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[OPINION] DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

« Les politiques sociales voient les milieux populaires comme incapables de coconstruction » – Pascal Aubert, cofondateur du collectif “Pouvoir d’agir”

Publié le 15/02/2016 • Par Laurent Thoviste • dans : A la Une santé social

Réunion
© 2013 Sara D'Ambra - www.saradambra.com
Pour le collectif, le pouvoir d’agir désigne la possibilité pour les personnes de peser sur les choix qui les concernent et de maîtriser ce qui est important pour elles. Ce pouvoir d’agir doit être reconnu par les politiques publiques. Cela nécessite une évolution de notre culture et de nos pratiques et postures professionnelles, politiques, militantes afin qu’elles deviennent moins descendantes et laissent place aux dynamiques émergentes. Entretien avec Pascal Aubert, cofondateur du collectif.

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Pour leurs 100 ans, les PEP ont organisé un débat sur la démocratie participative « Entre affichage et réalités ». Pour vous, on est clairement sur de l’affichage.

La démocratie participative était censée renouveler nos pratiques démocratiques en permettant d’associer les citoyens à l’élaboration des politiques publiques. Dans la politique de la ville notamment, son but était de faire participer ceux qui ne participent pas ou plus. De ce point de vue, on ne peut que constater l’échec. Les populations les plus fragilisées ne sont que très rarement présentes dans nos instances et ce sont surtout les collectifs déjà constitués qui s’expriment pour défendre leurs intérêts. Les « conseils citoyens » issus de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 24 février 2014 ne devraient guère changer la donne car on fait un contresens sur les raisons de cette absence de participation.

Ces raisons, quelles sont-elles selon vous ?

En général, on avance la montée de l’individualisme ou la difficulté à penser la complexité. Le problème viendrait en quelque sorte des individus. Au sein du collectif Pouvoir d’agir, nous avons fait la démarche inverse et nous avons regardé si le problème ne venait pas de ce qu’on leur propose. Nous identifions au moins sept bonnes raisons pour lesquelles cela ne fonctionne pas. En premier lieu et de cela découlent les autres raisons, il y a le fait que les instigateurs de ces démarches ne croient pas réellement à la capacité des gens à coproduire de la décision. Les politiques sociales ont une représentation des milieux populaires comme des porteurs de difficultés, de handicaps, de problèmes et se concentrent donc sur des politiques de réparation et non de coconstruction. Alors, logiquement, on tend donc à les associer à partir des problématiques de la collectivité, « l’aménagement urbain de leur quartier par exemple », alors qu’eux voudraient parler emploi, éducation, santé voire s’exprimer sur les « sujets qui fâchent ». De plus, ils se rendent vite compte que la marge de manœuvre est faible : on leur demande surtout leur avis sur ce qui est déjà décidé. Par ailleurs, on laisse peu ou pas de place à l’initiative concrète et à l’expression collective quand on ne la contrôle pas. Enfin, il y a des aspects pratiques tels que les lieux, les horaires, les configurations de réunion, les méthodes d’expression.

Peut-on encore changer les choses ?

On le doit. À Saint-Denis où j’ai longtemps travaillé, le maire a été élu par seulement 8 % de la population. On voit bien qu’on ne pourra pas continuer comme cela. La démocratie participative ce n’est pas la cerise sur le gâteau, c’est certes une condition de l’efficacité des politiques publiques mais, bien au-delà de notre capacité collective à affronter les mutations que nous vivons. La bonne nouvelle c’est que si l’on prend chacune des sept raisons pour lesquelles cela ne marche pas et que l’on retourne chacune d’entre elles, on a sept leviers pour que cela marche. C’est pourquoi au sein du collectif, nous proposons une méthodologie en formation-action pour aider des projets à les mettre en œuvre. Nous sommes par exemple intervenus auprès de centres sociaux qui redéfinissent leur projet social et sommes actuellement sollicités par des conseils citoyens. À un moment où nous avons tous besoin de cohésion nationale, la société inclusive ne peut pas se résumer à un concept.

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