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Données

« La question de la finalité du geste statistique doit être réintroduite »

Publié le 09/03/2015 • Par Sabine Blanc • dans : Dossiers d'actualité, France

Thomas Berns est maître de conférences en philosophie politique et en éthique à l'Université Libre de Bruxelles. Avec sa consoeur Antoinette Rouvroy, ils mènent un projet de recherche sur ce qu’ils ont baptisé “la gouvernementalité algorithmique”, “un nouveau régime général de production des normes s’appuyant sur le traitement automatisé et évolutif des quantités massives de données”. Entretien sur la mutation induite par cette nouvelle gouvernementalité.

Thomas Berns, maître de conférences en philosophie politique et en éthique à l'Université Libre de BruxellesExiste-t-il une différence entre la gouvernementalité algorithmique et la statistique ?

Si la gouvernementalité algorithmique produit une rupture, ce n’est pas en tant que telle, parce qu’elle serait automatisée et non plus le fruit d’une activité humaine, mais c’est dans la mesure où ce processus semble se passer d’hypothèse préalable et trouve sa force dans sa prétention à s’en passer. Les normes s’imposent en semblant émerger de ces données, de façon évolutive, alors que la statistique traditionnelle consistait à vérifier des hypothèses scientifiques, politiques, formulées en amont.

Autre rupture : cette approche semble dès lors faire l’impasse sur la question de la finalité. Le meilleurs moyen de mettre en difficulté cette gouvernementalité algorithmique est dès lors d’exiger sans cesse se savoir en vue de quoi on doit collecter et traiter des données. En refusant ainsi l’idée que les données produisent par elles-mêmes du gouvernement, que les données créent spontanément de la norme. Car cette absence apparente de finalité est essentielle à la gouvernementalité algorithmique : elle est ce qui semble garantir son objectivité. Son caractère spontané lui confère sa légitimité dès lors qu’il n’y a pas eu de décision.

Cet aspect “hors sol” est-il la conséquence du caractère en apparence insensible, intangible car dématérialisé, de la donnée ?

Effectivement, c’est ce que j’entendais quand je parlais d’une légitimité qui réside dans l’objectivité. Son but propre est de gouverner en ne pensant pas gouverner, mais ça ne veut pas dire que ça ne gouverne pas, ça gouverne abondamment, plus que jamais.

Ces volumes de données en apparence parfaitement anodines produisent du gouvernement en se basant non plus sur des caractéristiques générales et donc discriminantes, selon des partages massifs qui sont à l’oeuvre dans la statistique traditionnelle, mais produisent de la norme sur la base de différences discrètes et en apparence non discriminantes.

On n’a pas besoin de savoir si vous êtes un homme ou une femme, quelle est votre origine ethnique, il suffit de corréler l’heure de votre lever, ce que vous mangez au petit-déjeuner et la durée de votre trajet au travail.

Est-ce que cela traduit l’uniformisation des politiques ?

C’est un peu la question de la poule et de l’oeuf… Est-ce que cela traduit le manque de vision politique ou est-ce que le manque de vision politique est une vision en tant que telle ? Je n’en sais rien et je n’ai pas de jugement à avoir dessus. Il ne s’agit en tous cas pas de dire que cette gouvernementalité algorithmique ne présupposerait pas effectivement des choix, comme si elle était neutre, car il y a des intérêts dans la manière de traiter les données. Comme disait Alain Desrosières (le père de la socio-histoire de la statistique, NDLR), “les données ne sont pas données”, elle sont toujours sélectionnées, travaillées, choisies, mais la légitimité de cette pratique réside dans le fait que cela semble ne pas réclamer de choix.

Cette gouvernementalité algorithmique touche aussi bien la sphère publique que la sphère privé, mais l’impact est-il le même ?

Dans les deux cas, c’est une seule et même rationalité mise à l’oeuvre, avec une seule et même recherche de légitimité qui résiderait dans l’objectivité. Et le fait de pouvoir produire de la prévisibilité s’y justifie tant au nom d’une recherche de bien-être collectif, qu’au nom d’une recherche de l’intérêt.

En revanche, dans le cas des politiques publiques, cette nouvelle gouvernementalité me semble être une contradiction dans les termes ou du moins représenter une rupture plus nette que pour ce qui est des politiques privées, car c’est l’idée d’une décision sur ce qu’il faut faire qui est annihilée.

Comment réinjecte-t-on de la politique ?

Il faut d’abord rappeler que, avec la gouvernementalité algorithmique, nous sommes bel et bien gouverné, même si c’est d’une façon « insensible », parce qu’elle parait toujours en accord avec nous-mêmes, respectueuse de notre individualité, presque démocratique puisque les normes émergent directement de données reflétant soit disant toute la diversité du réel.

