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Réforme territoriale

La nouvelle idole des maires

Publié le 06/05/2015 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

Ulcéré contre les « bureaucrates hors-sol » et « les normes proliférantes », cet écrivain « citoyen » se pose en héraut de la République d’en bas. Son discours fait un tabac parmi les associations de maires. Son nom : Alexandre Jardin.

Haro sur les « conseils d’étateux fâchés avec le sens commun » ! Feu sur les « mini-Colbert qui regardent l’Etat comme leur fief propre » ! Au diable, les « 1 200 exceptions » au nouveau principe selon lequel le silence de l’administration vaut acceptation ! Au rebut, la réforme « uniforme » des rythmes scolaires qui refroidit des « enthousiasmes » pourtant « prêts à bondir » !

Les philippiques d’Alexandre Jardin ne pouvaient que séduire les collectifs de « maires en colère » qui fleurissent ces derniers mois. Cela tombe bien car, pour l’écrivain, le salut passe par « la République d’en bas ». Et, en particulier, par les maires, ces élus « à portée de baffes », ces « faizeux » qui ne supportent plus « les dizeux ». Un message reçu cinq sur cinq. Bleu-Blanc-Zèbre, le mouvement d’Alexandre Jardin, fait un malheur parmi les élus locaux ulcérés, comme lui, par « les bureaucrates hors-sol » et « les normes proliférantes ».

Lune de miel avec l’AMF

Lors d’un colloque organisé le 28 mai 2014, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’Association des maires de France (AMF), l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF), la Fédération des villes moyennes (FVM) ainsi que l’Association des maires ruraux de France (AMRF) ont signé son appel « Aux actes, citoyens ! » L’œcuménisme règne parmi les aficionados du mouvement. Au CESE, les premiers magistrats de Paris et Bordeaux, Anne Hidaldo (PS) et Alain Juppé (UMP), ont chanté ses louanges.

Alexandre Jardin le leur rend bien. Dans son essai « Laissez-nous faire », publié en avril 2015 aux éditions Robert Laffont, il ne cesse de se proclamer « mairophile ». Le leader de Bleu-Blanc-Zèbre évoque, notamment sa rencontre avec le président de l’AMF, François Baroin (UMP) : « Lorsque je lui propose de faire de l’Association des maires de France un outil de développement de Lire et faire lire (NDLR : le dispositif en faveur de la lecture d’Alexandre Jardin), il ouvre les bras. L’animal souriant a compris que recoudre une société décousue passe par les élus locaux et des programmes citoyens comme celui-ci, par leur massification rapide. »

Le zèbre aux entretiens territoriaux

Alexandre Jardin, qui dit consacrer 80 % de son temps à son mouvement, multiplie les rencontres de ce type. Le 16 avril 2015, il participe au salon des maires d’Ile-de-France. « Alexandre et moi sommes tous les deux dans la vie. Il faut faire exploser les partis qui ne sont plus que des machines à investiture », salue Stéphane Beaudet, le président de l’Association des maires d’Ile-de-France… encarté à l’UMP.

La liste des interventions d’Alexandre Jardin grossit à vue d’œil. Le 11 décembre 2014, il est aux entretiens territoriaux organisés par l’INET et le CNFPT. Un peu plus tôt, le 18 octobre 2014, il rejoint le congrès annuel de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) à Nohant (Indre). Une révélation. « Immense bonheur de surgir dans cette atmosphère de jacquerie, de raconter à ces courageux (Il faut tout de même être dingue pour être maire rural dans la France actuelle) ce que nous allons faire avec eux et pour eux », raconte Alexandre Jardin dans « Laissez-nous faire ».

Et l’auteur de parrainer « Lectures communes », dispositif destiné à asseoir la littérature en milieu rural. « On est sur la même longueur d’onde, se félicite Vanik Berberian, le président (MoDem) de l’AMRF. Nous sommes habitués à ne pas attendre grand-chose de l’Etat et des différentes infrastructures. »

Avec les maires ruraux au Grand Journal

Les maires ruraux et Bleu-Blanc-Zèbre communient dans un certain rejet des partis. « J’ai écrit à Cambadélis sur la réforme territoriale. Il m’a répondu cinq lignes d’une indigence totale. Quel mépris… », fulmine Vanik Berberian.

Le 17 avril 2015, Alexandre Jardin convie les maires ruraux au Grand Journal de Canal Plus. L’occasion pour le président de l’AMRF de pousser un coup de gueule contre le microcosme médiatique. « Je n’en peux plus des émissions comme C dans l’Air où tout le monde pense la même chose. Que ces gens-là arrêtent de nous regarder avec une longue vue et sortent de leur pré carré parisien ! », s’insurge Vanik Berberian, interrogé par La Gazette.

Sur le plateau du Grand Journal, le président de l’AMRF conclut son harangue par une Marseillaise, entonnée en compagnie de la brochette de maires présents et d’Alexandre Jardin. Les animateurs du Grand Journal embraient, à l’exception notable de Jean-Michel Apathie.

Les zèbres en colère – Le Grand Journal du 16/04

Objectif 2017 ?

L’auteur de « Fanfan » n’en a cure. Il possède la foi du charbonnier. Il parle d’un « mouvement qui est en train de devenir d’une puissance incroyable ». « On couvre l’ensemble du spectre des problèmes français », assure-t-il au Grand Journal.

L’idole des maires serait-il en passe de devenir un genre de gourou, qui aurait réponse à tout ? L’auteur s’en défend, s’abritant derrière son collectif.

