[Opinion] Climat

Changement climatique et eau : assez parlé d’incertitudes, parlons concret

| Mis à jour le 30/07/2015
Par et , directeur général de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée et Corse • Club : Club Techni.Cités
Sources : COP 21 

Ma Gazette

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La conférence des parties au protocole de Kyoto va faire escale à Paris en décembre pour sa 21ème édition depuis 1997. C’est la 21ème fois qu’on nous promet de déboucher sur un grand accord contraignant à 196 pays pour sauver notre climat ! Gageons que cette fois-ci soit la bonne mais changeons surtout de route et venons-en aux actions pour que l’eau ne soit pas oubliée dans les débats.

Le changement climatique avance à marche forcée et il nous a déjà coûté plusieurs semaines de ski en moyenne montagne, fait avancer les vendanges d’un mois, fait baisser les débits des cours d’eau l’été et les scientifiques nous promettent -30% de débit dans le puissant Rhône l’été en 2050. On en sait bien trop pour ne pas agir.
Commençons donc par le commencement : prenons les mesures d’adaptation qui nous concernent et n’attendent que nous. C’est seulement alors que nous pourrons partir à la construction d’une pyramide d’engagements, avec les collectivités et les entreprises à la base, et, ultimement au sommet, le grand accord mondial tant désiré.

Parler d’adaptation était tabou jusqu’ici parce que cela vous classait immédiatement parmi les nouveaux climato-sceptiques qui avaient abandonné le noble combat qui consistait à arrêter le climat à +2°C. Depuis, l’humanité a raté l’objectif et le Giec a sorti en mars 2014 son premier rapport entièrement dédié à l’adaptation. La voie est libre et la conférence de Paris pourrait bien marquer sur ce thème une de ses plus belles avancées.

40% du Sud-Est de la France en déficit d’eau

Nous en sommes à l’heure de lancer les premières actions concrètes dans nos territoires. Chacun pense à l’eau qui va manquer l’été tandis qu’un soleil de plomb aura desséché les sols. C’est assez exact mais c’est sans compter le facteur aggravant que sont les gaspillages monstrueux d’eau actuels. Ils ont réussi à mettre en déficit d’eau 40% du Sud-Est de la France. Les villes dans lesquelles un litre sur deux se perd avant d’arriver au robinet sont nombreuses ; l’agriculture française est en retard sur la conversion au goutte-à-goutte, une solution qui peut pourtant diviser par 10 la consommation d’eau par rapport aux irrigations traditionnelles qui ont toujours cours. Cela ne passera plus avec le changement climatique.

Des solutions simples à portée de main

Plus révolutionnaire, nous allons maintenant devoir retenir l’eau dans nos territoires. Nous avons passé des décennies à drainer nos sols, bétonner nos villes, raccourcir les cours d’eau et bloquer l’eau entre des digues bien étroites. Nous pouvons recreuser nos fossés en ville et les verdir, prévoir des mares temporaires, nous mettre aux « jardins de pluie » comme les Australiens, ou encore ouvrir des brèches dans des digues pour réalimenter des zones humides d’infiltration des eaux. Nos nappes seront notre meilleur frigo d’eau fraiche pour les futures canicules. Le plus intéressant c’est que ces solutions simples d’infiltration de l’eau vers les nappes peuvent aussi nous faire gagner de l’argent : à Montpellier la gestion des eaux de pluie sur une zone de 3 ha de l’opération campus a été mise en « 0-rejet » vers les égouts et elle s’est révélée 7 fois moins chère que le tout à l’égout traditionnel ! C’est pourtant cette mauvaise solution que nos logiciels mentaux préfèrent le plus souvent.

