Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Culture

Culture : malaise entre élus et professionnels

Publié le 13/03/2015 • Par Hélène Girard • dans : Dossiers d'actualité, France

Nombre de professionnels de la culture voient leur travail contesté par des élus. Si l'interventionnisme de ces derniers dans la culture a toujours existé de façon sporadique, il prend aujourd’hui une acuité particulière : les conflits ont gagné en fréquence et en radicalité. Enquête sur un sujet ultra-sensible qui, si les protagonistes n’y prennent garde, pourrait nuire à la gouvernance locale des politiques culturelles.

Le Forum, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), fermé car jugé trop élitiste par la commune ; des programmes critiqués en public par des élus, au Festival de création jeune public de Quimper (Finistère) ; le Festival d’art singulier, à Aubagne (Bouches-du-Rhône) annulé en 2014 par les organisateurs parce que deux artistes y ont été refusés par la ville  ; une fresque exposée au Musée de la Faïence, à Moustiers-Sainte-Marie (Alpes de Haute-Provence), modifiée à la demande de la municipalité… Au fil des mois, la liste des lieux culturels devenus le théâtre de conflits entre professionnels et élus s’allonge et gagne tous les secteurs culturels, cinémas municipaux et bibliothèques compris.

Image véhiculée par les équipements

Depuis 2003, d’ailleurs, existe, sous l’égide de la Ligue des droits de l’homme, un Observatoire de la liberté de création. Outre un recensement des cas de censure, ses membres s’attachent à dénouer les conflits par le dialogue. « De plus en plus d’élus misent sur la culture pour communiquer sur leur territoire. Ils sont donc très sensibles à l’image véhiculée par les équipements. D’où la tentation d’intervenir sur la programmation», analyse Emmanuel Latreille, membre de cet observatoire et vice-président de la Fédération des professionnels de l’art contemporain (CIPAC).

Décisions radicales

Il n’est pas rare que ces conflits débouchent sur des décisions radicales. « Outre la diminution des crédits, ces attaques peuvent prendre la forme d’une demande de dé-conventionnement, d’un terme mis à une délégation de service public, d’une remunicipalisation. Cela peut donc aller jusqu’à une reprise en main directe de la programmation », détaille Michel Lefeivre, président du Syndicat national des scènes publiques (SNSP).

Musique indienne au Musée Guimet, Jean-Pierre Dalbera Fflickr BY -CC

Musique indienne au Musée Guimet, Jean-Pierre Dalbera Flickr CC BY

Tensions budgétaires

Autre facteur favorable aux dérapages : les difficultés financières des collectivités. Quand il faut donner des coups de rabot aux crédits dédiés à la culture, les élus ont tendance à donner la préférence aux champs culturels les plus consensuels. Au risque de brouiller les pistes. Ainsi, pour Michel Lefeivre, « certains élus avancent masqués : la baisse de subventions cache parfois une contestation des choix artistiques des directeurs d’équipements. » Pour la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), le contexte budgétaire a aussi comme impact une accélération du processus de décision, qui conduit les élus « à vouloir tout de suite être opérateurs des politiques culturelles et intervenir plus que ne le prévoient les règles mises en place autrefois. Ce qui favorise les maladresses », convient son président Florian Salazar-Martin.

Elus mal préparés

Madeleine Louarn, présidente du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), avance aussi une autre explication : l’arrivée aux affaires d’une nouvelle génération d’élus, qui n’a pas connu le processus de décentralisation culturelle et en ignore l’esprit, les principes et les codes. Pour d’autres professionnels, le malaise a des racines plus profondes, et sans doute plus inquiétantes encore. « Certains élus n’ont plus la volonté d’accompagner les habitants vers la culture et la connaissance en leur donnant les moyens de penser librement » regrette Véronique Balbo-Bonneval, présidente de la Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles (Fnadac). Beaucoup de professionnels remarquent ainsi que la crainte de se voir accusé d’ingérence ou de populisme ne freine plus forcément les édiles.

Dialogue défaillant

Forts de ces constats, le Syndeac et le député (PS) de Côte d’Or, Laurent Grandguillaume, ont organisé au Palais-Bourbon, entre novembre 2014 et janvier 2015, trois rencontres parlementaires sur les politiques culturelles, en partenariat avec La Gazette. Les épisodes d’interventionnisme, évoqués à maintes reprises, y sont apparus comme le symptôme d’un problème global : un dialogue défaillant, devenu parfois inexistant, entre élus et professions culturelles. « Aujourd’hui certains pensent que leur intervention est légitime simplement parce qu’ils sont élus », relèvait Charlie Windelschmidt, directeur artistique de la compagnie Dérézo, le 17 décembre 2014, lors des deuxièmes rencontres parlementaires sur les politiques culturelles. Madeleine Louarn déplore « un climat de défiance dommageable au travail que nous devons mener en commun. »