On se focalise trop sur une distinction entre sphère publique et privée, induisant qu’il faut protéger certaines données car relatives à la vie privée. Je crois que la distinction est inopérante car le propre du traitement automatisé et évolutif du big data est soit  disant de créer l’anonymat, respectant la vie privée, alors qu’on sait bien que même avec une anonymisation, en démultipliant les données, on sera toujours capable de retrouver de qui il s’agit grâce à la puissance exponentielle du traitement de données. L’anonymat n’a en quelque sorte plus de sens.

Par quoi remplacer cette distinction ? En ce qui concerne la sphère publique, la question constante de la finalité du geste statistique doit être réintroduite car elle est constitutive des politiques, et comme je l’ai dit, elle enraye immédiatement une partie du mode de fonctionnement de la gouvernementalité algorithmique. Une fois cette finalité questionnée, et une fois que l’usage des données de la sorte rendu questionnable, alors on peut réintroduire la distinction entre sphère publique et privée.

Existe-t-il des précautions méthodologiques indispensables ?

Oui. Il faut notamment rester extrêmement vigilant sur le fait même que des corrélations (par exemple entre des phénomènes sociaux) peuvent donner lieu à du gouvernement, à un niveau toujours plus intense. S’il est légitime que des corrélations peuvent entraîner des décisions politiques, il ne faut jamais perdre de vue des rapports plus fort comme celui de la causalité. De même, l’établissement de corrélations entre des données apparemment anodines peut être, en fin de compte, discriminant, alors que, comme je le disais avant, la gouvernementalité algorithmique semble pouvoir fonctionner hors de toute catégorie discriminante. L’essence d’un acteur public, c’est de fonder son action au niveau des causes et des conséquences, au lieu d’en rester au niveau, faible, que sont les corrélations, et d’être capable de traquer les discriminations qui ne sont pas visibles.

Le projet Cybersyn de Salvador Allende était une forme de gouvernementalité algorithmique portée et assumé politiquement ?

Tout à fait. Ce qui montre qu’il y a la possibilité d’un vrai devenir politique de la gouvernementalité algorithmique, pour en faire un outil adéquat du politique. Encore faut-il savoir de quoi il s’agit.

Il ne faudrait surtout pas croire que ma position est technophobique ou réactionnaire. La gouvernementalité algorithmique ouvre des possibilités énormes. Elle produit un changement dans la nature de la normativité, sur lequel il s’agit de mettre des mots pour la mesurer, pas pour la déplorer. L’urgent est de savoir ce qui se passe et de cesser de vouloir freiner cela par des arguments qui ne sont plus opérants.

La catégorie de la loi n’est aussi plus la norme à l’aune de laquelle on peut penser les normes, il faut inventer des nouvelles catégories, déterminer le régime de normativité dans lequel on se trouve, pour pouvoir, sur cette nouvelle base, réinjecter du politique.

N’y a-t-il pas aujourd’hui plus de politique et d’idéologie dans la vision d’un Google, que dans celle d’un gouvernement ?

Je n’en sais rien. Serait-il possible d’être un Google public ? Une partie de ses activités devraient-elles être du ressort d’un acteur public, comme celle qui consiste à rendre visible dans l’espace public ? Si on considère qu’Internet est un espace public, on peut dire que l’arbitre de la visibilité est identifiable et que c’est Google. Au final, je ne sais pas si j’ai plus confiance sur ce terrain là dans les acteurs publics que dans les acteurs privés. J’ai de nouveau l’impression qu’on doit inventer de nouvelles formes.

Au même titre que des acteurs privés remplissent déjà des missions d’intérêt public, pour autant cela ne signifie pas que les indicateurs qui permettent de vérifier le caractère public de sa mission doivent être fixés par le privé (Google a par exemple constitué un groupe d’experts afin de définir les critères d’une demande de droit à l’oubli valable, ndlr). On voit bien que se noue la tentative de la part d’acteurs publics européens de définir un carcan pour les missions d’un acteur privé. Il faut développer ce dialogue, même si dans le cas du droit à l’oubli, on ne constate rien d’intéressant.

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Commentaires

« La question de la finalité du geste statistique doit être réintroduite »

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Philippe

10/03/2015 11h29

A l’aube de la sacralisation des « BigData », la démarche de Monsieur Thomas Berns est d’une très grande pertinence. La grande majorité des décideurs, qu’ils soient politiques ou entrepreneurs, pourraient s’en inspirer avant de s’engager sur les chemins périlleux de l’intelligence artificielle décisionnelle. Merci Monsieur Berns.

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