Dans « Laissez-nous faire », Alexandre Jardin n’écarte, cependant, pas une candidature à l’élection présidentielle. Si les partis « se montrent un peu durs d’oreille », écrit-il, « nous commencerons par récolter les signatures de cinq cents maires furibards. Ca ne manque pas sur le marché. Certains nous l’ont déjà fait savoir… »

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Commentaires

La nouvelle idole des maires

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pov citoyen

07/05/2015 07h13

Que c’est beau cet élan patriotique ! Combien tous ces gens désintéressés sont admirables !
Mais dites moi, qui finance ces multiples associations d’élus? les maires? leurs collectivités? Vous et moi, cela est sûr. Est-il possible de savoir combien coutent les élus en France et quelle est la part de gens qui sont déjà payés par ailleurs?

Henri Tanson

07/05/2015 09h47

Le salut viendra d’en-bas puisqu’il ne semble vraiment pas pouvoir venir d’en-haut, tellement le système est sclérosé.
J’aimerais beaucoup que « l’en-bas » retrouve sa conscience de citoyen, que les maires recommencent à penser politique en représentants du peuple et qu’ils soient enfin des gens qui réfléchissent à la France et pas qu’à leurs administrés.
Les maires ruraux sont très souvent à-politiques parce qu’ils ne se positionnent pas vis-à-vis des problèmes politiques nationaux… Mais qui va le faire? Si ça marche si mal en haut c’est parce qu’en bas il y a cet abandon.
Ce n’est pas Alexandre Jardin qui va leur expliquer ce qui va si mal en France; mais peut-être ces Maires vont enfin comprendre qu’ils ont LE pouvoir…
Et que le changement passera par eux, pour peu qu’ils se mettent à faire de la vraie politique… Et qu’ils commencent à se battre pour changer les choses en France et non pas pour continuer à gérer la misère…
Par contre, je m’amuse à imaginer qu’Alexandre Jardin se mette à croire à une possible candidature à la présidentielle… Je lui suggère une bonne assurance-vie… :) Le système ne supportera jamais un trublion (Cf. Coluche).

EgotusumJohan

07/05/2015 10h55

Qui est-il pour prétendre qui est républicain et qui ne l’est pas ? Jeter l’opprobre sur 20.000.000 d’électeurs et se prétendre dans la voie républicaine n’est autre qu’une forme de fascisme . ..je ne voudrai pas être à votre place le jour ou le peuple se réveillera vraiment et viendra vous demander des comptes ! Tout ceci n’est qu’un cirque, et vous messieurs du « petit journal » vous en êtes les clowns tristes !
Johan Storm citoyen insulté avec des millions d’autres par des pseudos démocrates !

Martine Trévisic

08/05/2015 10h02

L’article permet de découvrir ce mouvement mais quelle neutralité ! quelle absence de mise en perspective et de questionnements ! Mis à part la remarque sur le fait que le politique qui souhaite dézinguer les partis est lui même encarté à l’UMP, je suis étonnée du peu de recul de l’auteur.
Vouloir à tout prix opposer les gens d’en bas à ceux d’en haut, ceux qui font et les élites m’écoeure dans le contexte actuel: la question du « vivre ensemble » est essentielle. Arrêtons de lutter les uns contre les autres, le redressement ne se fera pas par le rejet d’une catégorie de population, qui et quoi combat on ? pourquoi ces élus locaux ne cherchent ils pas à construire ensemble, avec les élites plutôt que lutter contre ? dans le contexte de crise aigüe, interminable, on a besoin de tous et de tout le monde : des gens qui réfléchissent, qui proposent, qui construisent, qui sont au cœur de l’action, qui ont les mains dans le cambouis.
De plus, l’élite ne forme pas un « bloc » : aujourd’hui, c’est un mot valise dans lequel on englobe les universitaires de tout poil (sociologues, géographes, économistes, etc), les élus qui siègent à Paris (assemblée, sénat), les administrations centrales de l’Etat alors qu’il n’y a pas d’unité et encore moins de pensée unique parmi tous ces gens. Et les élus locaux ne forment pas non plus une minorité unie dans l’adversité : tous les maires ne sont pas logés à la même enseigne et il y a loin entre le maire d’une petite ville de banlieue parisienne, celui d’une bourgade rurale, de montagne, en littoral ou ailleurs. Nier la diversité des situations c’est aussi nier la diversité des solutions, le fait que chacun peut apporter sa pierre à leur construction et que le dialogue est le seuil outil qui permet d’avancer. Le rejet n’a jamais rien résolu, il enkyste les situations mais ne fournit aucun résultat concret.
En tout cas, si je suis sûre d’une chose c’est que tant que ces messieurs se préoccupent d’alimenter une polémique stérile, rien ne se passe sauf peut-être l’alimentation de l’extrême droite et ce n’est probablement pas ce que ces gens veulent.

jielcey

08/05/2015 03h38

Le président de l’AMRF dit se passer de l’Etat : qui a fait les travaux dans les petites commune ? La DDE. Qui continue d’instruire les permis de construire : la DDT ! Qui fait le budget : le trésorier public ! Qui vient-on voir quand on ne s’en sort pas d’un projet mal ficelé ? Le sous-préfet ! etc, etc.Les petites communes se passeront de l’Etat (et encore° quand elles auront intégré un EPCI capable d’assurer toutes les compétences que la loi leur a confiées. C’est à dire quand elle n’écouteront plus les sornettes de l’AMRF !

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