La directrice du théâtre de l’Entresort à Morlaix (Finistère) plaide pour « une relation plus dialectique, inscrite la durée, et qui n’ait pas lieu seulement lorsqu’il y a des frictions. » Et qui ne « se limite pas seulement à une discussion sur le montant d’une subvention et le pourcentage du budget consacré à la culture », ajoute Laurent Grandguillaume. La FNCC appelle aussi de ses voeux une «collégialité» de l’élaboration des politiques culturelles. « Sans pour autant partir du principe que les professionnels ont forcément toujours raison », nuance Florian Salazar-Martin. Un élu peut avoir une préoccupation particulière en matière de programmation, au regard de la population, et c’est légitime. »

Conceptions opposées

Force est de constater qu’il existe, entre les professionnels et certains élus, un malentendu de fond sur la vocation des politiques culturelles. Certaines communes affichent leur volonté de répondre à une demande majoritaire. « La ville n’a pas à financer la création pour les Parisiens et le public d’Avignon », a estimé la municipalité du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), en décembre 2014, lors du conseil municipal qui a acté la fin du partenariat ville-département-région-Etat pour financer le Forum. Ainsi, les municipalités interventionnistes se réfèrent presque toujours aux goûts culturels de la population locale pour justifier leurs directives. « La collectivité n’est pas là pour soutenir les artistes, mais pour faire plaisir aux habitants », entend-on dans les mairies concernées. De leur côté, les professionnels se défendent de tout élitisme. « La différence entre l’élitisme et ce qui est populaire, c’est ce qui n’est pas encore connu du plus grand nombre. Or le rôle des élus, c’est de faire une politique culturelle qui donne accès au plus grand nombre à ce qu’il ne connaît pas encore », plaide Véronique Balbo-Bonneval. D’où ce rôle capital des collectivités dans le soutien à la création et à la diffusion des œuvres. Ce qui suppose, pour les élus, d’accepter une part du risque artistique. « Si les villes ne sont pas capables d’accompagner la prise de risque artistique, avec des programmations exigeantes et audacieuses, cela pose un réel problème sur la place de l’art et des artistes dans notre société », s’inquiète Michel Lefeivre.

Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons cc-by-sa-3.0

Liberté de programmation

En tout état de cause, les professionnels semblent avoir eu l’oreille de la ministre de la Culture. Dans l’avant-projet de loi « création artistique, architecture et patrimoine », qui devrait être présenté au cours de  l’année 2015, figure le principe de liberté de création, mais aussi celui de liberté de programmation (art.1). Si la future loi conforte les professionnels, elle ne les dispensera pour autant de rechercher les voies d’un dialogue serein et régulier avec les élus.

« L’expertise des professionnels doit primer »

Véronique Balbo-Bonneval, présidente de la Fnadac (Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles)  

Le rôle des élus est donner une vision de la politique culturelle, fixer des priorités et s’assurer que les réponses que leur apportent les professionnels sont conformes aux objectifs recherchés. Au-delà de ça, comme dans tous les autres métiers de la fonction publique, l’expertise professionnelle doit primer. Sinon, c’est la porte ouverte à toutes les dérives possibles, qui pourraient nous faire basculer d’une démocratie culturelle à une instrumentalisation culturelle. L’orientation qu’un élu donne à sa politique est encadrée par des textes qui le dépassent, même en considérant qu’il est élu démocratiquement : codes de déontologie professionnelle (celui des bibliothécaires, par exemple), conventions ratifiées par la France (Déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle, entre autres), lois relatives au secteur culturel (comme la loi musées) etc. Il est impératif que les professionnels maîtrisent parfaitement tous ces textes et le principe de hiérarchie des lois. Car c’est en s’y référant qu’ils peuvent résister aux pressions.

«Il n’y a pas de domaines réservés»

Florian Salazar-Martin, président de la FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture) 

La crise que nous traversons favorise la remise en cause de ce que l’on croyait bien établi. La réforme territoriale et les coupes dans les dotations de l’Etat, particulièrement abruptes, perturbent aussi notre contexte d’intervention. Confrontés aux nécessités de la rapidité d’exécution, notamment sur les questions budgétaires, les élus ont tendance à vouloir tout de suite être opérateurs des politiques culturelles et intervenir plus que ne le prévoient les règles mises en place autrefois. Ce qui favorise les maladresses.

Malgré l’énorme pression budgétaire, nous devons prendre en compte l’histoire et la sédimentation des politiques culturelles sur les territoires. N’oublions pas que nous mettons des années à construire des politiques culturelles, qu’une décision maladroite peut détruire. Nous plaidons pour le respect du travail des professionnels et des artistes. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que nous avons signé une charte avec le SNSP et France Festivals. Mais je ne vois pas pourquoi un responsable culturel ne discuterait pas de sa programmation. Ce n’est pas lui faire injure ou lui manquer de respect. Il n’y a pas de domaine réservé. Partager ne signifie pas amoindrir les exigences. Chacun a une part d’expertise. Y compris le public. Toute la question, c’est de partager l’expertise. N’oublions pas qu’in fine le public constitue les électeurs, ce sont eux qui votent. Notre intérêt est donc qu’ils soient le plus formés possible, qu’ils aient les jugements les plus pertinents possible. Nous sommes entrés dans une phase de démocratie bien plus complexe qu’autrefois.