Les autorités locales se prennent en main : une première en France

Ces mesures sont au coeur d’un plan de bassin d’adaptation au changement climatique que les 7 grands responsables territoriaux du Sud-Est de la France, les 5 présidents de région, le préfet coordonnateur de bassin Rhône-Méditerranée et le président de comité de bassin viennent de signer ensemble. Ils ont même fixé une échéance, à 2030, pour remettre les réseaux d’eau potable en bon état et demandé aux communes de prévoir dans leurs plans locaux d’urbanisme de compenser toute nouvelle imperméabilisation par une infiltration d’eau supérieure vers la nappe (par des fossés typiquement). Face à l’urgence du climat, cette union des responsables est une première en France, une brique concrète à l’adaptation de notre pays.

C’est comme cela que nos territoires passeront le cap du changement climatique. Et ça marche, parce que c’est réaliste. Ces solutions mettent en avant les acteurs existants. Alain Juppé a lancé un vibrant « appel de Bordeaux » remarqué en janvier dernier qui promet un « rôle moteur des territoires pour la réussite de la conférence de Paris et l’importance de leur donner une place stratégique au titre de l’agenda des solutions » et demande qu’on soutienne « les mécanismes permettant de renforcer l’action locale et régionale, notamment dans les pays en développement, et les partenariats ».

Ces solutions réalistes ne demandent effectivement rien d’autre que d’utiliser les systèmes actuels de financement en les réorientant. L’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a financé ainsi en 2014 un niveau record d’économies d’eau de 70 millions de m3par an grâce à un appel à projet, soit la consommation d’une ville d’un million d’habitants.

Les gaspillages reculent là où l’action pousse.

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Commentaires

4  |  réagir

30/04/2015 03h46 - jipebe29

@phénix
Mettre du solaire au Sahara semble à priori une bonne idée. Mais les cellules seraient soumises aux poussières de sable, et il faudrait les nettoyer très régulièrement avec de grandes quantités d’eau, qui est une denrée plutôt rare dans un désert.

Donc, c’est peut-être un rêve, mais ce n’est pas une bonne idée

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30/04/2015 03h41 - jipebe29

Parlons concret? D’accord!
Il n’y a plus de réchauffement climatique depuis 18 ans déjà. Et il faut noter que, sur cette période, nous avons émis plus de 40% de toutes nos émissions de CO2 depuis le début de l’ère industrielle, et que les projections des modèles numériques se plantent lamentablement. Voir: http://dropcanvas.com/#f4915J5BMuS64O

Ce dogme du réchauffement climatique anthropique est une hystérie collective qui amène à prendre des décisions absurdes, au détriment du pouvoir d’achat des ménages et de la compétitivité de nos entreprises, donc au détriment des travailleurs. C’est du delirium carbonum dans toute son horreur.

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29/04/2015 11h50 - phénix

Bonjour,
Une superficie de 10Km2 de panneau solaire dans le désert du Sahara suffirait pour alimenter en électricité toute l’Europe occidentale.
Sommes-nous certain de bien regarder dans la bonne direction ?

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29/04/2015 10h26 - Jacques

L’adaptation est évidemment une démarche indispensable et elle semble naturelle.
Mais dans les actions menées pour cette adaptation nous ne pouvons ignorer et donc privilégier celles permettant également l’atténuation. Les efforts à faire (ou pas) seront grandissant si à terme nous n’avons pas de perspectives de limitation des émissions de gaz à effet de serre et d’augmentation de la température.
Les 2 démarches doivent être coordonnées et menées de front pour les rendre plus efficace à moyen et long terme.
Toutes les expérimentations existent, il manque une véritable volonté des citoyens pour permettre de les imposer à certains élus qui semblent ne pas croire à l’action à court terme pour des résultats à long terme.
Cette volonté devrait s’attacher à définir une méthode et des conditions pour la mise en oeuvre de ces expérimentations sur l’ensemble des territoires. Les expériences des uns profitant aux autres pour en démarrer de nouvelles. Un enchainement vertueux en quelque sorte.
Les décisions venues d’en haut n’ont pas donné de résultats sinon de confirmer des tendances. Est-ce la fin des conférences onusiennes ou une nouvelle manière d’organiser le Monde ?

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