça, c’est de l’investissement social. Très compliqué politiquement, mais à hauts retours en termes de rendement.

NM : Un des arguments centraux de la stratégie d’investissement social est le fait que loin d’être une dépense à perte qui grève l’économie, les budgets sociaux représentent un investissement dont on peut escompter des bénéfices à moyen et long terme : croissance économique et augmentation des taux d’emploi, viabilité des systèmes sociaux, fertilité plus soutenue, mais aussi réduction du coût de l’exclusion sociale et des inégalités.

Si la question du financement de ces politiques n’est pas sans importance, cette question du coût de l’investissement doit être évaluée au regard des bénéfices économiques et sociaux que l’on peut en attendre. La difficulté réside dans la capacité, du point de vue de l’analyse économique, à mesurer ces différents retours dans toutes ses dimensions.

La stratégie d’investissement social n’exclut-elle pas une réflexion sur un autre projet de société ?

JD : Pas du tout. Une stratégie d’investissement social impose de réfléchir à des orientations fondamentales. Il serait pompeux de dire que c’est en soi un choix de société. Mais il s’agit fondamentalement de choix stratégiques majeurs. J’entends la critique : « c’est un raisonnement trop économique ».

Peut-être, mais c’est d’abord un raisonnement rigoureux sur la dépense sociale, ses fondements et ses conséquences. Il ne commande pas la rigueur, au sens d’austérité, mais la rigueur au sens de la construction et de l’évaluation des politiques.

NM : Le risque est que le débat autour de cette stratégie ne se cantonne à une vision purement productiviste de l’intervention sociale, réduisant celle-ci à une stratégie d’accumulation de compétences et de conditions favorables à la productivité de la main-d’œuvre, laissant de côté la question des retombées sociales.

Un objectif plus ambitieux serait de s’interroger sur la façon dont cette stratégie peut contribuer à renouveler le projet de citoyenneté sociale et politique, en permettant à chacun d’accéder pleinement à une égalité de droits et d’opportunités.

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