«Les restrictions budgétaires rendent les problèmes plus visibles»

Emmanuel Négrier, directeur de recherches au CEPEL (Centre d’études politiques de l’Europe latine) (CNRS, Université de Montpellier)

Je vois trois grandes raisons à cette situation. D’abord la disparition progressive des grandes figures politiques de la décentralisation culturelle. Ces élus avaient un profond respect des politiques culturelles et leur apportaient un soutien inconditionnel. Ils ont cédé la place à une génération qui a moins ces réflexes. Ensuite, le contexte budgétaire complique les choses, car il conduit les professionnels à considérer qu’ils sont beaucoup moins soutenus qu’auparavant. Enfin, les professionnels ont excessivement cru à leur capacité à définir de façon quasi unilatérale ce qu’est une bonne politique culturelle, qui, à leurs yeux, relève de leur seule expertise. De ce fait, on observe une situation paradoxale : des élus en position d’intimidation à l’égard des codes du secteur culturel, qu’ils ont du mal à partager parce qu’ils les connaissent mal, mais qui, en même temps, ont une absence de complexe, avec la conviction qu’en matière de culture, ils peuvent faire ce qu’ils veulent parce que ce sont eux qui sont élus. Ce portage personnel des politiques culturelles n’est pas nouveau. Seulement, aujourd’hui, les restrictions budgétaires rendent les problèmes plus visibles.

2 Réagir à cet article

Nos offres d'emploi

Plus de 1000 offres d'emploi !

TOUTES LES OFFRES D'EMPLOI

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Fournisseurs public expo Public Expo

Commentaires

Culture : malaise entre élus et professionnels

Votre e-mail ne sera pas publié

Baguette

14/03/2015 06h13

Bravo pour ces articles qui décrivent une situation très difficile, en particulier pour les programmations touchant l’art contemporain. Il n’est pas fait mention de la musique, mais davantage des bibliothèques. Quid des conservatoires par exemple, qui courageusement se lancent dans des programmations « contemporaines » lorsqu’ils ont la chance de pouvoir défendre une saison de concerts éclectique? Notre pays ne possède malheureusement plus d’élus cultivés, réellement intéressés par les arts, cela complique singulièrement la tâche de ceux qui sont aux commandes des institutions culturelles tant locales que nationales.

Boris Benezit

24/07/2015 10h16

Connaissez-vous Eu ? Petite ville de 8 000 habitants près du Tréport. « Trou normand » en deux lettres pour les cruciverbistes, et pourtant culturellement remarquablement dotée de deux théâtres, dont une scène conventionnée (État- Région-Département) autour des arts baroques, spécificité unique sur le territoire national.
Le projet artistique et culturel du Théâtre du Château – c’est de lui dont il s’agit – a réussi à toucher les habitants (71 % de fréquentation), encourager la création pour faire de ce lieu historique un endroit de rencontre ancré dans une démarche d’infusion culturelle au cœur de la cité.

Mais, tout cela, c’est sans compter sur les dernières élections municipales de 2014, et l’arrivée d’une nouvelle équipe « divers droites » se défendant de faire de la politique.
À sa tête : un industriel liquidateur retraité qui a réuni une équipe novice dans les fonctions et le fonctionnement d’une municipalité et où seule la vision financière fait foi.
Adieu service public, vie associative et culturelle. Finies ces haltes garderies qui coûtent cher.
Quant à la scène conventionnée, la première décision fièrement annoncée en couverture de bulletin municipal a été de lui couper 24,58 % de financement. Pour justifier cela, la rengaine est maintenant connue : une programmation pas assez « populaire », pas assez tournée vers tous les publics. « Comment faites-vous pour faire venir les ploucs du coin au théâtre ? » [sic].

Alors ?

Alors on fait table rase de tout le travail passé, celui en cours et le futur. On commence par virer le directeur en place, nommé par l’équipe précédente plus à gauche, les projets sont en berne, on ignore les partenaires institutionnels – curieusement très silencieux – mais on veut quand même les subventions ! On cherche un nouveau directeur, tout en oubliant de mentionner dans l’annonce qu’il s’agit d’une scène au projet conventionné baroque – un détail.

Eu n’est malheureusement pas la seule dans cette situation. Il est désormais admis que, sous couvert de légitimité électorale, des élus n’aient ni scrupules ni complexes à prendre en main des lieux et des projets, écartant les professionnels encombrants.
Que le média théâtre ait jusque là échappé à cette censure est une bonne et mauvaise nouvelle : cela prouve la reconnaissance de la portée, la dimension et l’importance de cet art ancestral au lien direct entre artiste et public ; mais cela indique aussi la volonté nouvelle de verrouiller et contrôler ce que le peuple doit y voir et entendre, à l’instar de la télévision.

Une scène conventionnée, la seule dans les disciplines théâtre et musique baroques, est en train de disparaître. Peu s’en émeuvent. « Le trou normand » serait-il condamné au retour à une gestion culturelle bourgeoise et bien-pensante des années 50, au détriment des principes de décentralisation, d’accès aux cultures par tous et de service public ?

Commenter

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement