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RÉFORME TERRITORIALE
La France à 13 régions mieux soudée du point de vue économique
Emmanuel Guillemain d'Echon | France | Publié le 18/05/2015 | Mis à jour le 21/05/2015

Selon une étude de France Stratégie, l'organe de prospective du gouvernement, le nouveau découpage favorise l’intégration économique des départements dans leur nouvelle région, et limite le nombre de ceux qui auraient tendance à aller voir ailleurs.

D’après l’étude de France stratégie [1] sur la « cohérence économique interne des régions » paru le mercredi 13 mai, les nouveaux ensembles qui rentreront en vigueur [2] au 1er janvier prochain seront plus soudés économiquement. Le nombre de départements métropolitains (hors Corse) subissant des « forces centrifuges » devrait également diminuer, selon l’organe de prospective du gouvernement : ils ne seraient plus que 16, contre 24 jusqu’ici, à subir des « forces centrifuges » – c’est-à-dire que leurs échanges économiques soit plus importants avec une autre région que la leur.

Ce renforcement « impliqu[e] des gains en matière de prise de décision et de mise en place des politiques efficaces de développement économique régional », estiment les auteurs de l’étude. Il eût été surprenant qu’un organisme placé sous la tutelle du Premier ministre arrive à une conclusion différente.

Les critères choisis(1) [3] pour mesurer la cohérence économique des nouvelles régions restent d’ailleurs limités : les « forces centrifuges » s’appliquent quand une part importante de la population d’un département travaille dans une autre région (ou que celui-ci attire des travailleurs d’ailleurs), ou bien que les actionnaires des entreprises locales résident ailleurs en France. Ce dernier critère porte seulement sur 4,2 millions d’emplois privés, soit un quart de l’emploi marchand (hors agriculture).

Mais l’étude n’en réserve pas moins des conclusions intéressantes. Parmi les régions « cohérentes », c’est-à-dire dont moins du quart des départements sont concernés par ces liens extérieurs forts avec d’autres régions, on retrouve certaines dont le périmètre n’a pas bougé, comme l’Île-de-France ou Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mais aussi le nouvel ensemble Rhône-Alpes-Auvergne.

De manière surprenante, la super-région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne est aussi jugée « parfaitement cohérente » –on se souvient des protestations véhémentes des élus alsaciens [4], qui rejettent la fusion. C’est notamment, explique l’étude, parce que sa création « fait disparaître les forces centrifuges qui traversaient plusieurs départements » : la Meuse (avec la Marne), les Vosges et la Moselle (avec les départements alsaciens). Toutefois, « les déplacements de travailleurs comme les liens financiers sont relativement limités au sein de la région », qui devient une force d’attraction pour l’Aisne (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et le Territoire de Belfort (Bourgogne-Franche-Comté) pour les liens d’actionnariat.

La plus grande des nouvelles régions, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, est aussi « cohérente » car peu sujette aux forces centrifuges, mais l’étude note toutefois « l’intensité particulièrement faible des déplacements de travailleurs entre départements ».

Des redécoupages inutiles ?

Il est intéressant de se pencher sur les régions dont l’évolution a fait polémique lors des débats parlementaires. Ainsi, si la Bretagne reste une région « parfaitement cohérente, aucun département ne subissant de force centrifuge et n’exerçant d’attirance forte sur aucun autre département », France Stratégie note qu’un rapprochement avec la région Pays-de-la-Loire aurait eu du sens, car « ces deux régions entretiennent entre elles des liens assez étroits, notamment en ce qui concerne les liens d’actionnariat » de leurs entreprises.

Les déplacements de travailleurs sont également importants entre l’Ille-et-Vilaine (Bretagne) et la Mayenne ou la Loire-Atlantique (Pays-de-la-Loire). Cependant, un redécoupage fusionnant la seule Loire-Atlantique avec la Bretagne, comme le réclament nombre d’élus bretons [5], aurait pour conséquence de rompre les liens forts entre ce département et ses voisins, notamment la Vendée et le Maine-et-Loire.

Il y aurait eu une logique dans l’éclatement de la Picardie, dont l’Aisne regarde vers la grande région de l’Est, et l’Oise vers l’Île-de-France. Son rapprochement avec le Nord-Pas-de-Calais, dont les échanges internes sont « nourris », mais beaucoup moins développés avec les départements picards, apparaît en outre peu justifié.

La région Centre-Val-de-Loire, restée inchangée malgré de nombreuses polémiques, est également qualifiée de « peu cohérente » : nombre d’habitants du Cher vont travailler de l’autre côté de la Loire, dans la Nièvre, tandis que ceux d’Eure-et-Loir se dirigent vers la région parisienne, et ceux d’Indre-et-Loire dans la Vienne.

Les auteurs de l’étude présentent eux-même un redécoupage théorique pour éviter l’isolement de certains départements isolés ou attirés par les régions périphériques, à la fois en termes de flux financiers et d’emploi. Ils proposent ainsi d’« affecter » le Gard à la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur ; c’est le seul département de la vallée du Rhône, très interdépendante sur le plan des flux de travailleurs, qui soit isolé, en périphérie de la nouvelle région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon.
L’Orne, relativement peu intégré à la Normandie, pourrait rejoindre la région Pays de la Loire ou, au contraire, la Sarthe intégrer la Normandie. Quant au Cantal, qui apparaît dans une position retranchée, il pourrait rejoindre soit la grande région pyrénéenne, soit le grand ensemble Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.

Mais le commissariat général met en garde contre de nouveaux redécoupages, qui sont d’ailleurs permis par la loi. « Tant que l’on maintient inchangé le nombre de régions, un tel processus n’aboutit pas : les réaffectations créant de nouvelles forces centrifuges à chaque étape », notent les auteurs. Un argument à peser dans la campagne des régionales, d’ores et déjà lancée [6], dans laquelle le sujet du « droit d’option » de certains départements [7] à quitter leur région pour en rejoindre une autre ne devrait pas manquer de ressurgir.

REFERENCES


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