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RÉFORME TERRITORIALE
Rouen, une métropole pas comme les autres
Manuel Sanson | Régions | Publié le 23/02/2015

De par la loi, l’agglomération de Rouen est devenue métropole au 1er janvier dernier, un statut qui ne fait pas encore consensus. Au milieu d’anciennes communautés urbaines, le territoire rouennais affiche ses différences.

Le débat autour du choix de la future capitale normande place Rouen sous le feu des projecteurs. [1] En janvier, l’ancienne communauté d’agglomération Rouen Elbeuf Austreberthe (CREA) a intégré le club très fermé des métropoles créées d’office par la loi Maptam [2]. Une distinction qui lui permet de figurer aux côtés de Lille, Nantes ou encore Toulouse. Si la capitale normande a pu monter dans le train, elle le doit – au moins en partie – à Laurent Fabius, ancien président de la CREA devenu ministre des Affaires étrangères. « Il s’est beaucoup mobilisé pour que Rouen soit métropole », confirme Cyrille Moreau, vice-président à l’environnement de la nouvelle collectivité. Aujourd’hui, Frédéric Sanchez (PS), un fidèle de l’ancien Premier ministre, a repris le flambeau. Charge à lui de réussir le passage en métropole. Contacté par La Gazette des communes, il n’a pas donné suite.

Avalée par le Grand Paris ?

Malgré sa récente officialisation, le statut métropolitain de Rouen reste aujourd’hui discuté.
Du strict point de vue démographique, il ne semble pourtant devoir souffrir d’aucune contestation. Le territoire rassemble en effet près de 490 000 habitants à l’intérieur d’une aire urbaine de 650 000 âmes. Soit dans les clous des seuils fixés par la loi Maptam. Malgré tout, les critiques se font nombreuses. Jean-Paul Legendre, chef de file de l’opposition départementale dans l’Eure (DVD), dénie ainsi à Rouen sa vocation de « ville européenne ». Une opinion partagée par un certain nombre d’élus régionaux. « C’est à cause de la taille de sa ville centre », analyse Cyrille Moreau qui parle de Rouen comme d’une « métropole invisible ». La seule commune rouennaise dépasse tout juste les 110 00 habitants. Soit bien moins que Le Havre et l’équivalent de Caen. De son côté, Michel Bussi, géographe rouennais, évoque une métropole « incomplète ». Notamment en raison de la structure de son économie. « La part du tertiaire supérieur y est plus faible que chez ses homologues », observe-t-il. L’universitaire plaide pour la naissance d’un réseau métropolitain englobant les villes de Caen et du Havre. Selon lui, Rouen ne peut lutter seule face au mastodonte du Grand Paris. Parmi les onze métropoles créées, la cité normande se distingue comme celle étant la plus proche de la capitale.

Intégrations de nouvelles compétences

Rouen se singularise aussi du point de vue de ses nouvelles compétences. A la différence de la plupart de ses homologues anciennement communautés urbaines, l’ex CREA doit aujourd’hui intégrer la voirie et l’urbanisme. « Ce qui n’est pas sans poser problème notamment en matière de transferts de charges”, précise Gilbert Renard, président UMP du groupe d’opposition union démocratique des élus du grand Rouen. Il faudra attendre plusieurs mois pour que la collectivité puisse « digérer » ses nouvelles missions. « L’élaboration d’un plan local d’urbanisme intercommunal se fera à l’échelle d’un mandat », illustre ainsi Cyrille Moreau.

Pour le moment, l’urgent est ailleurs. La Métropole Rouen Normandie cherche à développer sa notoriété au-delà de la Normandie. L’offensive lancée dans le domaine culturel doit être analysée de la sorte. Après l’inauguration le 20 décembre dernier du panorama XXL [3] (7 millions d’euros d’investissement avec la Région et la Matmut), la collectivité ouvrira le 21 mars prochain l’historial Jeanne d’Arc [4](10,6 millions d’euros). « Le territoire ne dispose pas d’une image très forte, il cherche à s’identifier pour renforcer son attractivité », décrypte Michel Bussi. A l’évidence, Rouen veut s’affirmer comme une métropole à part entière.

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