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ECONOMIE
Fin de partie pour Entreprise Rhône-Alpes International
Françoise Sigot | Régions | Publié le 24/04/2015

Le bras armé de la région Rhône-Alpes pour l’accompagnement des entreprises à l’international est en redressement judiciaire.

En refusant, mi-mars, de voter la subvention de fonctionnement d’ERAI pour les 9 mois restant de 2015, les élus UDC (Union de la droite et du Centre) EELV (Europe Ecologie les Verts) et FN (Front National) au conseil régional Rhône-Alpes ont précipité la chute d’ERAI qui a été placée en redressement judiciaire le 14 avril. Un crash tout autant annoncé que redouté.

Fondée il y a 25 ans, l’association chargée d’accompagner les entreprises dans leur développement à l’étranger s’est ainsi trouvée amputée d’environ 6 millions d’euros soit 60% de son budget annuel, mais les premiers signes d’une gestion que beaucoup qualifient d’hasardeuse remontent bien avant ce printemps. Ainsi, en attendant que l’administrateur judiciaire calcule avec précision le passif, on parle de 5 voire 7 millions d’euros.

Et jusque-là, pas un des administrateurs de cette structure – qui compte à son conseil d’administration majoritairement des représentants du monde économique Rhônalpin – ne s’est beaucoup alerté de la dangereuse spirale. Du côté du conseil régional, son principal bailleur de fonds, lui non plus n’a guère été regardant sur les rallonges.

La rupture de 2008

Selon le cabinet Scorex chargé d’auditer les comptes de l’association, c’est la participation de Rhône-Alpes, faite sous l’égide d’ERAI, à l’Exposition Universelle de Shangai en 2008 qui aurait marqué le début de la dégringolade. Le montant de la facture – plus de 4 millions – s’est révélé plus lourd que prévu pour ERAI qui a du contracter un prêt pour honorer sa dette.

Dans le même temps, certains dénoncent une expansion peut être démesurée. « Ouvrir des bureaux dans certains pays, comme le Burkina, et d’autres, n’était surement pas indispensable à beaucoup d’entreprises de la région », glisse un chef d’entreprise. Autant d’initiatives qui plombent les comptes et mettent ERAI au bord du dépôt de bilan, qui sera évité de justesse il y a cinq ans grâce à une avance remboursable de la Région. Laquelle reprend aussi à son compte en 2013, l’emprunt contracté pour financer la participation à l’Exposition Universelle.

Pendant ce temps, la personnalité de Daniel Gouffé, patron d’ERAI, était de plus en plus décriée et les factures se multipliaient… De quoi interroger dans les couloirs du conseil Régional. Mais jusque-là, conscient du rôle primordial d’ERAI pour l’économie Rhônalpine, chacun choisissait d’apaiser les tensions en coulisse. L’approche du scrutin de décembre 2015 a changé la donne.

« Nous avons lancé une procédure d’alerte en juillet 2014 qui a déclenché une enquête de la chambre régionale des Comptes, en cours chez ERAI », rappelait Jean-Charles Kohlhass, co-président du groupe des élus verts, la veille du vote de la subvention de fonctionnement.

Ne pas laisser tomber les entreprises

Par-delà les clivages politiques – Jean-Jack Queyranne parlait le lendemain de sa mise en minorité lors du vote de la subvention de « coup de Trafalgar politique » – il reste désormais tout l’outil de la politique économique de la Région à l’international à reconstruire. Et 125 emplois à sauver.

« Nous ne laisserons pas les entreprises sans accompagnement à l’international », assure Jean-Louis Gagnaire, vice-président du conseil régional en charge de l’économie. Reste à savoir comment procéder.

Certains évoquent une alliance de la région avec des opérateurs publics ou privés spécialistes de l’international pour présenter un projet de reprise. D’autres estiment que la CCIR pourrait jouer un rôle. D’autres encore ne jurent que par les opérateurs privés.

La date limite de remise des offres de reprise a été fixée au 18 mai à 12 heures. D’ici là, les alliances ont le temps de se faire, et de se défaire.

CHIFFRES CLES

  • ERAI : association créée en 1987 par Alain Mérieux
  • Budget 2014 : 10 millions d'euros
  • 27 implantations dans le monde